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Notre Cinéma


 



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PROPOSEZ NOUS VOS TEXTES ET TOUTES VOS REMARQUES EN VOUS ADRESSANT A L'ADRESSE SUIVANTE:
thomasclolus@hotmail.fr

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Notations de "Notre Cinéma":

OOOO (inutile de se déplacer)
OOOO (à la limite)
OOOO (à voir)
OOOO (à voir absolument)
OOOO (chef d'oeuvre)



 

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Secret sunshine : Si loin, si proche | 29 octobre 2007

Semaine du 17 au 23 Octobre. 

 

    L'entretien accordé par Lee Chang-Dong à Positif dernièrement ne peut que me conforter dans mon appréciation : ce film restera à mon sens un des meilleurs films de l'année (oui, et je signe !).
Si le titre signifie entre autre, d'après l'auteur, que les desseins célestes sont secrets, ce vers quoi je ferais tendre ce « rayon de soleil secret » c'est l'intime, à la rigueur, si on préfère, vers la part de divin qui repose en chacun de nous, mais je ne souhaite nullement accréditer une quelconque bondieuserie de supermarché, alors je m'en tiendrais simplement à « l'intime ».
En effet, et ce n'est pas une des moindres raisons pour lesquelles je considère ce film comme un chef-d'œuvre, Lee sait nous mener vers la force originelle et intérieure qui sommeille en chacun de nous, même confronté au plus terrible des drames, ce n'est pas vers un Dieu quelconque qu'il faut se tourner, c'est vers son fors intérieur. Même si pour cela il faut « échouer » entre les mains de quelque secte... Sa réalisation (jeu des acteurs, photo, cadrages...) ramène constamment à l'intime.
Quel remarquable scénario, quel remarquable jeu d'acteur et d'actrice.
Situer son film dans une ville banale est un choix judicieux, familles banales, histoires banales, vies banales, ou presque.
L'acuité avec laquelle Lee démonte la honteuse mystification de la religion est prodigieuse, mais sans doute est-ce à raccorder à sa propre vie, donc à sa propre recherche ?
Aussi pourrait-on se prendre à rêver, Lee Chang-Dong est un ancien ministre de la Culture, imagine-t-on un des nôtres produire un tel chef-d'œuvre ? Pour cela il leur faudrait sûrement s'orienter vers une autre direction que celle de la compromission la plus lamentable ou du carriérisme le plus minable...
Mais ne digressons pas trop.
Si loin « Secret Sunshine » l'est puisqu'il se passe dans la lointaine Corée du Sud, langue étrangère, vie collective étrangère, économie étrangère, culture étrangère (même si Amélie Mauresmo hante l'écran d'une télé en second plan)...
Et pourtant il est si proche !
Le drame de cette mère n'est en rien étranger à celui qui peut survenir ici-même. La fausse (et non en fait, c'en est d'autant plus affligeant) « sym-pathie » des bons croyants est exécrable.
Lee Chang-Dong démonte avec une neutralité remarquable et implacable les processus des « sectes » protestantes telles qu'elles fleurissent de l'Afrique à l'Asie, en passant par l'Afghanistan, lorsque les Talibans (autres « fêlés » à alibi religieux) ne s'en mêlent pas... Et n'oublions pas évidemment les Etats-Unis, ni même notre propre vie, à quelques enjambées de notre université chérie.
Le choix des cadrages, les distances ou la proximité avec les personnages est toujours juste. J'ai donc une envie pressante de voir au moins deux des trois autres films de Lee Chang-Dong, puisque je crois qu'un des trois autres est introuvable en France.

Si loin, si proche, riche et évident, pertinent et émouvant, juste mélodrame ne sombrant jamais dans un sordide pathos à l'américaine, ménageant l'espoir au plus noir de l'existence, Secret Sunshine est un bijou.

