• Paris Cinéma 2008 - Jeudi 10 Juillet

    Mon Paris Cinéma s'achève plus tôt que prévu car le monde du travail me contraint à quitter les salles obscures précipitamment. Hier, ce fût donc ma dernière journée, en compagnie de Brillante Mendoza. Je découvrais alors les deux derniers films qui complétaient cette rétrospective. Retour donc au début avec le premier film du réalisateur, Le Masseur, film qui annonce Serbis, et qui fait alors de cette courte rétrospective, une œuvre discernable, qui fait de Mendoza un réalisateur définitivement intéressant et impressionnant. Dans Le Masseur, on retrouve une attention portée aux corps, avec un crescendo dans leur découverte, l'apprentissage de leurs limites et la thématique sexe/mort  toujours aussi présente. Pourtant, ce film est à mon avis le moins bon du réalisateur. C'est à priori une bonne nouvelle, quant on sait la qualité des œuvres suivantes. Le Masseur s'encombre effectivement d'un montage alterné poussif, entre massages et enterrement. La lecture est forcée et impose un regard décharné qui nous éloigne du langage des corps. Cette séance réserva une petite surprise puisque l'on eu le droit à un entretien avec le réalisateur, entretien relativement court d'ailleurs. On y apprend les méthodes de travail du réalisateur. Mendoza prend près d'un an pour préparer le film, impose à ces acteurs une immersion dans un milieu et un rôle (exigence forte du cinéaste quant on voit les différents rôles à endosser, notamment dans Le Masseur), et tournage rapide, très resserré dans le temps (10 jours pour Le Masseur, 12 pour Serbis). Une personne dans le public demande si, comme les cinéastes français des années 1960, les nouveaux cinéastes philippins se connaissent et forment un groupe qu'on pourrait alors plus légitimement appeler « nouvelle vague philippine ». La réponse est positive, et vérifiable par ailleurs. Les cinéastes philippins présents lors de ce festival restèrent toujours aux alentours du Mk2, parfois allaient supporter leurs amis cinéastes à leur projection (Jim Libiran -Tribu- était par exemple omniprésent durant ce festival). Par ailleurs, le cinéaste énonça ce que ces films disent si justement. Son pays est très religieux mais la situation politique fait que la nécessité de l'argent créée un hiatus entre obédience et survie. Entretient court, mais réjouissant, ne serais-ce que pour avoir échangé avec le cinéaste, présent à chaque séance mais jamais disponible pour une discussion post-projection. L'occasion aussi de lui témoigner notre admiration., admiration tenace car fragile et anxieuse. La vitesse de production du réalisateur fait de lui un funambule. Ses méthodes de travail sont à l'image de ses films : régies par l'urgence. Serbis en porte la marque lorsque l'écran brûle. Urgence et consumérisme.

                The Teacher, troisième film du réalisateur, est présenté par le programme comme un documentaire, présenté par tous les festivals comme étant un documentaire...présenté par Mendoza comme une fiction. Evidemment, il s'agit d'une fiction, mais qui comme toujours chez le cinéaste se love dans une image documentaire. La méthode d'immersion des acteurs dans un milieu réel est d'ailleurs à l'image de cela. Il s'agit pour la fiction de se faire petite parmi le monde. La petite caméra vidéo doit faire témoignage et ne prends pas le temps de contrôler. La courte durée impartie pour le tournage du film parle pour elle-même. Il n'y a le temps que de filmer. Une année de préparation et de réflexion sur le film, pour un peu plus d'une semaine de tournage. Engouffrement de la préparation dans le cadre resserré de la caméra et du temps. The Teacher nous offre de magnifiques moments de cinéma, dans cette longue balade nous emmenant en haut d'une montagne. Les différentes vitesses, mais aussi les différentes matières se succèdent et se confrontent durant cette ascension vers l'érudition. C'est en haut de la montagne que la petite fille va apprendre à sa famille à écrire pour pouvoir voter dans les jours qui suivent. La longue balade est belle et éprouvante (dans l'effort des corps, encore) mais aussi de retrouver cette micro communauté tout en haut. Qu'est-ce qui anime encore ces gens, jeunes et âgés, à venir ici. Où trouvent-il la force ? Il n'y a pas tant la force que la foi ici. Arrivés en haut, c'est une prière que font les protagonistes. Toute la balade est d'ailleurs éminemment et symboliquement religieuse. Ce n'est d'ailleurs  pas une balade, mais plutôt un cheminement, un parcours, presque un pèlerinage. La foi qui anime chaque plan et qui fait la vitesse. Le film de Mendoza fait donc encore une fois réfléchir la politique avec la foi. Lorsqu'il s'agit de redescendre de la montagne pour aller effectuer l'acte citoyen, il y a une félicité et une tristesse. Cette communauté de la marge, parmi laquelle certains sont illettrés, participent comme pour effectuer l'acte légitime d'exister dans ce pays en tant que citoyen à part entière, d'échapper un peu à la marge. Le vote est donc existentiel et désuet, une nécessité davantage humaine que politique.

    Voilà, c'était le dernier billet de ce journal de bord consacré à Paris Cinéma 2008. On aurait bien aimé, juste pour le plaisir de la citation, finir par un « Adieu Philippines », mais en réalité non, il y a encore beaucoup à découvrir. La production est abondante. Alors que A Short Film About Indio National de Raya Martin est actuellement en salles, on attend son Now Showing d'ici la fin de l'année, et Brillante Mendoza ne devrait pas ralentir sa cadence. Donc, pas le temps de quitter la Philippines, de lui dire « adieu » en tout cas. Evidemment, il y a tout le Cinéma maintenant, libéré d'une programmation festivalière. Les rédacteurs de Notre Cinéma s'arrêterons peut-être par ici cet été, pour faire ce que nous nous attachons à faire, sans ligne éditoriale, juste avec la spontanéité, l'irrégularité et l'envie de partager qu'ont tous les spectateurs.

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    Simon Lefebvre


    En plus: le palmarès du festival est tombé> http://www.pariscinema.org/

     


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