• Retour sur les écritures festivalières: promesse dans l'intervalle et la projection

     Notre Cinéma s'est essayé à diverses performances tenues sur une étendue temporaire donnée, plus ou moins grande, toujours éphémère, pendant l'été.  Avec le journal festivalier de Simon Lefebvre d'abord, en début de période estivale, à laquelle a donné lieu le Festival de Paris, dont beaucoup de fleurons défendus alors, en avant- première, par l'auteur, sortent aujourd'hui, avec une grâce toute nouvelle (A short film about the Indio Nacional, Christophe Colomb, Le dernier Maquis, La vie Moderne et Les Frontières de l'aube). Cette écriture était alors placée sous le signe d' éclats d'émerveillements premiers, signes avant coureurs d'un enthousiasme ayant conscience qu'il ne pourrait se partager qu' après- coup, dans l'enjambement du non lieu séparant ces avants premiers avec la date de la sortie officielle de ces films. Ecriture émerveillée d'un agrégat de trésor étrangement et artificiellement découvert dans le malaise euphorique d'une concentration à court terme et au sein d'une même lieu. L'écriture s'en trouvait pris dans l'intervalle bipolaire entre le ravissement propre à l'exception de ce regroupement et l'hébétude consacré par la solide impression que ce regroupement ne laissait pas le temps d'en revenir, et d'y revenir, plaçant l'acte et la situation critique dans une raréfaction d'espace, espace qui lui est d'ordinaire nécessaire pour s'énoncer, et se répandre. Ainsi, chaque témoignage de la découverte valait autant par l'assurance d'avoir découvert de précieux joyaux et le sentiment curieux d'en devoir ajourner l'accompagnement et le discours critique.  Aussi, cette écriture se plaçait dans la discrétion de grandeurs qui semblaient à la fois entraperçus et pour cette raison même encore à venir. Par cette écriture, les films apparaissent au lecteur comme objet de fantasme sans consistance, comme prodiges devinés dont la prophétie ne s'est pas encore réalisée, comme seuil dont le franchissement est voué à la pondération, si ce n'est à l'interdiction net. C'est une écriture qui semble ouvrir un sac de billes, faire état d'énergies informes et contenus qu'on n'est pas en mesure de libérer entièrement, de dévider proprement. Il faudrait attendre l'égrènement de ces sorties, pour qu'elles n'apparaissent plus comme bouquet- miracle asphyxiant propre à la moindre disposition critique mais comme évènements pleins et singuliers, survenant dans la souplesse d'un rythme et d'un écoulement régulier. Pour autant, cette écriture à propos des films est utile, même si elle semble fermer dès l'ouverture, même si elle semble retirer ayant à peine donnée, même si elle semble se tarir juste après avoir eu le soupçon de vider ses vannes...  Elle est utile, malgré et au gré de tout cela, parce que davantage qu'une offrande faite à la disposition officieuse de chaque film, elle est la charge et le témoin d'une expérience subjective, personnelle, à l'intérieur d'un contexte de diffusion des films, qui est le contexte festivalier.  Quoiqu'on en dise, la vérité tendu de ce contact du moi, du je, aux pondérations et aux grâces de la réalité et de l'expérience est chose qui mérite l'expression et le récit public.  Cette conjonction contractée et obligatoirement synthétique entre l'écriture et l'expérience filmique est le constat d'un rythme particulier du mouvement cinéphile, ou, dans l'intervalle et l'interstice, le témoignage à l'endroit des films, loin d'abandonner sa vocation à s'énoncer, à se parler, à se rendre public, ne se laisse pas prendre de vitesse par les autoroutes du monde contemporain. Au contraire, ils participent de ces vitesses et de ces accélérations en s'y inscrivant, dans la sphère publique qu'est Internet, et donc, en y participant.  Et quel autre lieu autre et meilleur qu'Internet pour se faire l'accueil de cette arythmie concentrique et instersticielle. Internet nous prouve chaque jour, de plus en plus, qu'à l'ère de la vitesse et des flux, il est toujours possible d'ouvrir des espaces nouveaux. Et que ces espaces valent davantage par leur localisation incertaine, par leur presque anonymat, par leur presque clandestinité et par leur publicité à minima ne doit pas nous abandonner à les faire exister, pleinement. Bien au contraire... 

    Thomas Clolus   

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