Ont écrit dans "Notre Cinéma":
Depuis le 19-05-2007 :
185198 visiteurs
Depuis le début du mois :
3321 visiteurs
Billets :
217 billets
Le regard en coin baissé d'un visage de femme traumatisé est le deuil actif et la révolte mélé du récit et du souvenir d'une disparition: celle d'un être et d'une activité que le temps a privé de ses allers et venues. Le récit, au plus près du contact physique (peau et regard, voix et visage) tend à faire revivre les noeuds et les étendues à la fois mesurables et mystérieuses de ces allers et venues, de ces distances parcourus, de ces points de départs et d'arrivée. Quand la mesure et la localisation imaginaire est privé de son effectuation par le terrible constat de l'impuissance et de l'abyme provoqué par la disparition et son caractère non résiliable, c'est le visage qui se fige, se transformant en ligne de temps immobile. La glace de cette image est le soupçon prodigieux et magique d'un rêve d'éternité, alors que tout passe, s'escamote et se détruit. Le Chemineau dure 4 minutes et 36 secondes. Comme tous les Straub, c'est un film majestueux et d'une puissance inégalable.
Thomas C
Publié par Notreciné à 00:10:57 dans Images en écho | Commentaires (0) | Permaliens
Le sourire de la mère s'imprime sur le visage du fils. Ce sourire est le lien coupable qui le relie à sa mère en même temps qu'il constitue l'indice qui trahit son évitement dilettante devant l'institution religieuse qui oriente les regards, les représentations et les manières d'être. En découdre avec l'oppression et le pouvoir de l'institution religieuse n'est que pure chimère car même quand le rituel du duel au sabre semble redoubler et raffermir de surcroît la discipline, c'est toujours la hantise de l'impossibilité de contact avec les tenants du pouvoir qui succède, laissant la perspective d'affrontement à l'état de potentiel inachevé fondu dans la béance et dans l'abyme. Egalement, l'enfantement ne débouche pas sur la prépondérance que le père exerce sur le fils. Le fils est au croisement d'une échappée, dans un devenir pris en tenaille de l'influence du contrôle ecclésiastique. La relation du père avec le fils s'arrête toujours au seuil des choses: du sommeil, quand l'exclusivité de l'expérience nocturne signifie un adieu à la possibilité du père de déteindre sur le fils; des escaliers menant à l'école, lorsque la relation du père au fils s'organise sur la base d'un regard avec comme horizon une ligne de fuite. Quant à la femme, en tant que portant l'ambivalence de l'idéal du fantasme érotique et de matriarche de l'institution ecclésiastique, elle est à la fois miracle qui s'estompe, et enveloppe charnelle fuyante. Les oeuvres du peintre, enfant traumatisé, passent, tandis que l'envergure des représentations du socle religieux perdure.
Thomas C
Publié par Notreciné à 23:56:17 dans Images en écho | Commentaires (0) | Permaliens
Une image de femme passe au sondage. La quantité et la platitude égalisante des questions débouche sur des résistances, des fragments et des ébauches de réponse. Les questions poursuivent de passer. Le sondage est l'approche cognitive qui se satisfait de l'ignorance comme le carburant et les conditions de la relance de son action. Le sondage est pour le mot, le langage et la pensée ce que sont les images de ces passants, foule filmée dans ses allées et venues sans centre et sans but: Un principe de démolition qui fait se demander à Godard si l'on peut encore approcher la vérité avec le cinéma. Que pense un visage de femme lorsqu'il est dans le déni de sa présence intérieure active? Se poser cette question, c'est déchirer le visible, le pousser dans les retranchements de ses odieuses caractéristiques: une dépense de temps et d'image inarticulée et vide, qui n'offre que le point aveugle et superficiel de la séduction froide.
