• Paranoïd Park - Gus Van Sant

     

            "I tried to put this part out of my mind"   

    Le dernier opus de Gus Van Sant est une réjouissance tant spirituelle qu'esthétique.
    Mes limites d'emploi du temps ne me permettront pas, une fois n'est pas coutume, d'écrire autant que je le souhaiterais, et autant que le film le mériterait.
    Les critiques ras-les-pâquerettes qui assènent leurs remarques, un peu convenues désormais lorsqu'on évoque Van Sant, concernant l'esthétique clip vidéo sont assurément totalement passées à côté du film.
    Plus qu'auparavant (même si je ne connais pas sa filmographie in extenso, loin de là, je n'ai vu que 11 films sur la bonne vingtaine qu'il a réalisé) Van Sant me semble être parvenu à une perfection remarquable quant à la sortie du temps et de l'espace commun. Son film flotte quelque part somewhere out of the world pour pasticher avec quelques libertés Beaudelaire.
    Le cinéma évolue ici dans un univers qui lui est propre et que lui seul peut atteindre... lui seul et l'esprit bien évidemment. Si je qualifie volontiers ce film de spirituel c'est en ce sens, et non dans le sens commun du terme, puisqu'il ne me semble pas vraiment que la spiritualité soit au cœur du film.
    Il s'agit bien ici d'une projection de l'esprit, de plusieurs en fait, celui de l'auteur et celui du personnage principal essentiellement.
    Je suis un peu étonné d'avoir entendu ici et là que ce dernier (Alex donc) serait « en-dehors » de la réalité et qu'il n'aurait pas conscience de ses actes, que tout lui parviendrait comme « à distance ». Nombreuses sont les scènes et séquences qui démontrent le contraire (et l'extrait de monologue que j'ai inséré dans mon titre en est la preuve) !
    Qu'il s'efforce d'échapper à la réalité nul ne le niera, mais, non, il est n'est pas « inconscient ». Et en cela il peut être attachant (même si ce n'est pas le cas pour moi).
    Les scènes de skate qui au premier abord ont un côté clip voire « vidéo gag » sont évidemment (et heureusement pour nous) à des lieues (lieux ?) de l'anecdote pure et simple, la plupart du temps !
    Les ralentis et autres effets sont remarquables, Wong Kar-Wai n'est évidemment pas loin.
    Lorsqu'Alex quitte le bureau dans lequel l'inspecteur l'a convoqué via le « directeur » (ici nous dirions le proviseur) il se produit un des premiers ralentis en 35 mm et je le revendique comme une des plus belles réussites du film : pour ma part j'ai ressenti un « triple déphasage graduel » (les amateurs de Steve Reich me comprendront, peut-être...). Trois temporalités se superposent progressivement : celle de l'action, celle du personnage et celle de la musique d'accompagnement. Cette chanson célèbre très seventies (Billy Swan, I can help, référencée sur http://www.bide-et-musique.com/song/5939.html) et qui peut paraître incongrue (étant donné qu'en d'autres endroits le film est musicalement rattaché à notre époque) établit une proximité entre les ados des années soixante/soixante dix et ceux que l'on voit à l'écran. Mais dans une interview, grandiose, visible sur AlloCiné- LE site de référence, Van Sant explique que selon lui les jeunes (teenagers) d'aujourd'hui ne sont pas fondamentalement différents de ceux des années soixante, ceux de sa propre génération, « même s'il y a des différences flagrantes » et que l'époque est tout à fait différente.
    La majorité des jeunes filles sont présentées, en tous les cas c'est ainsi que je l'ai ressenti, comme des « pétasses » parfaites, à quelques notables exceptions près.
    Cela m'a fait penser à une réflexion de Kitano, en bonus sur le dvd de « Getting any », réflexion selon laquelle la jeunesse japonaise contemporaine au film (donc déjà du passé) ne pense même plus au sexe, ce qui montre sa misère.
    A la différence de ce que dit Kitano, la scène de « sexe » entre Alex et sa parfaite american teen, blonde, maquillée à outrance, a priori fort intelligente et spirituelle, nous montre une jeunesse obsédée par le sexe (la discussion qui suit entre Alex et ses amis qui ne le comprennent pas ne rattrape en rien cette « jeunesse »), ou plus précisément obsédée par la consommation du sexe. La demoiselle (j'ai du mal à écrire cela car pour moi le terme à une connotation qualitative plutôt méliorative) s'enquiert auprès de son partenaire (là encore le terme ne convient pas, un partenaire est celui, ou celle, qui participe à la chose, or Alex subit ce qu'il redoutait) : « doit-on le refaire tout de suite ? ». A peine rhabillée elle appelle une de ses copines en gloussant : « we've done it totally ». Mieux vaut en rester là, je vais sinon encore être taxé de jeunophobe!
    Enfin j'ajouterai un dernier élément à ma petite contribution.
    La bande son, parfaite comme à l'habitude de Van Sant, joue bien évidemment pour beaucoup dans le déphasage. A la fin de l'entretien en tête à tête d'Alex et de l'Inspecteur Lu on entend des cris qui m'ont semblé être d'effroi, à quoi correspondent-ils ? On peut penser au drame du train mais Alex et l'outsider sont seuls sur place...

    Paranoid Park est donc un joyau qui je classe au même rang que Secret Sunshine, même si les deux films n'évoluent pas dans la même catégorie.

     

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         André-Pierre Lacotte


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