• Paris Cinéma 2008 - Lundi 07 Juillet

    15h00. Troisième groupe de courts-métrages pour la compétition officielle de Paris Cinéma 2008. Dans Plot Point, de Nicolas Provost, New-York est filmé et se met en scène elle-même. L'image documentaire se fait alors fiction et le spectre de la paranoïa post-11 septembre. De la tombée de la nuit jusqu'au levé du jour, c'est une nouvelle face de la grosse pomme qui se dévoile, avec évidemment ses lumières. Michael Mann est cité frontalement (le dernier plan du film et la musique de Moby). C'est donc un métrage très influencé, formellement maîtrisé. On regrette parfois que le réalisateur, par l'usage des trucages sonores, force un peu le trait, oblige et façonne une fiction à l'insu de l'image documentaire. Le film suivant, de l'allemand Jörn Staeger, est un métrage dont le propos est résolument écologiste (passant de la fable, au film d'horreur, par le film expérimental). Au final, on a plutôt un objet qui ne ferait pas tâche dans la programmation du Futuroscope. Pas assez abstrait pour être expérimental, le film est effectivement dans ce tremblotement d'images qui lui est caractéristique. Deux mouvements (un de caméra, l'autre de la nature), qui intriguent un instant mais pas plus. Le film s'appelle Journey to the Forest. S'en suit La Saint-Festin, le seul court-métrage d'animation de la compétition, écrit et réalisé par Annelaure Daffis et Léo Marchand. François Morel prête sa voix à l'ogre qui est le personnage principal de cette fable basculant du pittoresque au grave et glauque, de l'humour noir à la horreur gore, à la morale de contes pour enfants. Le tout dans un graphisme et une animation hybride. Collages, films et dessins. Petit film monstre à l'image de son personnage principal. Petit film bête et même pas méchant ? Les amateurs de pirouettes à la « il ne faut pas se fier aux apparences » devraient s'y retrouver.  S'en suit Boulevard l'Océan, de Céline Novel, qui s'inscrit directement dans cette veine contemporaine de cinéastes/acteurs néo burlesques (Romy, Abel et Gordon). Ici, on retrouve du Buster Keaton dans le rapport du corps humain face, avec et contre les forces de la nature. Le dernier court-métrage de ce troisième groupe, est de Raphaël Chevènement. Une Leçon Particulière est un film sur les signes et leurs interprétations (un poème de Victor Hugo et la séduction féminine). Le réalisateur (aussi auteur d'un ouvrage analysant une émission télévisée de Thierry Ardisson) se pose donc en sémiologue. La mise en scène n'est pourtant pas démonstrative ou essayiste. La fin du métrage est justement et littéralement ouverte. Elle laisse place à plusieurs signes tandis que ceux énoncés jusqu'alors étaient mal interprétés. Et encore. Le réalisateur, présent à la séance, avoue avoir modifier la fin du film, et de manière considérable (je ne vous révèle rien pour le moment, dès fois que vous verriez ce film). Les signes et leur interprétations sont dits, mais finalement à l'image de ce plan final. Ils sont multi-significatifs. Peut-être bien saisis, peut-être pas. Et puis après ? Le personnage qui tente de saisir le texte et la séduction, se retrouve seul et s'ouvre à l'infini. Que signifie t-il, lui qui essaye de comprendre et qui est esseulé ?

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                La suite de la journée sera grande. Eprouvante car faites d'expériences filmiques merveilleuses mais en tous points, nouvelles. Dans la spontanéité de l'écriture on ne sait à quoi s'attendre dans les lignes qui suivent (inspiration ou médiocrité, dégonflement et épuisement quant à la petitesse de l'écrivain face à ses sujets). Je me rends compte à quel point le film influe sur l'écriture. Le lyrisme du texte sur La Frontière de l'Aube semble en être symptomatique. La précipitation du commencement de ce texte (pour arriver plus vite au point où nous en sommes) est aussi symptomatique de cela. Dimanche, lors d'une table ronde organisée à la Cinémathèque Française quant à la critique de cinéma et internet, les intervenants parlaient de la critique comme d'un genre littéraire (j'ignore d'ailleurs si c'est Godard qui, le premier, parla du critique comme d'un écrivain plus que d'un expert). Si l'émotion que me suscitent certains films fait lorgner le texte plus vers le lyrisme, une certaine prose, que vers le discours purement critique et expert, ce n'est pas une faiblesse. On peut même alors critiquer la critique. C'est aussi ce que permet le format internet. Il en était question lors de la table ronde. La nouvelle forme. Notre Cinéma est un blog, mais n'en a pas vraiment l'usage. C'est une plateforme que l'on partage à plusieurs, une plateforme elle-même traversée d'images et de sons. Une plateforme de discours sur le cinéma qui peut se permettre d'être aussi audio-visuelle. C'est aussi le fait que Notre Cinéma s'est fait librement sous Blogg. Il s'agit de notre hébergeur, et cela diffère énormément d'une revue et de son éditeur. Le lectorat de Notre Cinéma est potentiellement celui de tout ce qui se fait sous Blogg (blogs de fans et midinettes en tout genre, mais aussi journaux intimes et très intimes etc...). La base et l'organisation de données de Blogg fait que ce sont ces utilisateurs qui seront les lecteurs privilégiés de Notre Cinéma. Certains laisseront des commentaires, avec les modalités d'expressions qui leur sont propres et qui diffèrent des nôtres ; beaucoup ne font que passer, sans doute refroidis par ces pages de textes, assez conséquentes pour être lues derrière un écran d'ordinateur. Le journal de bord pourrait d'ailleurs être l'instant propice pour réconcilier un aspect critique avec un aspect purement blog. Justement, le journal de bord, dans sa forme et sa mise à jour quotidienne, se rapproche par bien des égards du journal intime. Finalement, il s'agit de ça. C'est le partage d'une expérience émotive personnelle, qu'il est impudique ou pas de partager. Est-ce qu'en tenant ce journal, je ne me dévoile pas tant que je dévoile des films ? La critique se cache sans doute quelque part quand je n'ai pas aimé un film et que je me ménage pas vis à vis de lui. L'équilibre n'a peut-être pas sa place. Le cinéma, en mots et sur internet, en mots et sur un blog. Je vous renvoie au texte de Thomas Clolus, qui, alors que nous nous engouffrions dans la brèche internet, pensait déjà nécessairement Notre Cinéma pour et dans ce qu'il est.

