• Resident Evil : Extinction - Russell Mulcahy

      

          J'entre dans une des nombreuses salles du Pathé Lumière, égaré dans cet endroit, souvent étrange, parfois hostile, par une innocente curiosité, mot d'ordre éthique et travers savant et idiot du cinéphile. On se dit toujours que quand il y a des images qui bougent sur une toile, on ne perd jamais son temps, il y a toujours un intérêt. A part que là, c'est vraiment nul...

      N'ayant vu aucun des deux opus qui a précédé celui- là, on se réjouit de trouver une mise en scène des rapports entre cinéma et jeux vidéo, les interactions entre les divers images du monde étant une des choses qui m'intéresse le plus au cinéma, conjugué au mode présent. Peu assidu et piètre joueur, je me souviens pourtant qu'un de mes plus grands souvenirs de gamer résidait dans l'angoisse tendue et extatique d'un Resident Evil, sorti sur la dernière console à disquette de l'histoire du marché du jeux vidéo. Oui, c'était il y a quelques temps, déjà...

      Que devient ici la torpeur angoissé du champ à venir, du vide à combler, qui se loge dans le hors champ, suscité par l'interminable et brillant plan-séquence de la caméra à la troisième personne, qui expose de façon perverse la médiation d'une figure au danger, au risque de l'agression ? Réponse : un découpage de type champ contre-champ, clôture du point de vue et inanité de l'angoisse. Est-ce un jeu vidéo qui veut ressembler à un film, ou l'inverse ? La seconde proposition semble être retenue, quand un malaise ridicule émane d'une image cinématographique qui, en totale contradiction avec sa prédétermination réaliste, s'embarrasse d'un décor clinique et artificiel d'une laideur infini. En fait, à la vue de la première séquence, qui voit avec peine se reconstituer une aire de jeux avec obstacle pour un pantin- martyre joué sans manette (une démo, sans doute), on se dit que Resident Evil est «  le film d'un jeux vidéo qui tente de retrouver le jeux vidéo avant d'avoir cherché à passer par la médiation du cinéma ».  Cinématiques qui s'allongent inutilement, histoire cavalière et dérisoire, fuite de la narration, deux séquences, de par leur florilège pompier, nous retiennent.

        Un : Citation Hitchcockienne lamentable, une nuée de corbeaux salement numérisés, formant une nébuleuse grouillante et voilée, se lance à l'offensive du camp des survivants. Après quelques saillies, Mulcahy se demande comment se débarrasser de ces créatures qui ont si promptement et si massivement germés. Facile : l'héroïne arrive sur les lieux du drame, profère une incantation insensée et mystique et, d'un coup d'un seul, le nuage de corbeaux prend feu et disparaît. La maladresse réside plus  dans l'inconséquence et la présomption de la citation que dans le systématisme fonctionnel auquel s'applique cette adaptation littérale d'une mécanique de jeux vidéo ou au surgissement opportun et gratuit de la figure à détruire s'ensuit, comme le résultat logique d'une simple équation, une disparition tout aussi exemplaire dans son efficience immédiate et sans parcours.

        Deux : Afin d'ouvrir une brèche à ses camarades face à horde numérique et jacksonienne « d'unités à détruire », le conducteur d'un camion décide fièrement de se sacrifier en se jetant lui et son engin, au centre de l'arène, histoire de libéraliser l'espace.  Avant de se faire dévorer par les êtres contaminés, il s'allume une cigarette, accompagné par le salut  d'un travelling en plongée arrière.  Cette scène raconte la façon pauvre d' une scène d'action grandiloquente et laide, à tenter de faire exister, en un temps minimal, un personnage instrumentalisé et destiné à être le plus rapidement consommé. Nul besoin d'attention dans la construction durable d'un personnage qui n'est ici qu'une unité mathématique et insignifiante. Il suffit, au bon moment, de le parer d'une tonalité clinquante, d'un grotesque héroïque mêlant l'anecdotique au sublime d'une action totale.

      Le film ouvrage d'une paresse égale ses enchaînements narratifs. Cela est bien pratique, de reconduire le plus vil manichéisme, lorsque l'on a le prétexte de la contamination qui permet de faire descendre le personnage sous le critère et l'angle du code uniforme qui polarise le plus nettement du monde deux faces antagonistes et réversibles.

      Enfin, autre corollaire de ce manquement intégral constitué par ce torchon : l'être à abattre étant le même et le multiple, la « soluce » du film, en guise de promesse pour le prochain épisode, est de superposer ce principe de multiplication du pareil en lieu de l'unité génétique positive, incarnée par la petite rousse...

       OOOO

    Thomas Clolus 

     


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