• Paris Cinéma 2008 - Mercredi 02 Juillet

    >Privilégié perdu

    Ici commence un petit journal de bord sur le Paris Cinéma, festival se déroulant dans la capitale chaque début de juillet, ce depuis six ans maintenant. Ce prélude « savant » sur la question n'en est pas un en réalité puisque c'est une première pour moi. C'est d'autant plus nouveau pour moi que, n'habitant pas Paris, je maîtrise encore mal la gestion optimale de mon temps. Les nombreux films sont en effet répartis sur 5 arrondissements (je crois) et 8 salles (il me semble). Ça va être dur. Surtout qu'il y a beaucoup à voir. Comme souvent alors, il faut s'obliger à se faire une sélection. C'est ça, ou se laisser guider au fil de la journée par ce que nous propose le programme. Très peu pour moi. Je le rappelle, je ne suis pas parisien, je suis donc loin d'être ici un festivalier préparé et serein. Quand bien même, est-il possible d'être prêt ?

    Petit tour des festivités : Paris Cinéma 2008 se répartit en cinq « temps ».

    La sélection internationale
    Les invités d'honneur
    Cinéma philippin
    Evènements
    Ateliers et rencontres

    Je vous laisse le soin d'aller voir quels films guettent derrières cette répartition [www.pariscinema.org/]. De mon côté, j'ai le regret de vous annoncer que je ne mettrai pas à l'honneur les invités de cette édition. Ces invités ne sont pourtant autres que Cronenberg, Kaurismäki, Carrière, Kuo, Baye et Elkabetz. Rien n'est définitivement planifié, il y a toujours le temps ( que le programme l'impose ou non ) de voir durant ce festival les films mettant à l'honneur ces cinéastes et acteurs. En réalité, j'ai la joie de vous annoncer que nous allons découvrir le cinéma philippin ainsi que certaines des avant-premières. Ce sont en effet mes priorités. Le cinéma philippin, parce que c'est une cinématographie trop inconnue en France, et que la curiosité cinéphile me guide tout naturellement à voir le plus possible de ces films. Les avant-premières seront aussi mes priorités puisqu'elles bénéficieront pour la plupart de la présence de leur réalisateur. Cinéma philippin et avant-premières : ici, à Paris, nous serons de nombreux « privilégiés de la capitale » (dixit mon ami Thomas Clolus, par SMS interposé).

    Cette première journée donc, se fera, uniquement au MK2 Bibliothèque (ou se déroule le gros de la compétition ainsi que le panorama philippin). Cette « immobilité » n'est pas tant le fruit de ma sélection personnelle que le handicap mobilo-parisien. Promis, les jours passants, je me disperserai dans la capitale. Conséquence de cette mobilité hésitante : 3 films vus (sur une trentaine projetés).


    >My country, my philippines

    C'est L'éveil de Maximo Oliveros, d'Auraeus Solito, qui inaugure mon festival. Le film se déroule en la présence de son cinéaste. La présentation est brève. Pour ne vous livrer qu'une chose, je vous dirai que le cinéaste considère avoir perdu son innocence en faisant le tour du monde avec son film. En filmant le quartier dans lequel il a grandit, et en le projetant ailleurs dans le monde, Solito à pris conscience de la pauvreté de celui-ci. C'est en effet dans ces rues cernées d'habitats délabrés, dans ces ruelles étriquées que les personnages et le film minaudent, inspirés par des horizons plus télévisuels et numériques. Canons de beautés féminins transposés des posters à la rue, classiques hollywoodiens détournés en dvd pirates, nature documentaire du film parasitée par des fulgurances clip-et-sketches ou encore esthétisantes. Dans la moiteur et la petitesse du quartier, les enfants se tassent dans une petite salle pour regarder la télévision, rêver de cet ailleurs qui  les extirpent un peu du ronron, du vase clos, de l'asphyxie. Cette innocence du cinéaste n'a pas su résister à ces ailleurs télévisuels, ces images d'une « réalité » enviée. Cette innocence est à la fois dommage et belle. Les temps forts du film résident principalement dans les enjeux et la figure de Maximo. C'est un personnage duel. Enfant et adulte. Enfant et parent. Petit frère et petite sœur. Garçon et fille. Maximo évolue dans une famille de trois hommes : son père et ses deux frères. Les filles dans le film ne sont qu'un modèle à prendre, un calque que le héros androgyne va s'attacher à modeler sur lui-même. Il s'agit tantôt de séduire l'autre, de protéger ses frères/fils (figure maternelle) et de servir le nid familial. Maximo minaude, aime, éprouve pour et par toute ses dualités. Cette intensité du personnage se perd dans les récits parallèles (histoire de vengeance, histoire d'amour). L'apprentissage, l'éveil peine à s'épanouir dans l'éparpillement vain des récits dans ce minuscule quartier. Reste que cette première découverte en est une bonne, car, c'est un premier film, un film sur la fin de l'innocence malgré lui. Les imperfections du film sont celles, maladroites, de cette innocence. Il y a une émotion particulière et précieuse qui se dégage de L'éveil de Maximo Oliveiros. C'est aussi ça la réjouissance du film. C'est de s'être pleinement accomplit et de se révéler tel quel vers les territoires inconnus.

