• Véronique et son cancre - Eric Rohmer (1958)

     

        Au début de sa longue carrière, Eric Rohmer réalisait de nombreux films en rapport avec l'éducation dont Véronique et son cancre est l'un des fleurons. Dans ce film, Rohmer met en scène une situation de parole entre un enfant qui rechigne à apprendre et une femme qui s'esbigne à déployer les efforts pour apprendre mathématique et rédaction à cet enfant. Par l'éducation, le film contient la rigueur du dispositif Rohmerien à venir: deux personnages avec, dans leur intervalle, une parole qui circule de l'un à l'autre. Mais cette rigueur ne cesse d' être perturbé par des débordements, des hiatus, des déviations qui élève l'interet du film bien au delà du film éducatif. Du coté de l'enfant, il y a le déni, la résistance à la parole de l'autre. La femme force donc la parole dans son envoi et son déploiement, transformant le calme et la clarté articulé de la parole rohmerienne en combat d'un sur- place, en agacement qui affole les accents et les volumes de voix. Ce qui compte, dans le film, n'est pas tant un contenu de savoir capitalisé à l'horizon du film. Non, la parole vaut comme affrontement pur, ou l'échange vaut immobilisme, et épaisseur de la durée. Car l'enfant, comme le cinéma moderne, joue la montre. C'est dans le plaisir de la chose innaccomplie que l'enseignement forcené et vain doit prendre congès, tandis que l'enfant échappe au rigorisme corporel auquel l'astreignait le dispositif en s'étalant sur le sol. Mais le plus fort reste que dans le cadre même de ce dispositif préliminaire qui encadre le film, débordement il y a. L'enfant, par sa passivité, suscite une contraction d'autorité qui se lit sur la partie du corps officiellement visible dans l'échange (le haut du corps). Mais la caméra d' Eric Rohmer, à hauteur d'enfant pervers et joueur, se loge en dessous la table pour capter les torsions, déploiement et pliures des jambes et des pieds de la femme, fruit de l'agacement en attente provoqué par l'opacité et l'inertie opposé par l'enfant à la pénétration du savoir. Dans le pli du texte, chez Rohmer, se cache déjà, bien visible, les délices de l'érotisme féminin.

            Thomas C


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 11 Septembre 2009 à 16:43
    fameux
    Fameux texte sur un superbe court métrage qui en dit long sur le génie de son auteur.
    2
    Vendredi 22 Janvier 2010 à 17:40
    A ces esprits qui passent, qui manquent mais qui, finalement, resteront toujours.
    Merci "Reinette et Mirabelle". Pensée et hommage pour Eric Rohmer, le plus vif des esprits que le cinema français ait connu. Revoyons avec amour et légèreté tous ses chefs d'oeuvre...
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