• Tiresia - Bertrand Bonello (2003)

     

        Tiresia est un corps double pour que le désir s'enfle en rite de possession et d'accaparement du regard. Jusqu'au basculement dans l'interdit: le "je t'aime" prononcée à la fin de la première partie du film-jumeau de Bertrand Bonello sera l'augure de la barbarie de la suppression de l'illusion de la beauté. La dualité de Tiresia n'était le foyer d'une beauté parfaite et dévorante qu'au prix de son inaccessibilité. Car, augmenter par la beauté du corps la puissance du désir et du regard, c'est du même coup, comme compensation tragique, émettre l'injonction de l'impossibilité du partage des sentiments. Voilà pourquoi la structure dramatique du film de Bonello est une ligne brisée. Quand enfermement rime avec fascination du regard, cela signifie qu'il faut que la vanité de la dualité parfaite du corps s'efface dans l'aveuglement. Ainsi, dans la seconde partie du film, c'est à la contemplation triste de deux figures tragiques en décrépitude que nous conduit Bonello. Il y a le prêtre, qui n'est pas l'image mémoire de l'être avili transformé et élevé au rang de figure de sagesse et de foi. C'est un être enfermé dans un vêtement et une fonction anachronique, dépositaire de l'inégalité d'adhésion de la part de croyants devenus superstitieux s'abîmant dans les prédictions d'un oracle. Le prête en perd sa propre vanité. Mais l'oracle ne fait pas le miracle. Car l'oraculaire est une pute brésilienne dont le narcissisme comme seul issu a pourri en impasse. Les prétendues divinations ne sont qu'annonce anticipées de mauvais augures. Tiresia était monstrueux à force de vouloir être beau. Ses prophéties sont une préemption sur la connaissance du monstre de nos vies. Il ne vaut mieux pas vouloir cueillir la rose des champs, car le vent l'emportera.

               Thomas C


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