• Paris Cinéma 2008 - Jeudi 03 Juillet

    Cette deuxième journée sera placée sous le signe de la compétition. 10 courts-métrages et 1 long. Hier, nous abordions (notamment à travers les commentaires) la difficulté qui découlait de la torsion du nombre de film et du temps. La compétition courts-métrages se fait en quatre sessions de cinq films. Sans doute que dans ma naïveté, mon enthousiasme, j'ai vu gros, en ayant la présomption de voir dix films. Dans ce rythme effréné propre au festival, laisse t-on une moindre chance au film ? Quelle est la frontière entre l'enthousiasme, la curiosité, et la cinéphagie, la boulimie filmique ? Il y a ceux qui voit dans cette démarche quelque chose allant du ridicule au fasciste. Il y a ceux, j'en fais parti, qui ont le fameux « pass » illimité. Envie de voir, de vivre chaque film, d'être avec eux le plus possible. Qu'on les accompagne et qu'ils nous accompagnent, qu'on se fâche, qu'on se cherche ou qu'on se séduise. Effet miroir ou immersion cinéphilique. Il y a à mon avis beaucoup à apprendre. C'est aussi en cela que l'expérience festivalière est douloureuse et fascinante. Et moi qui ère toujours, au Mk2 Bibliothèque. Je m'émanciperai de ce multiplexe demain, promis, pour voir le nouveau Manoel de Oliveira.

                En attendant, et pour y revenir, j'ai vu 10 courts-métrages, tous en compétition officielle. Comment, en un billet d'humeur (à défaut d'appeler ça « journal de bord ») parler de ces films, leur laisser à travers moi-même, la place de s'exprimer, de se dévoiler ? Faire vite ? Faire de la sélection dans la sélection ? Citons tous d'abord chaque film, dans leur ordre de projection, et laissons l'écriture spontanée de ce billet faire les choses. Sonia and Her Family, film documentaire slovaque de Daniela Rusnokovà, laisse la parole murmurante à Sonia, mère de quatorze enfants. Elle se confie sur son rôle de mère, isolé et statufié. L'utilisation de la voix-off juste à l'oreille impose au spectateur un point de vue et un ressenti. Sonia par Daniela, c'est le portrait d'une mère réduite à son rôle de génitrice, dont les tenants sont aussi bien sociaux que religieux. C'est donc une pure vision de statuts que ce film nous donne à voir. Des parents qui enfantent, et des enfants qui ne sont ni plus ni moins que des enfants. Le dernier enfant auquel donne naissance Sonia se fera appelle Daniela, et porte sur ses épaules les espoirs d'une réussite sociale et familiale. Il y a une amertume et une certaine violence que l'on ressent à l'annonce de cette fin. La fascination de la cinéaste pour cette « donneuse » de vie ne fût pas sans oublier la justesse du recul. Les espoirs de Sonia sont sans doute vampirisés par la caméra. Ce sera le seul court-métrage documentaire de la journée. As Lay I Dying, métrage malaisien de Yuhang Ho et Weekend, de la portugaise Clàudia Varejao sont sûrement les métrages les plus réjouissants de ce premier lot. Ils ne sont pas parfaits. Ils ont surtout en commun une forme soignée, qui ne parvient pas à se lover à la générosité de l'entreprise, à une certaine complexité de récit propre au format court. Ils ont aussi en commun l'élément aquatique, omniprésent, dans lequel les corps baignent où vont pour s'y plonger. C'est cet élément qui ralentit le mouvement et change les perceptions. Elles y sont moins perceptibles, mais aussi plus délicates et plus sensibles, plus difficiles à discerner. When I Become Silent, film nippon de Hyoe Yamamoto (en sa présence) est un prélude à un film chorale à venir du réalisateur. Beaucoup d'étalages sentimentaux résumés dans un plan final. Le traitement musical fait de sa romance une simple anecdote de midinette, une simple parenthèse dans on ne sait quoi. Continuons sur les déceptions de cette sélection avec Saturday's Shadow de l'anglais Nick Gordon et Cargo de l'australien Leo Woodhead. Le format court fait précipite ici le récit vers le raccourcit tandis que l'histoire insinue un ordre évident lorgnant vers la morale ou le discours simpliste. Plus dans la lignée du film de Yamamoto, le court ukrainien Le Serment, de Maryna Vroda, s'attache aux amourettes d'un jeune homme, vite désillusionné par sa fiancée-des-bois. Nous avons ensuite le curieux Invitation to Dine with Comrade Stalin, qui en quelques plans séquences fixes, peint la désuétude communiste au travers de deux femmes, l'une ronde, l'autre âgée, et d'un poulet mort qu'elles transportent et transforment de l'extérieur vers la cuisine.  Une certaine poésie émane du film malgré une attirance malvenue pour les figures pittoresques (on pense au film Taxidermie dans ces moments). Enfin, Alexandra, de Radu Jude, est la bonne surprise de cette première partie de la compétition. Le jeune cinéaste Roumain y filme l'anxiété d'un père divorcé, qui s'étonne d'entendre sa fille ne pas l'appeler « papa ». En huit-clos dans un milieu à la fois étranger et familial pour ce père esseulé, l'espace est chamboulé, l'ordre et les figures tutélaires chamboulées. La paroles adulte côtoie et se heurte à celle enfantine.  Une cuisine/anti-chambre, un salon/garage. Deux hommes, deux femmes, une petite-fille. L'action se loge tout en haut d'un immeuble auquel il à fallu se hisser à la force de tout son corps. Film à découvrir si possible, car je n'ai (hélas, mille fois hélas) pas le temps de m'étendre.

