• Sweeney Todd - Tim Burton

    Réalisateur : Tim Burton

    Année : 2008

    Titre Original : Sweeney Todd - The Demon Barber of Fleet Street

    Acteurs : Johnny Depp (Sweeney Todd) ; Helena Bonham Carter (Madame Lovett) ; Alan Rickman (Le juge Turpin) ; Timothy Spall (Le Bailli Bamford) ; Sacha Baron Cohen (Adolfo Pirelli) ; Jamie Campbell Bower (Anthony Hope) ; Jayne Wisener (Johanna)

    Synopsis :Benjamin Barker a passé plusieurs années en prison pour un motif non recevable. Après s'être évadé il décide de rentrer à Londres ou il jure de se venger du Juge Turpin qui, à l'époque, le condamna pour lui prendre sa femme et son bébé. A son retour il apprend que sa femme s'est suicidée. Pour mener à bien sa vengeance Benjamin Barker devient Sweeney Todd. Il en profite également pour reprendre son échoppe de barbier qui va devenir son fief.

     

    La question du genre

    A chaque fois qu'un nouveau Burton arrive sur nos écrans, la foule s'amasse dans les salles pour découvrir un univers qui se développe de films en films. Cependant, pour son nouveau film Sweeney Todd, Burton peut surprendre certains spectateurs. En effet, ses choix de mise en scène peuvent en rebuter plus d'un et notamment sur le fait que le film est à 95% chanté. Les 5% restant se partagent les quelques miettes de dialogues qui ponctue le film. Certains crieront au génie d'autres crieront de douleur de devoir assister à ce film ou les dialogues (au sens stricte du terme) se font rares. Il y a tout de même des dialogues mais retranscrit sous formes de chansons. Au départ ces dernières peuvent créer une sorte de distance avec le spectateur laissant ce dernier se perdre dans les méandres de la diégèse. Au bout de quelques minutes, on se laisse emporter par ces chants qui arrivent à ramener le spectateur in extremis sur le bord de la matière filmique. L'effet de distance se retrouve également briser par les effets de montages qu'utilise le réalisateur avec notamment des relations entre la musique extra-diégètique et la musique intra-diégètique. On se souviendra notamment de la scène chez la boulangère lorsque Sweeney arrive la première fois chez elle. Burton démontre lors de cette scène qu'il sait se servir de la matière filmique et qu'il s'en sert bien. Nous avons souligné que certains fans de Burton pourront être perturbés par le style de Burton. Cela nous amène donc à traiter de la question du genre. En effet, dans son film, le réalisateur mélange plusieurs genres. Le film est traversé par le courant fantastique et le courant du film musical. Alors que dans ses derniers films Burton était plutôt cantonné au genre fantastique, l'intrusion de chansons n'est pas un hasard mais est aussi un pari osé. Dans le cinéma contemporain, le spectateur n'est plus ou pas accommodé avec le genre du film musical ce qui, comme nous l'avons souligné, peut créer une sorte de distance avec certains spectateurs habitués à faire face à des dialogues dit classique. La fusion de ces deux genres peut amener le spectateur à se perdre dans le film et à ne plus savoir réellement à quel genre le film peut bien appartenir. Cette fusion apporte donc une pierre de plus à l'univers créer par Burton qui tente l'innovation via l'intrusion de chansons à la place de dialogue classique. L'innovation rajoute une certaine touche d'exotisme au film et remodèle l'univers qu'a pu créer Burton depuis ses débuts au cinéma.

     