Thomas C
Publié par Notreciné à 17:18:19 dans Images en écho | Commentaires (0) | Permaliens
Style, formalisme, maniérisme, décalage parodique, art de la caricature? En fait, l'écriture cinématographique de Johnnie To n'entre dans aucun de ces cadres. C'est pourtant un principe peu identifiable mais récurrent qui survient depuis au moins ses deux derniers films (Exil et Mad detective) et qui se retrouve reproduit dans Sparrow. La scène se décante, le centre du sujet se perd, une déviation, un rebond, puis l'on finit par comprendre que la forme, la mise en scène a mangé le contenu et se l'ai approprié. Mais à part que chez Johnnie To, la forme vide est nourricière d'affects et de sens, ce qui n'est pas le cas chez de nombreux inventeurs, aussi bricoleurs que besogneux, mais dont la débauche d'énergie peine difficilement à faire acte. (Je ne citerais pas de nom, pour ne pas effaroucher les fans). Disons juste que dans l'inconstance du cinéma de Johnnie To, il y a un minimum d'équilibre pour que gratuité et arbitraire n'emportent pas complètement le morceau. Dans l'excentricté et l'extravagance de la mise en scène, il y a suffisament de pesanteur pour que légèreté aérienne ne rime pas avec évanscence. La mise en scène, chez le cinéaste Hong Kongais, c'est ce qui est minuscule et ce qui peut prendre deux modalités d'intervention: la fuite ou l'incarcération. Exemples choisis: Dans un ascensur, un groupe de voyous, sous l'effet de la concentration et du surnombre, s'évalue dans l'immobilité et le mutisme, entre torpeur et tension. Liberons l'espace par le bas, puisqu'un peu de mouvement doit naître, afin que puisse se soustraire au confinement et à l'inextricable les hommes. Dans une scène parente, un corps doit être massé pour que, rassuré, on puisse lui dérober son pendentif. Sensualité et ultra- sensibilité des choses sont le moyen de l'acquisition et du vol. Ces deux modalités se retrouvent dans l'opération de faire du vélo: au début, seul, en équilibre, avec joie, légeretè et allure. Ou à quatres: l'équilibre s'émousse, la chorégraphie est vascillante, le vélo s'écrase, pour que les cyclistes daignent se disperser. La relation à la femme tient de ce même enchassement binaire: fuyante, malgré le désir d'impression photographique, la femme fuit en fragment d'images. D'ailleurs, l'horizon du film sera l'acquisition par la femme de sa liberté et de sa fuite des groupes masculins, tel le moineau du personnage principal. Plus loin, les visages, abstraits dans le noir, la femme et l'homme échangent une cigarette. C'est l'imprégnation pulpeuse et sensuelle de la clope aux lèvres qui est au centre de la scène. Un coup, le cinéma de To enserre, imprègne et noue, dans une concision remarquable. Un autre, il déploie et étend, jusqu'à l'éviction.
Thomas C
Publié par Notreciné à 21:35:33 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) | Permaliens
Le presqu' Humain est partout. Un robot instrument- poubelleur batît des simulacres de buildings avec des déchets comprimés. Les objets du monde sont transformés en outil de collection rangés dans des remises, isolément du monde- dépotoire. Ces objets sont une tentative de renouer un lien affectif et social entre deux entités humanoides mais étrangères l'une à l'autre de par leur technologie et la civilisation différenciée dans laquelle elles tirent leur existence. C'est par la voix de la curiosité et de l'étonnement joueur que ces objets font office de tentative de lien entre les êtres automates. Le seul survivant de la terre est une aberration humanisée puisque c'est un robot susceptible d'éprouver des émotions. Sinon, il répond aux fonctions et à l'horizon que s'est fixé l'homme de notre société contemporaine: être seul, et travailler avec abnégation et bonne humeur. Il répond également au dogme contemporain dans le mesure ou son travail n'a plus d'usage, plus de sens. L'humanité a depuis longtemps quitté la terre. Mais persiste, sur la terre, la seule et dernière chose qui compte encore, plus que tout autre chose: le travail, comme effectuation matérielle permanente. Faire du déchet une