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    Dernier temps de ma journée, il s'agit de Tribu, de Jim Libiran, film en compétition officielle, mais aussi, seul représentant philippin de la compétition. Il faut que je fasse vite alors je vais céder à la transmission de l'opinion, de l'avis : j'ai aimé. Le film, qui se déroule à Tondo, plus grand bidonville de Manille, va voir deux gangs s'allier contre un autre, pour venger le meurtre d'un des leurs. Le film de Libirian est évidemment très proche du documentaire. Tous les protagonistes sont des membres de gangs à Tondo, de nombreuses scènes sont des copié/collés d'expériences vécues par le cinéastes, originaire de Tondo. Tribu, en plus de témoigner sans complaisance de la réalité de son environnement, est un film sur l'expression des corps adolescents de ces quartiers pauvres de Manille. Il n'ont pas de place à l'identité propre, sont de la famille ou du groupe. L'énergie qu'ils contiennent s'extériorise lors de magnifiques scènes de rap, ou les protagonistes/acteurs frappent les mots,  pour qu'ils saignent ou exultent. A chaque fois, ces rap se font en cercle. Cadre et ronde à la fois. Il y a une limite qui contient les corps et un rythme qui dicte le débit langagier. Quand cette ronde se baisse, la violence contenue dans les corps déborde et c'est alors un nouveau mode d'expression, d'une beauté et d'une brutalité qu'on sait et qui, inévitablement, est éphémère. L'entrain juvénile qui précède tout juste la mort. Tribu bénéficiera t-il d'une sortie en salle en France ? Le réalisateur nous confiait que ce genre de film ne trouve que très rarement de distributeur de par son sujet. Film de la sous-culture qu'on aimerait voir émerger pour le redécouvrir.

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    <o:p> Simon Lefebvre</o:p>


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  • Commentaires

    1
    Thomas C
    Vendredi 4 Juillet 2008 à 11:54
    plaisir, encore.
    Une seconde fois, je lis, et encore, j'éprouve le besoin d'écrire, pour ne rien dire d'autre que la marque d'une lecture. De l'écriture post- film à la lecture post- écrit, deux actes parents: l'invisible individuel et anonyme de la vision des films qui s'éprend de se signer, de laisser trace. Et, d'autre part, écrire pour qu'un acte également individuel, invisible et anonyme(la lecture) se reconnaisse, s'identifie au delà de soi, comme témoignage d'une anecdote que l'on souhaiterait fondamentale. Comme une juste circulation objectivée d'un pacte tacite entre l'écrivant de cinéma et le lecteur. Deux expériences lointaines et néanmoins, dans une moindre mesure, partageable dans un différé proche. Ecrire pour noter le plaisir de ce dialogue en escalier, de cette expérience diffractée. Le lecteur se met à écrire aussi, car il pense que celui qui a écrit en premier peut douter de la nécessité de son acte, car c'est toujours ainsi lorsqu'on écrit quelque chose d'un temps soit peut important pour soi. Peut on légitimement placer dans cette intimité la croyance d'un dépassement de soi? Ce qui nous ramène à une question, à la fois plus fondamentale et plus dérisoire: le monde existe t-il en dehors de soi, après moi. Ma petite et grande expérience constitue t'elle un monde? Il ne nous revient pas de répondre à un telle question... Peu d'entre nous verrons les films dont il est question ici, pour des raisons diverses (les mentalités commerciales de distribution, le peu d'importance accordé dans la société à ce qui est petit, oublieux du fait que cette petitesse a parfois plus de foi et d'épaisseur que ce qui prend trop de place, et ce qui ne cesse de se répandre, de façon dispendieuse)... Mais le simple fait de laisser marque de ces existences courtes les accompagne, dans leur perennité nécessaire, nous accompagne, de même que nous assurons à celui qui écrit sur le cinéma que nous continuerons de l'accompagner, dans notre anonyme et banale ferveur. Parceque dans la mesure ou le média et le monde nous en donne l'accès et le prétexte, on se met à écrire, quelque soit ce que l'on dit, de l'enthousiaste d'une chose qui stimule notre élan...
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    Samedi 5 Juillet 2008 à 00:07
    Paris Cinéma
    Bravo pour ce joli journal de bord. On était dans la même salle pour l'Eveil de Maximo Oliveiros. Si tu veux faire des projections en ma modeste compagnie, fais moi signe via email. Je suis généralement aux alentours du MK2 bibliothèque ou de la Cinémathèque ces jours-ci. Arnaud
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