• Paris Cinéma 2008 - Mardi 08 Juillet

                Le mardi 8 Juillet signe le début de la fin de ce festival Paris Cinéma, avec le cinéaste philippin Brillante Mendoza dont tous les films nous accompagnerons pendant trois jours. Une rétrospective intégrale pour le cinéaste contemporain le plus connu de ce pays à l'honneur. Le nom est connu, certes, son cinéma l'est moins (sauf pour les plus cinéphiles d'entre nous). Personnellement, je dois avouer qu'il va falloir aussi découvrir Mendoza (au même titre que les autres cinéastes de ce cycle philippin). A l'occasion de cette rétrospective, cette découverte va être pleine, puisque normalement, je devrai réussir à tout voir. Le confinement dans l'espace est alors flagrant. Il ne faut pas seulement rester au Mk2 Bibliothèque, mais aussi, jusqu'au jeudi 10, rester dans la salle 11 de ce multiplexe art et essai qui n'en finit pas de me déstabiliser. C'est ainsi que pour John John, quelques personnes dans la salle se rassasient de pop-corn. Les pop-corn movies ne sont plus ceux que l'on croit. L'accessibilité du festival et la politique culturelle de la filière Mk2 permet, comme le grain de maïs chauffé à blanc, l'éclatement des cinématographies et des cinéphilies. On ne peut pas spéculer sur les motivations de ces spectateurs mangeurs de pop-corn, présents pour cette projection de John John, mais il y a quelque chose de positif dans leur présence. Nous ne sommes pas dans un entre-nous cinéphile. Le festival fait venir tous les publics. Le pop-corn là dedans ? Il fait office de marque visible (et malheureusement audible) de cette diversité de public. Alors, ce pop corn ne nous apprend rien et ne nous convainc de rien. Pas de bruit de grignotages cependant pour John John. Dans la salle obscure, on laisse un instant son imagination divaguer. Le film de Mendoza a t-il laissé nos mangeurs bouches bées ? C'est probable, car avec Slinshot (vu plus tard dans la journée), on constate que Mendoza ne s'arrête jamais. Le mouvement est incessant. Dans John John, on retrouve du Elephant dans les trajets qu'effectuent les personnages. A l'académisme du collège dans le film de Van Sant, on a le délabrement des bidonvilles de Manille. Il n'y a donc pas de glissements, rien qui plane, mais plutôt un parcours chaotique et poétique. Les deux coexistent. Le chaos de l'espace et la poésie des personnages. Mendoza, sans doute plus que ses pairs cinéastes vus durant Paris Cinéma, parle de son pays. Il ne s'agit que de ça. Les plans séquences instables parlent énormément, et les personnages se font aussi symboles d'un pays tout entier. Ils ouvrent aussi sur d'autres espaces que ceux des bidonvilles de Manille. C'est un choc des plans et des univers. Tout, dans John John, est une prémice à l'arrachement, la déchirure d'une Mère à son fils. La lenteur de l'agonie, la préparation faussement sereine. La souffrance ne cherche jamais à se cacher. C'est aussi en cela que l'on ne s'arrête jamais. Il faut effectuer ce trajet qui mène et prépare à l'inévitable arrachement maternel. C'est pourtant sur un imprévu que l'arrachement existentiel va se juxtaposer (la découverte du confort et de la richesse matérielle d'un grand hôtel citadin). C'est dans ce monde que l'enfant va radicalement basculer. C'est aussi ce monde que sa nourrisse découvre pour la première fois. Conscience et juxtaposition d'une déchirure d'une autre nature (sociale, politique et vitale). L'innocence n'est pas exclusive à l'enfance. C'est celle toute entière d'un peuple en marge de la ville. L'enfant, portant l'écharpe « Mister Philippines » pour la fête de son école, est porté dans les bras de sa nourrice parce qu'il est trop faible pour figurer seul et debout au côté des « Miss Brésil » ou « Miss America ». Innocence et fragilité d'un pays sous l'œil d'une caméra qui ne précède pas les chocs et désillusions de ses protagonistes. Il n'y a pas de trahison mais une solidarité et une tendresse belle et violente dans la mise en scène. Le cinéaste est à la fois l'enfant, la Mère et le frère.

                Le mouvement de Slingshot est d'un autre ordre. Celui de l'urgence. Rapidité et exacerbation du chaos qui en découle. En période électorale, les habitants des bidonvilles de Manille sont soudoyés par les politiciens tandis que cette vie politique est loin des préoccupations et de la vie des bidonvilles, qui bat son plein, en brûlant les étapes. Les protagonistes sont consuméristes, à la frontière de l'ennui, de la jouissance et du désespoir. Comme dans John John, le film montre surtout la séparation entre deux mondes. Il n'y a aucune connexion entre la vie politique et celle des bidonvilles. Qui ce soucis de quoi ?  Ces deux mondes cohabitent et ne coexistent pas. L'argent sale est le compromis, le lien de reconnaissance, la transaction complice et entendue. Rien de plus, rien de moins. L'éphémère de la signature sur la liste, de l'échange de monnaie, du glissement du bulletin dans l'urne. Chaque réalité est loin de l'autre et le mouvement ne fait que précipiter cet éloignement. Des pancartes de campagnes politiques placardent les murs esquintés des rues dans lesquelles fusent les personnages. Ce ne sont que des images figées. Elles n'ouvrent sur rien. Dans la fulgurance, ces images deviennent abstraites et, jaillit de cette fulgurance une vérité. Il n'y a rien de concret, de proche. Les considérations politiques sont évanescentes tandis que la réalité est crue.

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    Simon Lefebvre


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  • Commentaires

    1
    Kolibri
    Mercredi 9 Juillet 2008 à 15:39
    J'aime ce cinéma
    merci pour votre blog bien fait et très intéressant.
    2
    Kolibri
    Mercredi 9 Juillet 2008 à 15:41
    J'aime ce cinéma
    Je viens de découvrir le blog. Il va me falloir blogroller cela :)
    3
    S. Lefebvre
    Mercredi 9 Juillet 2008 à 16:40
    Notre Cinéma
    Merci de t'être arrêté par là, d'avoir pris le temps de lire, d'écrire et de partager.
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