• Paris Cinéma 2008 - Vendredi 04 Juillet


    Enfin ! J'y suis arrivé ! Quitter le Mk2 Bibliothèque, ses pop-corn et ses films d'auteurs, lieu aussi généreux que paranoïaque (en tout cas pour le provincial que je suis). C'est avec une heure d'avance que j'arrive à la Cinémathèque Française et que je me réjouis de découvrir une longue file. Nous allons rencontrer Aki Kaurismäki. Le cinéaste finlandais sait sa réputation, une partie du public s'y fige. Nous dans la salle, lui sur la scène, avec Pascal Mérigeau. Beaucoup de rires tandis que Kaurismäki devient plus un spectacle qu'un homme. J'interprète ici une sorte de violence confuse jaillissant de l'équation Kaurismäki + espace théâtral. Le rire n'est sans doute pas l'expression majoritaire du public, mais c'est justement celle qui exprime, qui se fait entendre. Elle donne une couleur et une identité à la masse alors que le cinéaste passe son regard triste et intense sur nous. Simple personnage original dont la parole et le geste ne sont qu'élucubrations bien venues ? Finalement, peu importe. Un extrait de Hamlet goes business passe. Aki allume sa cigarette en même temps que son personnage. Cinéaste qui fait corps avec son cinéma et qui fait spectacle. La « salle » applaudit  le geste. Il y aura tout le long de la rencontre, ce jeu de la vérité et de la trahison entre le cinéaste et son auditoire. Le cinéaste s'avoue lâche. La fulgurance du burlesque dans ses films est une échappatoire à ses pleurs, lui qui pleure du matin au soir. La réaction du public à ce moment est une jolie démonstration du jeu de vérité que nous évoquions précédemment. Il y a les rires et un silence qui ne se fait donc pas entendre. Moi, je vois un homme à l'image de ses films. La tristesse délie de l'absurde, et de cet absurde se cache une beauté, une poésie précieuse et infiniment touchante. Il y a beaucoup de chiens dans les films de Kaurismäki et des hommes, à qui, il demande de ne bouger que un sourcil, comme on peut demander à l'animal de bouger sa queue. Egalité ironique. Ce n'est ni une dévalorisation, ni, justement, un nivellement quelconque. Kaurismäki nous cite Bresson et Renoir pour leur travail, leur vision, leur art quant au jeu de l'acteur. Il y a bien cette immanence, ce jaillissement beau et grave de l'acteur dans les films du cinéaste. « On apprend que ce n'est pas tant la caméra qui doit bouger que la pensée qui doit bouger à l'intérieur du cadre ». « Quand on voit « Le Cri » de Münch, ce n'est pas le tableau qui crie, mais nous ». Phrases elles-mêmes fulgurantes dans un jeu de chat et de souris avec Mérigeau. Le cinéaste est dur au dialogue. C'est aussi ça la force de cet instant, en ce début d'après-midi du 4 juillet 2008 à la Cinémathèque Française de Paris. Le dialogue avec Kaurismäki se fait au-delà de la parole, qui, chez le cinéaste, est espiègle, tricheuse, peut dire beaucoup en étant futile, peut tromper en étant sèche. Déséquilibre admiratif et déçu. Le regard de qui sur qui ? Choisissez vous-même. Sachez en tout cas que le miens fut impressionné et ému. Et, pour prolonger ce dialogue, j'espère que bientôt nous aurons des vidéos de cette rencontre (chose possible aux vues des nombreuses caméras présentes).