compilation solide qui lui permet de s'accomplir en matière agrégée et monumentale. Recyclage à l'extension rotative minimale. L'humain est lui aussi devenu un presqu' Humain, puisqu'ayant atteint son idéal de confort paradisiaque, il habite sur une croisière spatiale permanente. Boule obèse, il n'occupe plus son temps par l'action et la pensée. Il est occupé et déplacé dans les lignes prédéterminés de son asujetisement. Il vit en couveuse. Parmi les hommes, le réprésentant du pouvoir n'est qu'une figure enfermée, une forme vide ou c'est le confort qui commande l'illusion du controle sur les choses du monde, tandis qu'un robot tentaculaire nous détient et qu"un autre, plus petit, nous guette. Les repères de la responsabilité du pouvoir vascillent. Une fleur est le dernier symptôme de la croyance en une vie terrestre. Sinon, qu'est- ce que la vie terrestre, sinon, un globe à taille humaine ou un ensemble de définition usagé? Les figures du pouvoir traditionnel sont des images périmées tandis que l'appel à revenir sur la terre n'est qu'une fausse alerte décelée par le pouvoir androide. La definition du mot danse déplace son sujet et son champ d'application puisque l'humain ne sait plus danser. Ce qui donne la mesure la plus proche de la définition de ce concept inconnu et lointain, c'est le mouvement physique de deux entités androide au sein de l'espace sidéral, à savoir l'éloignement par excellence. Dans ce monde, par quoi peut encore passer l'affect: dans les simulacres de ce que nous appelions yeux: c'est-à-dire le dérivé d'une paire de jumelles pour l'un et deux sources de lumière digitale bleux pour l'autre. Ainsi, d'un coté le regard est un reflet miroitant. De l'autre, il est éclat coloré. Le monde des humains n'a plus ni matière, ni consistance. Pour preuve, une paille ne suffit pas à un humain enflé en ballon pour éviter la chute. L'humain, magré ses formes proéminentes et son volumen'a plus de poids ni de lourdeur, par la grâce anesthésiante du glissement robotique. Les humains baigneurs, malgré leur surnombre au sein d'un espace réduit, ne vivent plus ensemble. A chacun son écran, son trajet propre. Cet humain est un baigneur déjà invalide qu'on soigne, qu'on protège du danger d'humanité qu'il ne contient déjà plus. De tous, c'est la terre qui semble être la plus seule. Le contact d'une entité extérieure à elle ne semble exister que sous la suggestion visible de l'explosion atomique. Qui plus est, malgré son vide et son inertie, sa proximité provoque la réaction et le reflex d'une menace, qui se solde par un tir armé surpuissant. Comme si le petit droide blanc et fluet, ne pouvait opérer une rencontre avec un monde aux exhalations de chaos (terre, fumées et déchet) par le salut d'un chaos rétroactif et réciproque. Dans un monde ou la matière ne signifie plus reconnaissance et identité, seul le contact accidentel entre deux matières contenant potntiellement du vivant peut redonner l'accès à l'hypothèse d'un lien. C'est l'altercation maladroite entre deux mains humaine qui provoque l'étonnement de la propension du vivant à l'attraction mutuelle. Car, il ne s'agit ni d'appréhension volontaire, ni de relation construite, ni de reconnaissance de semblable. Après tout, tel des androides, que cet contact fortuit provoque le soupçon de l'étonnement de la possibilité d'un rapprochement ne dépend pas de nous, humains. Cela semble être affaire de réflex, comme d'une réaction dont le sens provient d'ailleurs. Pour les deux droides, le contact accidentel entre deux extrémités, (simulacres de mains) atteste bien que l'approche entre deux êtres est affaire d'accrochage, d'incompatibilité d'état. Qui sait, c'est peut- être par l'enrayement mécanique et l'accident que l'être humain parviendra à se réconcilier avec son semblable.
Thomas C
Publié par Notreciné à 20:52:32 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) | Permaliens
<< |1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| 10| 11| 12| 13| 14| 15| 16| 17| 18| 19| 20| 21| 22| 23| 24| 25| 26| 27| 28| 29| 30| 31| 32| 33| 34| 35| 36| 37| 38| 39| 40| 41| 42| 43| 44| >>
Commentaires