• Passe ton bac d'abord - Maurice Pialat (1979)

     

       Les films de Pialat s'effectuent sur le débordement de phases de creux, sur la tension de phases d'inertie. L'ambiance réaliste recouvre la prépondérance des personnages, on a toujours l'impression de sentir pour la première fois la brutalité primaire d'un camion qui passe, et de son moteur ronronnant sans ambages de manière insolente et barbare. On a toujours l'impression d'entendre pour la première voix le langage bâtard et indialectique d'une musique des salles des fêtes avec, en dedans, des corps qui dansent. Il ne suffit que d'un dérèglement, pour que ces danses insignifiantes et immersives se transforment en coups, en corps qui tombent. Plans à plusieurs niveaux, plusieurs points de fuites et plusieurs sorties, on ne sait jamais quand cela commence ou cela finit. La brutalité de la rupture de l'écoulement indocile est une des merveilleuses logiques du montage chez Pialat. Narration sans centre, épisodes sans histoire et sans personnage principal. Le bac, dans tout ca? La hantise désinvolte à l'idée de le passer, le déni de la perspective de le passer, le regret heurté ne ne pas l'avoir  passé. Non pas une étape, mais une force en creux, une vague étendue, aussi molle que fugitive. A la fin, le bac est passé sans même qu'on ne le sache, ni qu'on ne le voie. Le corps adolescent redouble une classe, un corps à naître fait déborder son ventre.

           Thomas C


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  • Commentaires

    1
    Simon Lefebvre
    Mardi 2 Septembre 2008 à 14:17
    Comme le ventre qui déborde
    Ce motif du "ventre qui déborde", ou plutôt "du cinéma qui déborde comme le ventre", on le retrouve aussi dans le dossier d'Anthony consacré à l'auteur...je ne saisis toujours pas bien la métaphore. Cinéma viscéral? ...je ne reconnaitrais pas Pialat en ces termes. Cinéma généreux? Le terme ne semble pas non plus se justifier à mes yeux. Bref, j'ai besoin de vos lanternes!!
    2
    Thomas Clolus
    Dimanche 28 Septembre 2008 à 16:40
    Citation qui déborde...
    Pour ce qui est de l'occurrence du débordement du ventre dans le texte d' Anthony, il s'agissait pour lui de lancer son analyse en se référant à une citation de Vincent Amiel, qui avait usé de cette formule antérieurement. Il comparait alors une certaine tendance d'écriture et de forme du cinéma de Maurice Pialat au débordement, trouvant l'opportunité du débordement du ventre de Depardieu. Chez Pialat, en effet, beaucoup de choses débordent (le réel, les corps, les plans, les séquences...). Pour ma part, dans ma petite notule, je faisais allusion de l'avant dernière scène du film ou la caméra de Pialat surprend, dans la classe du lycée, le ventre de la jeune héroine du film qui est enceinte. Aussi, ce triplement du motif du ventre qui déborde, eu égard au cinéma de Pialat, ne constitue ici que pure coincidence.
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