    Nous parlions d'influence et d'imagerie télévisuelle. Big Time, de Mario Cornejo est présenté sur le programme comme étant un « Pulp Fiction sauce philippines ». La métaphore culinaire alliée à un chef d'œuvre estampillé à outrance comme référent de moult navets n'est pas pour me rassurer. Le jeune Cornejo présente son film comme le fruit d'une équipe enthousiaste qui a pris un plaisir sincère à la tâche. En réalité, le film ne nous apprend rien, ne suscite rien. Partout dans le monde, dans chaque cinématographie nationale (et la Philippine ne fera pas exception), il y a des cinéastes qui aspirent à faire comme leurs idoles (qui sont souvent Tarantino, Scorsese et Coppola). Guy Ritchie est la figure de proue de cette veine de cinéastes. Cornejo est le Guy Ritchie Philippin. 1h45 pour cette simple conclusion. Partout dans le monde, nous avons nos cinéastes qui aspirent à être des « comme ».

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    Enfin la journée se termine par la projection de La vie moderne, en présence de Raymond Depardon. Ce film clôture la trilogie paysanne du réalisateur. Nouveaux moyens techniques (un procédé australien permettant la transmutation du numérique à la pellicule), utilisation pour la deuxième fois du stéréo dans la filmographie du cinéastes, un film d'1h30 en 50 plans. « Ce n'est pas un film documentaire [...] c'est une no-fiction ».  La vie moderne va poser un regard sur la fin et la relève de la paysannerie. Depuis 1998, Depardon à suivit des cultivateurs, des éleveurs et les retrouve pour la plupart ici. L'une des forces du film réside dans les traits qui marquent les visages de tous ces gens. C'est le labeur et le temps qui façonne et fige les expressions pour une dernière fois, celle de ce film qui ferme la boucle. Les anciens et nouveaux paysans. Il n'y a ici ni passé, ni anticipation. C'est un présent ému, qui sait qu'on va en rester là, qu'on devra bientôt partir. Alors, La vie moderne évite de filmer la paysannerie comme quelque chose de pittoresque ou d'exotique, une carte postale pour public urbain en mal de campagne. Nous sommes juste avec des hommes et des femmes, que le cinéastes à suivit depuis dix ans. La fin nous noue le cœur. Tandis que nous redescendons de la montagne, la silhouette de ce vieillard disparaît dans la lumière crépusculaire et les courbes des montagnes. Le mouvement est limpide. Il ne laisse pas la place à la condescendance, la complaisance ou l'hypocrisie.

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    Il y a, je m'en rends compte soudainement (alors qu'il faut écrire, dire, transmettre son expérience), qu'il y a beaucoup à dire sur La vie moderne. Mais il est tard, et les  moyens informatiques dont je dispose ne sont pas en mon entière possession. Vous le voyez, ce Paris Cinéma 2008 ne va pas m'épargner, tant au niveau humain que matériel.  Et bien, il ne me reste plus qu'à laisser ce texte accroché quelque part dans la toile internet.  A demain, peut-être.


    Simon Lefebvre


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  • Commentaires

    1
    Thomas C
    Jeudi 3 Juillet 2008 à 11:33
    lignes de suite...
    Merci de ces mots arrachés au récent de l'expérience urbaine et audio-visuelle. Mots tranchants et clairs qui expriment l'enthousiasme du passage autant que la peine de l'encombrement et la fatigue de l'expérience. Ces lignes et perspectives tracés au delà du flou inconsistant et absurde de l'expérience festivalière sont nécessaires à la compréhension. Les deux (l'élan et la fatigue) sont nécessaires à la disponibilité du cinéma, art ou celui qui reçoit s'émousse de la violence du nombre, de la quantité émise et,de la frustration du choix et de la restriction. Art ou celui qui reçoit est asséné et traversé de blocs d'images divers qu'il lui faut extraire de son enveloppe individuelle pour témoigner. Ecrire pour tenter de transformer ce qui a été pour soi en ce qui sera, pour les autres, peut-être...
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