 

0000        André- Pierre Lacotte

Publié par Notreciné à 22:48:45 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

Semaine du 10 au 16 Octobre | A-P. Lacotte | 25 octobre 2007

 

Le dernier voyage du Juge Feng de Liu Jie
et
Anayi : les longues marches(2006) de Chou Chou

Ces deux films à mon goût tout aussi plaisants semblent mettre en exergue des thématiques communes : la marche et les minorités...
Les Tibétains génocidés dans l'indifférence générale (chouette, on pourra fêter ça l'année suivant celle des J.O.) seront content d'apprendre, et de voir que le cinéma « officiel » chinois s'interroge sur l'identité et sur le devenir de ses minorités.
Remarquables photographies, luxuriance et vitalité des couleurs, profondeur des personnages, sobriété du jeu, adresses scénaristiques, ces deux œuvres nous montrent des visages de la Chine rurale, à des lieues (et à des lieux) de la Chine « qui gagne », celle de l'hypertrophie urbaine, du capitalisme-communiste dans ce qu'il a de plus abject.
La fraîcheur de Chou Chou la jeune réalisatrice et actrice de son propre film, le teint buriné du Juge Feng (heureusement secondé par son assistante d'une beauté tranquille et solide, quelque peu maternelle autant que « conjugale »), des visages de la Chine « vraie », de la Chine d'en-bas.
Ces chinois quasi anonymes, oui quasi parce que qui ne connaît pas le Juge Feng ?, marchent, marchent, marchent.
Mais dans ces longues marches les faux mouvements ne pardonnent pas. La jeune Chou Chou se blesse à la cheville, c'est son prince charmant d'une autre minorité qui la « sauvera ». Le juge Feng ira, lui, rejoindre ceux qui l'ont précédé, dans la marche, et dans la chute.
Ces deux films ne sont certes pas « du même moule » que  I don't want to sleep alone  ou que  Still Life , ils sont toutefois l'expression de la pluralité chinoise.

Il est intéressant et peut-être même émouvant de constater qu'en dépit d'un régime politique affligeant, le cinéma chinois réussisse à nous offrir de tels joyaux de simplicité et de beauté, sans être pour autant, selon moi, de simples « cartes postales touristiques ».

OOOO

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Control de Anton Corbijn
et
24 hour party people(2003) de Michael Winterbottom


"Punk's really not dead ?"

La soirée proposée par le Lux était digne d'intérêt car elle me permettait d'une part de me pencher sur le cas de Joy Division, chaînon manquant entre le punk des Sex Pistols et
la New-Wave (comme quoi il y'a du cinéma partout !) dont le nom d'un goût douteux ne me poussait pas par ailleurs à connaître davantage (tout autant que certaines guignolades de Marylin Manson me le font prendre avec des pincettes, bien que j'ai une certaine, très limitée tout de même, « sympathie » pour le personnage) et d'autre part de voir un film de Winterbottom dont j'avais naguère savouré le so british Tournage dans un jardin anglais.
Contrairement à ce que j'ai pu lire dans Les Cahiers du Cinéma ( ?) je ne trouve pas que le point de vue adopté par Corbijn soit totalement sous « l'emprise » de celui de la femme du chanteur maudit. Elle ne me semble d'ailleurs pas ressortir plus « à plaindre » que Ian Curtis.
J'ai particulièrement apprécié la convenue, mais habile toutefois, adjonction de certains titres au sein du scénario.
Au final je ne suis pas devenu un fan de Joy Division, si je comprends et si j'entends maintenant la place particulière qu'ils occupent dans l'histoire de la musique je ne suis guère plus avancé quant à mes questionnements sur l'acceptabilité du jeu malsain qu'ont allègrement pratiqué les « provocateurs » musicaux, des saluts nazis de Bowie, de la Mercedes d'Hitler que Brian Jones essaya d'acheter ( ?), au douteux « logo » de ZZ Top, aux maquillages des Kiss, au colorations abjectes de l'album Holy Wood de Manson.
Je préfère passer sous silence 24 hour party people, en souvenir... de mes souvenirs.  

OOOO ( Control )

OOOO ( 24 hour party people )

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Les Simpson - Le film de David Silverman


"Vive la télé !"