                Petite (grande) pause à la suite de ce début d'après-midi éprouvant. La prochaine étape sera une entorse au règlement, puisque, je quitte les sentiers festivaliers pour Valse avec Bachir de Ari Folman. Dans ce journal de bord, nous abordons souvent la difficulté humaine de l'expérience festivalière et cinématographique en tout cas. Ce 4 juillet 2008 est violent, exigeant et magnifique avec moi-même (à moins que je sois mon propre bienfaiteur et bourreau). Le film de Folman est à mon avis un film important, qui prend marque dans le temps et l'Histoire, comme Redacted de De Palma. En parlant de temps, celui qui est impartit pour la rédaction de ces petits billets ne varie pas d'un yota. Tout juste, il se meut. C'est donc ce matin, samedi 5 juillet que vous rends compte de « ce 4 juillet 2008 ». Revenons-y, après tout, à l'échelle effrénée du festival, c'était tout à l'heure. Cette frénésie est propice à ne pas ralentir l'élan. Alors je continue dans la compétition courts-métrages. Cette série là est passionnante, à commencer par le fabuleux Rolyo d'Alvin B. Yapan (Philippines). Meilleur court que j'ai vu jusqu'alors. Politique, poétique. On espère que le film sera visible après le festival car dans ces moments, les mots peuvent être barbares vis à vis de la matière filmique. Nous verrons par ailleurs si nous ferons un billet post festival, pour revenir plus amplement sur les temps forts. Suivent Surface, deuxième court-métrage portugais en compétition. Le film de Rui Xavier prend l'immensité de l'océan comme vecteur d'un passage vers un univers nouveau et à la fois familier. Un voyage aux repères perdus. The Shooter, film palestinien de Ihab Jadallah, est une réflexion ironique sur les images, tant hollywoodienne que journalistique sur un pays dont l'action est morte et le décor ruiné. La forme courte nous donne tout juste le souvenir d'un paysage dépeuplé, désertique, et de personnages s'affairant à transformer les vestiges de la guerre en un décor de fiction Z. Les Couillus, de la française Mirabelle Kirkland, filme un groupe d'hommes enfermés dans un gymnase pour un stage de revalorisation masculine. Humour noir et caméra proche et mouvante. Dénoncer les violences conjugales en enfermant ces hommes, en les mettant entre- sois. Exercices de simulations, confessions. Ces hommes sont en cure comme on est en cure de tabac ou d'alcool. Il y a une confusion malvenue des dépendances et des maux de sociétés. Le film se termine par une pirouette ironique lorgnant vers la morale. Le dernier film est le plus décevant. Il s'agit du sud-coréen Tide of Love de KIM Hyun-jin. Noir et blanc soigné, bruit de vagues lancinants et notes doucettes de trompette. La jolie histoire et la jolie image, à l'image de cette énorme peluche que se fait offrir l'héroïne. Le sable, la mer, une peluche, un banc, quelques notes et puis l'amour. Une chanson de Laurent Voulzy en film. Rolyo, retenons Rolyo. Et retenons ce nom : Alvin B. Yapan. Privilégiés de la capitale, nous avons tout le loisir de retourner voir ce film mardi 8 et mercredi 9.

                Et la journée (quelle journée !) s'achèvera par une autre rencontre, pour l'avant-première de « Christophe Colomb, l'énigme » de Manoel de Oliveira. Le film est bouleversant, qui m'évoque forcement quelque phrase pompeuse. Démonstration : un film de cinéma. Le Temps et l'Histoire à travers les corps et l'architecture. Qu'est-ce qui se fige et qu'est-ce qui passe ? Terrible et beau temps qui passe. Il passera vite cet été, on l'espère, puisque « Christophe Colomb, l'énigme » sortira sur nos écrans en septembre. Manoel de Oliveira, était présent aussi bien dans la salle que dans le film (dans lequel il joue quasiment lui-même). Un homme jeune. N'équilibrons pas le terme. Et à cet égard, « Christophe Colomb, l'énigme » à beaucoup de points commun dans ses thématiques avec Youth without Youth de Francis F. Coppola. Proches et différents à la fois car la simplicité la bonté de Oliveira fait que le film est davantage touchant dans son immensité. Impression qui me vient sans doute de la proximité physique avec le cinéaste à ce moment là.


    <o:p>Simon Lefebvre </o:p>


    Tags Tags : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :