• Planète Terreur - Robert Rodriguez

     

    Nacho Grande

     

     

    Second volet du diptyque Grindhouse, le Planète Terreur de Robert Rodriguez, à tout pour consoler les déçus de Boulevard de la Mort, c'est à dire ceux qui voulaient du Z, ceux qui voulaient voir au cinéma ce qui de coutume est direct-to-video. A ce titre, il est certain que Planète Terreur remplit son cahier des charges. Le réalisateur au chapeau, magnifiant son couvre-chef en accessoire héroïque, signe tel un Zorro du septième art ( ?) la pellicule de la fameuse dernière lettre de l'alphabet, ne reculant devant rien pour imposer cette lettre, exclue, désavouée desdites lettres de noblesses, dudit Cinéma. Aussi, plus qu'une création, Planète Terreur fait plutôt office de récréation, de recette, la bonne étant bien évidemment de faire dans le désordre, pourvu qu'il y ait tous les ingrédients.

     

    Recette maison ? Tambouille-hommage, Planète Terreur porte tout de même la « patte » si particulière de son réalisateur. Mieux encore, son univers à l'imaginaire foutraque semble ici s'épanouir dans cette profusion désorganisée d'idées en tous genres. Le « Z » signé avec conviction et malice, balise ici les cheminements d'un objet filmique résolument anarchique et rigoureusement inexigeant, soit décomplexé de toutes structures proprement intelligentes. En cela le terme « cheminement » n'a pas lieu d'être, le seul sentier emprunté par le métrage étant un terrain défriché, où s'agitent dans cet espace de vacuité, les décors et protagonistes, comme autant de jouets posés sur un plateau. C'est sûrement l'effet voulu, ce charme que le réalisateur trouve aux films d'exploitations, et Rodriguez de recopier ce mode de production avec une application infantile que l'on craint à peine forcée. Le plateau : l'arrière cour des Troublemakers Studios (studios de Rodriguez donc), où la majorités des scènes du films sont tournées ; les jouets : des décors de la simplicité d'un jeu de légo, un personnage principal au charisme d'un action-man (à l'état de jouet, plastique et expression figée). Personnage stéréotypé, on est dans le personnage-jouet (quoiqu'il est marrant de voir que le personnage joué par Tarantino est d'avantage de prime-abord un militaire jouant à Tarantino, avant de finalement se faire maltraité par Rodriguez, comme un enfant bousille ses figurines). Si les militaires peuvent évoquer une imagerie à la Small Soldiers, on a aussi le personnage-référent, le Texan roi-du-barbecue très hopperien, ou encore notre fameux héros « action-man », qui s'essaye en héritier pas convainquant pour un sou,  du pourtant charismatique et emblématique Snake Plissken.

     

    Carpenter, grand inspirateur de Rodriguez, aura donné effectivement envie à ce dernier de faire prédominer les Escape From comme ultime hommage de Planet Terror. Cela va de la musique, qui contrairement à l'usage qu'en fait le « maître », est ici insérée dans la logique de vacuité du jeu de plateau pour gamin à l'imaginaire gorgé de références fantastico-horrifiques dont fait office ce film Grindhouse. Où elle aurait pu faire montre d'un facteur thématique logique au film, elle semble se chamailler le privilège de la « bonne-scène » avec le thème original composé par Rodriguez. La verve anarchique et résolument Do It Yourself des Escape From doit avoir été suivie plutôt minutieusement par Rodriguez mais l'hommage s'affuble d'allusions politiques clarifiées, l'Irak et ses armes chimiques (alors que l'anarchie carpenterienne était emblématique d'une époque qui du fait de son absence de repères, sans point ni contrepoint, construisait un univers en roue libre, schizophrène, ou la démonstration hallucinée d'une situation absurde, la description d'un monde ressemblant de plus en plus à un garde-fous.).

     

    Soit, mais n'oublions pas de compléter notre recette : pour faire de ce qui aurait sans doute été un piètre-hommage aux Escape From un - disons-le - « bon gros Z », ajoutez-y les névroses propre à l'auteur, à savoir l'arme comme prolongement du membre amputé (on se souvient de Sex Machine dans Une Nuit en Enfer) et un certain amour pour les premiers Peter Jackson (Brain Dead, Bad Taste) et leur lots de pustules, boursouflures et tous genres (pourvu qu'elles éclatent à un moment ou  un autre). Voilà ce qui constitue un vrai film Z comme Rodriguez semble avoir la facilité de les faire. Avec beaucoup de boursouflures sur la forme et finalement peu sur le fond, le film Z est au cinéma ce que le soufflé est à la cuisine. Quoique, la profusion de références, touillées et mélangées ensembles, leur fait perdre tous enjeux. Les boursouflures dans et sur la pellicule ne parviennent donc pas à créer un quelconque volume. Le film s'écrase sur lui-même dans une bouillie écœurante et gavante (effet Z oblige, une fois de plus, c'est (on l'espère) voulu.). Voilà bien le sors de Planète Terreur. Les fans de Z ont de quoi s'en mettre sous la dent et plein les doigts, à l'image du Nacho Grande que Kurt Russel, héros emblématique de Carpenter justement, dévore salement dans le Boulevard de la Mort de Tarantino. Aussi, des deux films Grindhouse, l'un est un hommage de Cinéma pour le Cinéma, l'autre, un pot pourri de références cinématographiques dont la profusion et la diversité n'aboutissent à rien d'autre qu'à une bouillie dont il vaut mieux rire faute d'autres enjeux. Le Grindhouse, tel qu'il était sortit aux USA, donnait à voir Planet Terror avant Death Proof. Il est amusant de voir le métrage de Rodriguez retranscrit métaphoriquement mais fidèlement dans l'assiette de Kurt Russel dans le film de Tarantino, et de l'emblématique figure carpenterienne de dévorer cet hommage déstructuré. Carpenter, Tarantino...le Cinéma, le vrai, ne fait qu'une bouchée de la récréation Planète Terreur.  

    OOOO

    Simon Lefebvre 

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