Relatif inconditionnel (ne comptez pas trop sur moi en effet pour céder à d'hystériques traits passionnés, désolé) de cette série, une des meilleures du genre par moi connue (avec South Park), la version cinéma m'a quelque peu déçu.
Certes j'ai savouré nombre piques contre la société américaine (ça fait toujours du bien, étant donné qu'on se tape les étrons des Michael –Bay, Moore-, on peut, sans être anti-américain primaire ou primate, se réjouir que du terreau ricain lui-même germe de succulentes auto-critiques) mais je dois avouer que l'ensemble ne tient pas la longueur.
C'est bien dommage. Reste que les bonnes trouvailles faisaient un peu oublier ce qui traînait en longueur et ce qui manquait de rythme.

Au fait doit-on dire Les SimpsonS en français ? En anglais The SimpsonS, certes...

OOOO 
 

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Retour en Normandie
 de Nicolas Philibert 

oui...
Je n'ai pas été particulièrement emballé par ce dernier Philibert.
Sans doute ais-je encore trop en mémoire l'ennui profond que m'avait infligé le visionnage de "Innisfree", cet été à La Rochelle.
Le procédé est le même, même si les problématiques soulevées sont bien différentes.
Nul pesanteur nostalgique ici, « l'amour des gens », dans les deux films-documentaires, un regard bienveillant sur ces vies qui suivent leurs cours respectifs...
La rencontre avec une bonne partie de l'équipe des acteurs amateurs confirmait ce que le film semblait déjà dévoiler.
Des réflexions ou plutôt des amorces de réflexion qui semblent appeler une « suite », en quelque sorte. Je l'attends.

OOOO

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Tout est pardonné de Mia Hansen Love


"Pourquoi pas ?"

Je me range volontiers aux côtés de ceux qui, à un niveau bien plus élevé que le mien et avec une culture et une légitimité bien supérieure à la mienne (presse spécialisée, Cahiers et Positif) ont vu dans ce film un premier film bien prometteur.
J'ai beaucoup aimé le calme et la sérénité qui s'en dégageait.
Mise en scène fluide et apaisée. Splendide lumières. Bel acteur et belles actrices.
Pas de « secousses » ou de frénésie dans les mouvements de caméra, pas tout à fait d'apitoiement narcissique à la parisienne... On peut certes pointer çà et là des traits par trop forcés, peut-être, mais que ne peut-on pardonner ?
Pas trop non plus d'idéalisation de la province profonde (ici le Limousin).

Ce premier film, même s'il évolue parfois sur le fil du rasoir du « téléramisme » de base m'a séduit et j'attends donc le suivant.

OOOO  

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Waitress de Adrienne Shelly


"Un essai imparfaitement transformé."

Qu'on me pardonne ici mon champ lexical trop en phase avec la soûlante actualité rugbystique, mais c'est bien un sentiment de manque qui me reste à l'esprit (esprit-rugby ?).
Possible sympathique comédie douce-amère façon cinéma indépendant américain, ce film qui n'en possède pas moins quelques qualités semble « à peaufiner ».
Outre les plans colorés un peu trop « américains » (personnellement des gâteaux de ces couleurs ne me mettent pas vraiment en appétit...), outre une histoire un peu convenue, outre une fin téléphonée... Ce petit film m'a partiellement séduit.
Je m'attendais à une réjouissante Litte Miss Sunshine bis, mais non !

Quelques bons moments, c'est déjà çà.

OOOO 

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Semaine du 10 au 16 octobre 2007
André- Pierre Lacotte

  

Publié par Notreciné à 23:42:15 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

Semaine du 03 au 09 Octobre | A-P. Lacotte | 25 octobre 2007

 

La question humaine de Nicolas Klotz


"Beaucoup de bruit pour rien."

Qu'on ne se méprenne pas ici sur mon intention, si je juge qu'il y a eu beaucoup de bruit pour rien, ce « rien » ne s'applique pas au film de Klotz, mais plutôt à la polémique à mon sens tarabiscotée quand au rapprochement nazisme-capitalisme, rapprochement qui n'est pas du reste d'une grande nouveauté.
Mais quel film sur la filiation ! Quel film sur la parole !
J'ai vraiment été envoûté par le verbe et par les questions que soulève Klotz.
La rencontre organisée par Le Café des Images (Caen) n'ayant fait, par ailleurs, que de me conforter dans mon « jugement ».

