• Transformers - Michael Bay

     

        En mettant en scène des figurines pour enfants, des jouets faits pour la cause personnages, Michael Bay fait peut- être mieux tolérer quelques propriétés qui sont celles de son cinéma depuis qu'il fait figure d'emblème d'une certaine tendance esthétique d'un cinéma hollywoodien mainstream. En effet, le cinéaste d'Armageddon, de Bad Boys et de The island écrase le grand écran dans les proportions étriquées d'un ludisme robotique. La machine, le robotique, lui, n'est plus un motif technologique qui, de par sa perfection, de par les débordements de la novation dont il est le fruit, effraie et stimule. Il est un pantin numérique, familiarisé et ramené à l'échelle de modélisations stéréotypés des valeurs du nouveau capital bien-pensant américain : la voiture et la maison. Dans Terminator, l'humanisation de la machine n'était que le masque musclé, mural et angoissant qui « euphémisait » ironiquement l'existence et l'ambition destructrice caractérisée par ces machines. Le paraître humain n'était que le redoublement criant de l'image d'une cannibalisation de l'homme par la machine. Cameron figurait l'humain sous le régime d'une visibilité d'autant plus monstrueuse et angoissante qu'elle simulait un idéal de perfection humaine, physique bodybuildé et corps de mannequin. Esthétique et force ou la machine se rabattait in extremis sur l'humain. La figuration humaine comme arme sournoise, avec la modalité d'une efficacité discrète.

       Transformers, faisant table rase de ce bel héritage ou l'ambiguïté de la relation homme/ Machine  (création et destruction, contrôle et assujettissement), passait par une figuration audacieuse de la dualité qu'elle servait, humanise la machine, sous un versant débilitant et puéril, par divers biais. Premièrement, la machine n'est que le prolongement fantasmatique d'un mythe infantilisant de la culture américaine, qui, dégouline et gonfle, jusqu'à accoucher d'une icône obèse et vide. En clair, le robot né de l'automobile, motif culturel fondamental dans la société américaine censé depuis longtemps constituer le vecteur d'une signalétique de la puissance, de la virilité et de l'énergie. Quand les clichés publicitaires s'affolent et se répandent dans leur inertie gloutonne, l'automobile retrouve la malléabilité et la souplesse du cliché adolescent. Ainsi, qu'est-ce que l'automobile dans le film de Michael Bay ? Une image publicitaire qui se délite pour occuper le rang d'une majorette, d'un jouet pour enfant propre à la transformation. La transformation n'étant pas un processus majorant la question de l'identité, mais abolissant celle-ci dans le nœud d'une imagerie déconfite et infantile. Refrain connu du message publicitaire tapageur : votre voiture a une personnalité, un caractère, en un mot, une humanité. Cela se traduit dans le film de Bay par le besoin d'une mise en scène, dans le désespoir d'une créativité, d'une suggestion idéelle, et d'une maturation formelle suffisante pour faire germer le charisme d'une mécanique, celle de l'automobile, ait besoin de faire accéder  cette dernière au statut de robot géant et bagarreur. Le robot est lui aussi une mécanique, mais, construit, sans imagination, à l'image superficielle de l'homme, il s'articule comme lui, compose avec la même gouaille innocente et farouche, et se bat, se faisant l'alter ego du garçon bagarreur dans sa cours de récréation.

       En effet, l'humanisation passe par le fait qu'on affuble le robot d'une rhétorique enfantine et rieuse, conformisme culturel qui nivelle tout, abrogeant quelconque potentialité au robot de nous étonner, et de s'émanciper de l'homme. Le robot, ici, est un pur instrument cinématographique, qui tombe du ciel, le temps d'un bonjour et puis s'en va, non pour apporter le déséquilibre, puisqu'il existe sous une polarité neutre (les méchants et les gentils, quota respecté et égalitaire), pile rechargeable dont la seule fonction, au cours du film, est de charger la batterie publicitaire. En effet, sous des prétextes narratifs aussi insignifiants que stupide, tout y passe : EBay, Nokkia, Les Strokes, et je ne sais quoi d'autre encore...

    Et puisque l'on sait pertinemment que la publicité fonctionne sur le mode du flash subliminal et de l'étiquette, la mise en scène de Bay se soumet à cette religion, par une mise en espace effritée et étouffée et une consécution de plans hystérique. Allez au ciné = faites vos courses !

    0OOO

    Thomas Clolus


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