• Redacted - Brian De Palma : Redacted et la fiction

     En premier lieu j'aimerais en préambule de ce texte remettre les choses au clair sur ce film. J'ai pu entendre ou lire de nombreuses choses sur ce film de De Palma et surtout beaucoup sur le projet initial et ce qu'il est devenu, les déceptions de De Palma, etc. Je ne remets pas en cause l'intérêt des différents discours tenu sur les différents possibles du film (au contraire je pense sincèrement qu'il faut y réfléchir) mais je me refuse pour ce texte de les envisager et de voir le film à travers eux. Le film existe, il est passé sur nos écrans et c'est de lui dont je vais parler.

    Qu'est il donc ce film ? Un projet audacieux, nouveau où à la fin du générique on aurait pu écrire « inspiré d'images réels » tout comme on peut parfois voir « inspiré de faits réels ». Et c'est là la grande force de ce film, De Palma ne nous parle pas tant d'une histoire réelle (même si c'est le cas) que d'images réelles. Aujourd'hui, suite à la prolifération des moyens d'enregistrement, on ne réfléchirait plus l'actualité en terme de faits mais d'images. Le cinéma n'aurait donc pour but que de retourner ces images pour nous les restituer ou pour nous obliger à les voir. Projet De palmatien par excellence lui qui n'a jamais fait que ça, sauf qu'ici les images ne sont plus celles cinéphiliques mais venant de partout à la fois : télé, internet, documentaire. C'est ce que nous pouvons voir durant tout le film à l'exception de la fin où deux nouveaux types d'image apparaissent. Cette dernière partie se détache très clairement du film ayant même un titre « Collateral damage » et pour sous-titre « Actual photographs from the Iraq war ». Apparaissent successivement des photos d'hommes, de femmes et d'enfant morts, mutilés ou blessés sur le morceau E lucevan le stelle tiré de l'acte 3 de l'opéra de Puccini, Tosca. Ces photos sont retouchées pour être conforme avec la loi sur l'image donc les visages sont cachés par des marques de feutre noir. De Palma en ayant ici choisi de garder ces photos dans son montage final pointe du doigt les États-Unis qui mutilent ces corps de par leur action militaire et mutile une seconde fois ces corps à travers ses lois ne permettant pas de montrer les photos dans leur intégrité.

    Puis on entend à l'intérieur du morceau un coup de gong, apparaît alors la dernière photo qui n'est pas censurée et sur laquelle De Palma fait un zoom avant. Il s'agit de « Farah » prénom de la jeune fille violée puis tuée dans le film. Cette photo a été réalisée par la photographe américaine Taryn Simon. Elle est la seule et unique image de fiction de tout le film au sens où cette photo n'existait pas préalablement au film et n'est pas la copie d'une photo existante. Cette image qui était le point aveugle du film De Palma choisit de la créer et de nous la livrer comme dernière image de son film, comme s'il fallait tout le film pour donner naissance à cette image. Image d'une femme que nous savons avoir été violée, étendue dans le coin d'une pièce, morte, bouche ouverte, dont les yeux semblent regarder l'objectif. Le corps est par terre en bas de l'écran et le zoom est fait sur le corps. De cette bouche ouverte semble sortir un cri d'épouvante, d'horreur et de souffrance qui ne s'arrêtera jamais. Quand à ces yeux morts qui nous regardent ils visent aussi bien les États-Unis et leur politique guerrière que toute personne à l'origine de guerres, tout soldat qui participe à une guerre, toute personne qui laisse les guerres se dérouler donc au final le monde entier. Il est le regard accusateur qui nous rend tous coupable à un degré différent soit, mais quand même coupable. Cette image c'est l'allégorie de la guerre. Et c'est avec elle que l'on voit toute l'intelligence de De Palma car il ne pense pas que nous ne devons pas la voir, bien au contraire il faut tout voir, mais pense que c'est à l'art de la créer afin que nous puissions être confronté à elle et que sa puissance soit à son plus haut degré. Foi dans l'image de fiction que le film retrouve in fine.

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          Barthélémy Guillemet


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