    De la noirceur du monde, à la noirceur des personnages

    La seconde chose qui frappe après avoir vu le film de Burton, c'est son travail du point de vue de l'image du film, de son travail au point de vue des plans, du cadre. En effet, la couleur est quasiment absente du film. Il n'y a seulement que quelques plans en couleurs et se sont justement les souvenirs joyeux de Sweeney du temps ou il était heureux avec sa famille. L'utilisation de tels plans tient à souligner de manière, un peu naïve il faut l'avouer, l'évolution du personnage et de ses sentiments envers le monde qui l'entoure depuis son incarcération. Ces couleurs vives tendent à souligner un paradis perdu que Sweeney ne retrouvera jamais et comme si toute la noirceur du film émanait justement du personnage et de ses sentiments vis-à-vis de la vie et de la société. La noirceur du plan contamine non seulement la diégèse toute entière mais également les personnages. Nous pourrions prendre par exemple Johanna, qui au début du film porte une robe blanche pour finir avec des vêtements de couleurs sombres. La moindre zone de pureté, d'espoir est tout de suite contaminé par cette couleur obscure. Le début du film est très marquant à ce sujet. En effet, la première scène présente Sweeney qui arrive à bord d'un bateau qui arrive à Londres. Quand Sweeney arrive, la nuit est bien entamée et la haine que porte le personnage laissera justement les environs dans une nuit à demi-teinte. Il y a tout de même certaines couleurs qui ressortent du film. Il y a tout d'abord le personnage de Pirelli qui arbore fièrement des couleurs qui viennent à l'encontre de cet univers. Ici les couleurs de ce personnage relève de l'artifice car se sont des couleurs qui ne peuvent trouver une place autour de tous ces visages pâles et froids. Ici, ce personnage ne sera en aucun cas contaminé par la noirceur du personnage mais il sera bel et bien rattrapé par une autre instance : la mort. Le fait de vouloir inscrire dans la diégèse des couleurs qui n'ont plus de valeurs ni de forces ne peut que signifier soit la mort du personnage soit une contamination future. Il faut tout de même souligner le fait que, certes le personnage de Sweeney, est à l'origine de toute cette noirceur dans le film mais c'est également lui qui met au goût du jour une nouvelle couleur dans les plans : le rouge. Le rouge dans le film renvoie à la couleur du sang des victimes qu'égorge Sweeney. Le sang des victimes pourrait donc représenter un symbole de vie qui viendrait à l'encontre de cette couleur noirâtre. Malgré le fait qu'elle symbolise tout de même la mort, la couleur rouge du sang peut-être considérée comme une marque de vitalité. Donc, quand Sweeney égorge ses victimes ce n'est pas seulement la mort qui jailli de la gorge de ses pauvres clients mais également la vie qui, de par sa couleur vive, vient buter contre la noirceur du monde, de la diégèse. Si la diégèse est contaminée cela inclut également la contamination des personnages. Il n'y a aucun once de vie chez ces personnages mise à part chez Anthony et Johanna mais comme nous l'avons souligné cette dernière a perdu sa pureté en passant d'un blanc éclatant à des vêtements sombres. Cette théorie est remarquable dès le retour de Sweeney dans son échoppe de barbier puisque, lors d'un plan lourd de sens, nous apercevons l'ancienne poupée de Johanna dans un landau miteux avec une poupée à la limite du démembrement et de la décomposition. Le fait que ce simple jouet soit tellement dénaturé symbolise la perte de la pureté qui avant tant nourri la vie de Sweeney. Il en est également de même du petit garçon qui va aider Mme Lovett à la boulangerie. Il va vite porter des soupçons sur Sweeney qui voit en lui un personnage malsain. Ce petit garçon est le seul personnage à avoir entièrement cerné le caractère de Sweeney. C'est donc pour cela qu'il avait les pouvoirs de nuire et d'anéantir Sweeney. En effet, la scène de fin est très explicite à ce sujet puisqu'en tuant Sweeney il dépasse ainsi le stade de l'innocence (spécifique à la jeunesse de l'enfant) pour atteindre le stade ultérieur de la maturité. Cependant en tuant Sweeney il acquiert ainsi toute la noirceur que composé le monde peint par Tim Burton. Ce dernier n'a voulu en aucun cas laisser de place à la vie ou à l'espoir dans n'importe quel plan de son film. En effet, chaque brèche que pouvait percer la diégèse est aussitôt reboucher par l'amoncellement des cadavres.

     

    La fin du film de Burton est très intéressante puisqu'elle se termine sur une mare de sang qui vient envahir quasiment tout le plan. Est-ce la vie qui contamine le plan ou la mort qui s'étale davantage ?

     

     

       OOO0

     

         Anthony Boscher
     


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  • Commentaires

    1
    Lundi 21 Janvier 2008 à 14:59
    le
    côté sombre de tim burton, j'adore ! à voir absolument !
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