La « question » est bien humaine, trop humaine...

OOOO

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Boarding Gate d'Olivier Assayas


"Embarquement raté."

Déception que ce nouvel opus d'Assayas auquel je me livrais plein de bons sentiments à son égard. J'ai dû rater quelque chose parce que j'ai trouvé que les acteurs faisaient un numéro très convenu : Asia Argento n'avait aucun charme (et j'entends le terme dans tous les sens), elle « faisait » de l'Asia Argento, idem pour Michael (non je ne n'ai pas spécialement une dent contre les Michael, j'aimais bien Michaël Jackson, avant qu'il ne déteigne, et Michael Lonsdale dans La question humaine !).

Je suis donc resté bien en deçà de la porte d'embarquement : film trop confus à mon goût. Lost in translation.

OOOO

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L'âge des ténèbres de Denys Arcand


"Hou la la !"

J'attendais peu, je ne fus donc pas déçu. Non soyons honnête, n'ayant vu aucun des deux premiers volets de cette « trilogie » nord-américaine francophone sur notre civilisation comme elle va (à sa perte), j'en attendais en fait plus de réjouissance.
Certaines proximités (mais tellement mauvaises ici !) avec American Beauty m'ont gêné.
De plus je suis consterné par le nombre d'idées qui me paraisse aujourd'hui encore « virtuellement » très drôle et qui en action étaient mauvaises.

A l'extrême rigueur je conserverai les (belles) images des actrices, splendides, mais bon, ça fait quand même peu, non ?

OOOO

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La fille coupée en deux de Claude Chabrol


"De la consternation."

Quelle déception que ce dernier opus de Chabrol. Les plaisirs savoureux, certes pas extensifs ni permanents du film précédents peinent à contrebalancer la platitude de ce dernier film.
Mais Chabrol reconnaissant lui-même l'inégalité (et que dire dans le cas présent ?) de sa production, convenons donc (avec lui ?) qu'il a fait mieux et qu'espérons-le, il fera mieux à l'avenir.
Que reste-t-il ici de ses problématiques récurrentes, de ces petits jeux de détail (l'amusant nom de la société, F.M.G du précédent film en lieu d' « on devine lequel ») qui nous avait séduit ? Rien !
Les acteurs ne sont que le pâle reflet d'eux-mêmes, leur jeu est poussif, Magimel n'est pas bon, Berléand en fait trop, Ludivine est belle, mais c'est tout. Tous sont largement en deçà de ce qu'ils ont fait de meilleur.
Que de poncifs, que de manque de finesse dans le traitement du décor, du scénario...
Tout est trop en fait. Trop et surtout trop « rien du tout ».
Nulle ivresse cette fois-ci donc, la « gueule de bois » uniquement.

Vivement le prochain !

OOOO 

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Semaine du 03 au 09 octobre 2007 
André-Pierre Lacotte 

 

Publié par Notreciné à 22:55:07 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (1) |

Mise en relations d' observations sur le plan séquence (Pier Paolo Pasolini) et Snake eyes (Brian De Palma) | 25 octobre 2007

 

 

      Pier Paolo Pasolini écrivit dans son livre L'expérience hérétique un texte intitulé  Observations sur le plan-séquence. Ce texte nous semble trouver un écho dans la filmographie de De Palma et plus particulièrement dans son film Snake eyes. Cet écho tout particulier tient à plusieurs éléments que nous étudierons un à un dans les pages suivantes mais semble prendre son origine dans le lien le plus superficiel entre ce texte et ce film qui est l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy à Dallas en 1963.


