• Sparrow - Johnnie To (Juin 2008)

     

        Style, formalisme, maniérisme, décalage parodique, art de la caricature? En fait, l'écriture cinématographique de Johnnie To n'entre dans aucun de ces cadres. C'est pourtant un principe peu identifiable mais récurrent qui survient depuis au moins ses deux derniers films (Exil et Mad detective) et qui se retrouve reproduit dans Sparrow. La scène se décante, le centre du sujet se perd, une déviation, un rebond, puis l'on finit par comprendre que la forme, la mise en scène a mangé le contenu et se l'ai approprié. Mais à part que chez Johnnie To, la forme vide est nourricière d'affects et de sens, ce qui n'est pas le cas chez de nombreux inventeurs, aussi bricoleurs que besogneux, mais dont la débauche d'énergie peine difficilement à faire acte. (Je ne citerais pas de nom, pour ne pas effaroucher les fans). Disons juste que dans l'inconstance du cinéma de Johnnie To, il y a un minimum  d'équilibre pour que gratuité et arbitraire n'emportent pas complètement le morceau. Dans l'excentricté et l'extravagance de la mise en scène, il y a suffisament de pesanteur pour que légèreté aérienne ne rime pas avec évanscence. La mise en scène, chez le cinéaste Hong Kongais, c'est ce qui est minuscule et ce qui peut prendre deux modalités d'intervention: la fuite ou l'incarcération. Exemples choisis: Dans un ascensur, un groupe de voyous, sous l'effet de la concentration et du surnombre, s'évalue dans l'immobilité et le mutisme, entre torpeur et tension. Liberons l'espace par le bas, puisqu'un peu de mouvement doit naître, afin que puisse se soustraire au confinement et à l'inextricable les hommes.  Dans une scène parente, un corps doit être massé pour que, rassuré, on puisse lui dérober son pendentif. Sensualité et ultra- sensibilité des choses sont le moyen de l'acquisition et du vol. Ces deux modalités se retrouvent dans l'opération de faire du vélo: au début, seul, en équilibre, avec joie, légeretè et allure. Ou à quatres: l'équilibre s'émousse, la chorégraphie est vascillante, le vélo s'écrase, pour que les cyclistes daignent se disperser.  La relation à la femme tient de ce même enchassement binaire: fuyante, malgré le désir d'impression photographique, la femme fuit en fragment d'images. D'ailleurs, l'horizon du film sera l'acquisition par la femme de sa liberté et de sa fuite des groupes masculins, tel le moineau du personnage principal. Plus loin, les visages, abstraits dans le noir, la femme et l'homme échangent une cigarette. C'est l'imprégnation pulpeuse et sensuelle de la clope aux lèvres qui est au centre de la scène.  Un coup, le cinéma de To enserre, imprègne et noue, dans une concision remarquable. Un autre, il déploie et étend, jusqu'à l'éviction.

          Thomas C


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