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                Our Cinema. Inscription parmi beaucoup d'autre s'inscrivant sur les images malades et envolées de Todo Todo Teros de John Torres, va nous replonger en plein dans cette après-midi dantesque, car, cinématographiquement écrasante et géniale, mais aussi exclusivement philippine. La place du texte est centrale dans les deux films de cette sacrée (le mot est à la fois maladroit, excessif et juste) après-midi. Le deuxième film (A Short Film About Indio National, de Raya Martin) est muet, en grande partie. Un plan sonore mais muet, un autre parlant, et le reste entièrement noir et blanc et silencieux. Seulement des intertitres. Comment ,...comment prendre ces deux films un par un ? Ce sont pour moi deux découvertes, avec des esthétiques et des cinéastes (Todo Todo Teros est le premier film de John Torres cependant). A Short Film About Indio National est, bien qu'exigeant, plus discernable, sans doute plus maîtrisé, démesuré dans son épure, que le brûlot poétique, politique et artistique Todo Todo Teros. Le rapport des images au monde, des rythmes au monde, des mots dits et écrits. Raya Martin et John Torres sont tous les deux très jeunes. Leur film semble enfouir les mêmes thématiques mais leurs modalités d'expressions artistiques, langagières sont absolument différentes. Pas qu'il y ait la simplicité d'une part et la complexité d'autre part, il y a dans les deux cas la maladie qui s'exprime à sa manière, les mots qui s'inscrivent de force, la parole qui se délie, les images qui se superposent au monde. Ça parle de l'être, des civilisations (indigènes ou philippines), et de l'art, celui du cinéma, de son rapport avec le monde, ce qui le fonde, le déconstruit, fait son extension et son rétrécissement.  


    Simon Lefebvre

     


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  • Commentaires

    1
    Thomas C
    Mardi 8 Juillet 2008 à 11:56
    Je = Cinema = Tu
    Pudeur = censure. Cinema = je. Ecrire/parler du cinema = subjectivité. Croire que la personnalité du critique doit s\'effacer devant le film sur lequel il écrit relève de l\'hypocrisie, du non-sens. Le critique n\'est pas une fonction qui existerait en dessous un film qui assujetirait son potentiel d\'expression. Le film vaut en tant qu\'il émancipe l\'individu, selon des occurences variées (le spectateur, le critique). Le cinema, de par et d\'autre de l\'écran, ne doit servir qu\'à l\'affirmation des individus, avec leurs états dissemblables et singuliers. L\'égalité et la neutralité en ce domaine est une faille...
    2
    S. Lefebvre
    Mercredi 9 Juillet 2008 à 02:16
    Blogorama
    Oui mais après, un trop plein émotif (même s'il dit beaucoup de chose à défaut d'être sciemment juste vis à vis des films) n'est pas forcement bon. La forme du journal "intime" de bord, et la quotidienneté que cela entraîne fait que l'on parle plus de soit que des films finalement. On est autre part que dans le discours critique de revue. On est plus que jamais dans le blog.
    3
    Thomas C
    Mercredi 9 Juillet 2008 à 09:58
    La trace d'une origine particulière d'un regard.
    Oui, nous sommes à notre place, ainsi. Place modeste, qui permet avec ses moyens d'exprimer et de signifier, à une certaine hauteur, adaptée aux circonstances. Les circonstances: un individu qui voit de nombreux films en avant- première en peu de temps, et parfois plusieurs films d'importance et résolument neufs en termes esthétiques. Le temps de réflexion et d'écriture qui succède à ce rythme effréné est proportionellement aussi court. Ainsi, l'honneteté de ce type d'écriture repose sur le fait que les écrits formulés concentrent leur interet dans le témoignage d'une expérience, plutôt que dans l'étude d'un ou de plusieurs films. Ainsi, l'identité spécifique de chaque film n'est qu'un point dans un parcours plus large. Même si on (tu, en l'occurence)ne traite pas des films autant qu'on le souhaiterait, ce qui ressort de ces écrits en termes de partage d'informations, de circulations d'expériences et de sensations représente (à mon sens) un interet non négligeable dans la mesure ou un tel corpus se fait le relais du cinéma, dans un de ses modes concrets et particuliers d'existence, sur la scène sociale. (l'expérience du cinema en festival au travers d'une conscience particulière). Et ce n'est que par les consciences particulières des individus que ne cesse de transiter le cinéma. C'est là toute la valeur de l'expression de ce JE. Et le blog peut très bien se constituer comme un foyer d'un tel passage. Car, il est une proposition personelle d'un passage de l'intime à la sphère collective. A ce titre, son trajet est semblable à celui d'un film. De même, comme le socle festivalier en ce qui concerne les films, le blog, du point de vue du discours porté sur le cinéma, peut avoir vocation, à sa modeste place, à faire figure de rampe de lancement. Là ou les films prennent leur source, il faut bien, que, d'un mouvement parrallèle, s'origine un regard, des sentiments, des mots.
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