           

       En effet les observations sur le plan-séquence de Pasolini prennent pour départ et pour appui démonstratif le film fait par un spectateur du défilé présidentiel et qui du coup a filmé son assassinat : c'est la vidéo Zapruder du nom de l'homme ayant filmé. Cette vidéo fit beaucoup parlé à l'époque en Amérique et a eu un énorme impacte sur De Palma en tant que cinéaste. En effet beaucoup de ses films ont pour sujet cet assassinat plus ou moins explicitement : Greetings, Blow out, Snake eyes. Cette vidéo fait partie des images traumatiques que les américains n'ont cessé de ressasser dans leurs films et Snake eyes semble être celui qui clôt ce ressassement. Cependant et on peut le noter dès maintenant car c'est peut être ce qui fondera par la suite une divergence entre le film et le texte cet événement n'est pas appréhendé de la même manière par Pasolini et par De Palma, Pasolini le voit d'un point de vu européen c'est à dire extérieur à cet événement et De Palma d'un point de vu américain c'est à dire intérieur à cet événement.
             Après cette recontextualisation nous pouvons aborder le texte à travers le film, nous commencerons donc par définir la subjective puis nous verrons le temps présent, la juxtaposition des subjectives, le montage de ces subjectives puis ces effets sur le temps et termineront pas la notion de fausseté de l'image.
  I La subjective
                         Pasolini dans son texte commence par définir ce qu'est une subjective dont le meilleur exemple pour lui est le film Zapruder. Une subjective est un plan-séquence où celui qui filme cadre ce que ses yeux voient. Une subjective c'est lorsque l'objectif et l'œil se confondent au cinéma. Notre vie est donc selon Pasolini une immense subjective qui ne prend fin qu'avec notre mort. Au cinéma cela revient donc à voir et à entendre exactement ce qu'une personne voit que cette personne soit réelle ou provienne d'une fiction. Dans le cas du film Zapruder  nous voyons ce que Zapruder a vu et entendu, dans le cas de Snake eyes c'est lorsque nous voyons et entendons tout comme Kevin(Gary Sinise) durant le match (ou est censé avoir vu et entendu mais cela ne nous intéresse pas pour l'instant). Pasolini dit de cette subjective qu'elle est l'extrême limite réaliste de toute technique audio-visuelle. De Palma va plus loin que Pasolini dans la question de sa limite quand à sa puissance. Ce sont les subjectives de Julia (Carla Gugino) qui nous montre la volonté de De Palma de repousser les limites réalistes de la technique audio-visuelle, car Julia étant myope la caméra tente alors en ne faisant pas le point de nous rendre compte de cette myopie, nous voyons ce qu'elle voit et comment elle le voit. Là où Pasolini ne pensait qu'au cadre De Palma pense à la vision elle-même.
            Pasolini pousse plus loin sa réflexion sur la subjective et va même  jusqu'à penser que tous les plan-séquences et même tout plan pourraient être dit subjective car on a toujours une caméra et un magnétophone et donc c'est comme s'il y avait toujours une paire d'yeux et d'oreilles et dans cette perspective tout plan est réaliste car comme toute perception humaine il rend compte d'un point de vu unique et Pasolini va même jusqu'à dire qu'il est « à la limite naturaliste ». Or là encore De Palma va montrer que cette idée est fausse en montrant ce qu'est un plan-séquence naturaliste. La séquence de début jusqu'au travelling latéral en est un, nous allons l'étudier sans toutefois prendre en compte ce qui suis donc voir cette séquence pour elle-même. Ici De Palma semble nous présenter une subjective normal comme l'était celle de Zapruder c'est à dire un homme filme et nous voyons exactement ce qu'il voit son œil et l'objectif se confondent et là nous basculons dans autre chose à travers deux actions précises un zoom et le lavage de l'objectif. Le premier zoom n'est pas incriminé il nous est possible dans notre vision de faire zoom mais le deuxième est beaucoup trop fort pour qu'il soit humainement possible et ensuite le nettoyage de l'objectif. A travers ces deux actions nous nous rendons compte qu'il est faux de croire possible l'adéquation de l'objectif et de l'œil, cela est possible, c'était les cas des exemples précédent, mais plus dans ce cas. Ce qui est réellement naturaliste c'est de voir ce que voit la machine, ne plus croire que l'œil et l'objectif se confondent. Voilà l'objection que semble faire De Palma à Pasolini dans ce film mais cela ne remet en rien en cause la théorie de Pasolini c'est juste une question d'emploi abusif d'un terme.
 II Le temps présent
                         La réflexion première de Pasolini sur la subjective qu'il a élargit au plan-séquence l'amène à une réflexion sur le temps. Le plan séquence filme toujours du présent, la réalité est toujours vécue au présent. Nous avons vu à travers cette idée de subjective qui serait comme notre vision qu'il y a un lien entre ce qui est filmé et ce qui est vécu. Zapruder a bien vécue l'assassinat de Kennedy et lorsque nous voyons son film nous le vivons à notre tour et tout cela au présent. Le plan séquence est donc selon lui le présent. Il prend pour paradigme de la reproduction du présent le « direct » de la télévision.
Cette idée est partagée par De Palma qui en fait un jeu. Il joue sur un paradoxe : ce que nous voyons est une fiction donc ce n'est plus du direct de télévision  mais il va inscrire du direct dans le temps interne de la fiction, ce qui peut paraître simple mais pour mieux nous surprendre et donc nous faire réfléchir sur cette idée de présent face au direct télé il va nous tromper nous présenter quelque chose comme direct et en fait ce n'en sera pas. Il s'agit bien entendu de ce fameux début de film. Tout d'abord apparaît la première image rien qu'à sa vision le spectateur sait qu'il est face à un écran de télévision par la taille de l'image. Il nous semble que nous sommes devant un direct de télévision quand tout à coup le cameraman se met à parler à la présentatrice et ils recommencent alors la présentation déjà faite. Le spectateur se dit donc qu'il n'est pas face à une télévision qui ferait du direct mais face à ce qu'a filmé une caméra. Et là d'un coup travelling latéral on découvre que l'on est dans un studio et que ce que nous venons de voir était bien du direct et que deux autres écrans projettent des directs. Cela nous est confirmé par le fait que au deuxième plan l'action vu au premier est en train de se dérouler.
De Palma ajoute un deuxième paradigme de la reproduction du réel, que Pasolini n'avait pas énoncé, qui est la vidéo surveillance, en effet celle-ci tout comme la télévision permet de vivre le même présent au même moment. C'est la fameuse scène où Rick cherche Julia dans le casino avec les cameras de vidéo surveillance. Il faut donc se souvenir qu'un plan séquence c'est un présent et que De Palma en a bien conscience et nous en fait prendre conscience à travers certains « jeux » avec le spectateur.
III La juxtaposition des subjectives
                         Pasolini dans son texte émet l'idée de mettre bout à bout les différents films qui auraient été réalisés sur la mort de Kennedy (ce qui a été certainement fait par la CIA il y a en tout 4 films et certains ne son toujours pas visibles). Un enquêteur face à la juxtaposition de ces subjectives ne trouverait rien, chacune postulerais la relativité de l'autre. Il vivrait plusieurs fois le même moment, le même présent de l'action enregistrée, sans que pour autant quelque chose s'éclaircisse. Il voit devant lui le présent bégayer et ce bégaiement n'apporte rien et tend même à détruire le présent de l'action car il montre la subjectivité de chaque point de vue et sa pauvreté. Cette mise bout à bout des subjectives est un montage il est même le plus élémentaire des montages.
            De Palma va faire cette juxtaposition des subjectives. Nous verrons quatre fois le même présent cependant il faut ici bien noter que ce ne sont pas tous des subjectives ni forcément des plans-séquences mais les quatre fois ce seront des points de vue bien précis. Le premier est celui de Rick (Nicolas Cage) il commence par un immense plan-séquence de 12 minutes et 51 secondes et se termine lorsqu'il voit Kevin tuer le tireur. Il nous faut revenir sur ce plan séquence inaugural tout d'abord il est à noter que sa longueur tient de la prouesse technique, ce qui veut dire ce n'est pas par hasard un plan séquence mais que cela tient d'un choix formel très fort de la part de De Palma. En effet il souhaite ce plan séquence car il veut nous immerger dans le présent de l'action, il veut que nous vivions avec Rick, l'enquêteur, le présent de cet assassinat. Mais ce présent est bien celui de Rick il est aussi pauvre et subjectif que les autres en information. Nous vivons ce présent avec lui pour qu'avec lui nous le bégayions à travers les autres points de vue.
            Ce bégaiement est presque traumatique, nous semblons réduits à le revivre éternellement sans jamais pouvoir mettre une distance entre ce qui se passe et nous, nous le vivons à chaque fois au présent  et ne pouvons prendre de recule face à ce présent. Cette idée de traumatisme du bégaiement vient aussi du film de Zapruder qui était passé à la télévision plusieurs fois et dont les photogrammes avaient été publiés dans la presse à l'époque. La population américaine et donc De Palma lui-même, se sont retrouvés à vivre plusieurs fois l'assassinat, bien qu'ils n'aient vu qu'un seul film ; cette répétition du présent est éprouvante voir traumatique. Le second point de vue sera celui de Tyler (Stan Shaw), le troisième celui de Kevin qui lui est une subjective. Le dernier est celui de Julia il prend fin la première fois où Rick l'interrompt ensuite c'est autre chose. Nous pourrions en rajouter un autre qui serait celui de la caméra de la montgolfière mais il n'a pas le même statut ni la même fonction nous le traiterons plus tard. Ces 4 points de vu ne donnent rien à Rick dans son enquête ce n'est qu'un peu plus de matière qui bien au contraire aurait tendance à rendre les choses plus opaques. Car là où De Palma a tout comprit c'est que Pasolini tout comme l'enquêteur du FBI qui travail sur l'assassinat de Kennedy cherche la même chose comprendre le présent. C'est pour cette raison que son héros est l'enquêteur et que nous sommes d'un point de vue de la mise en scène avec lui c'est parce que comme De Palma il cherche à comprendre ce présent de l'action déroulée donc que son bégaiement infini prenne fin.
  IV Le montage : mise en relation des syntagmes vivants
                         Le présent pour Pasolini ne parle à personne d'autre qu'à lui-même comme le montre la juxtaposition des présents car même si l‘on vit ce présent il nous est compréhensible que partiellement, incomplètement.  Le langage du présent est le langage de l'action. Or chaque moment de l'action, que Pasolini appelle syntagmes vivants, est selon lui une recherche, une recherche de relation avec les autres syntagmes vivants. Si l'on trouve et met en relation ces syntagmes vivants alors le présent ne parle plus qu'à lui-même mais aussi à nous. Ce qui revient dans le film de De Palma à ce que Rick et nous-mêmes, spectateurs, comprenions enfin ce qui s'est passé. Le seul moyen selon Pasolini pour mettre en relation ces syntagmes vivants c'est le montage, c'est à travers lui que les liens se créent. Il est donc clair que pour Pasolini le montage est essentiel et consubstantiel au cinéma, sans lui le langage du présent nous est incompréhensible et c'est donc le monde qui l'est.
            De Palma semble penser la même chose comme nous le prouve un autre moment de bravoure : le split-screen. De Palma donc Rick n'arrive pas à comprendre le présent en juxtaposant les points de vue il décide donc de les monter et ce montage mental pour Rick nous sera montré et non sous-entendu comme dans d'autres films à travers un plan du héros qui pense. Et De Palma est tellement convaincu que seul le montage peut nous donner à comprendre le langage du présent qu'il fera le plus complet qu'il soit : le split-screen. Le split-screen est le montage à l'intérieur même du plan. De plus celui que nous présente De Palma n'est pas composé de deux plans –séquences, ce qui veut dire montage double : interne à l'image et externe, montage dans le plan et montage de plan entre eux. A travers ce montage que nous qualifions de double les syntagmes vivants se sont retrouvés liés et nous avons enfin compris le langage du présent, nous ne sommes plus obligés de le comprendre partiellement c'est-à-dire de le revivre d'un point de vue subjectif. Une fois de plus De Palma semble aller jusqu'à la limite de ce que préconise Pasolini.
  V Le montage et la mort
                         Continuons avec Pasolini sa démonstration, si le présent nous parle enfin alors il devient passé ou présent historique dans le cas du cinéma car nous pouvons mettre une distance entre lui et nous, nous pouvons y revenir sans le revivre comme un traumatisme. C'est le montage qui a permit cela. Là Pasolini fait alors un parallèle entre le montage d'un film et la mort d'une personne. La vie d'une personne est comme expliqué plus haut une subjective qui ne prend fin qu'avec sa mort, la vie de cette personne ne prend sens qu'avec sa mort.  Ce sens n'est pas possible avant car la personne peut encore faire quelque chose qui remettrait en cause ou en perspective ce qu'elle a fait antérieurement. Et lorsque cette personne meurt alors peut commencer le montage de la vie de cette personne qui nous donnera le sens de cette vie. La mort opère d'ailleurs elle-même ce montage selon Pasolini car elle ne permet plus d'actions nouvelles qui se lierait avec les anciennes et donc leur donnerait un nouveau sens. Ainsi lorsque que Kevin se suicide à la fin il ne nous reste plus qu'une chose de lui, tout ce qu'il a fait ou dit dans cette soirée, la rédemption pour lui n'est plus possible il ne nous reste en tête que quelque chose de négatif et c'est aussi ce qui restera pour Rick. Cette enquête est pour Rick définitivement au passé car il en a fait le montage et la mort de Kevin fait le montage final car le plan suivant nous présente Rick à la télé en direct donc au présent recevoir une décoration pour cette affaire passé.
    VI La fausse image chez De Palma
                         Bien que De Palma semble très proche de Pasolini il est un point sur lequel les deux ne s'entendent pas c'est la possible fausse image cela tient d'ailleurs à leur réception différente du film Zapruder et donc à leurs nationalités respectives. En effet en tant qu'américain De Palma fut au cœur de la controverse sur ce film car pour cacher que l'assassinat de Kennedy relevait du complot le film Zapruder fut truqué, on échangea la place de certains photogrammes pour que l'on ai l'impression que lors de l'impact de la balle sa tête parti en arrière et non en avant pour que ne reste plus que la théorie du tireur unique. Voilà certainement le germe de la non croyance systématique en l'image de De Palma. Cela lui permet de filmer la fausse subjective de Kevin et donc cela change un peu l'idée du montage comme point final de l'enquête. Alors que dans un autre film ce montage en split-screen serait suffisant pour clore l'enquête Rick doit dans ce cas trouver un nouveau point de vue qui ne serait pas soumit au mensonge. C'est bien sûr cette caméra qui film au hasard mais bien sûr elle est accrochée à une montgolfière qui est en fait un gigantesque œil. De même bien que Rick ait vu Tyler se relever après le coup de feu il doit vérifier là encore avec les caméras qu'il n'était pas KO car il n'a pas été touché. Cette fausse image est propre à De Palma, si Pasolini l'approuve ou en parle ce n'est pas dans ce texte nous pouvons donc dire que c'est leur plus gros point de désaccord.
   

                        Nous avons vu à travers notre démonstration en quoi le texte de Pasolini trouvait un écho réel dans Snake eyes de De Palma, et il semble clair maintenant que ce texte nous parle encore au présent tant ce qui y est dit semble essentiel et peut être même la base d'une vision du cinéma qui n'est pas datable.

 

      Barthelemy Guillemet

Publié par Notreciné à 22:17:05 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

Ratatouille - Brad Bird | 22 octobre 2007


Ratatouille, ou l'offensive du numérique


Avec ce film Brad Bird déclare ouvertement la guerre au réel et à ceux qui aiment lorsqu'il est capté. Nous sommes dans son esprit comme ce critique aigri, coupé du monde et antipathique. Nous sommes d'ailleurs pires que ça vu que le personnage finit par aimer la ratatouille du petit rat. Mais revenons au début de l'histoire afin de ne pas nous perdre.

Analysons point par point ce film. Tout commence avec Rémy petit rat gastronome, pure produit de l'animation numérique et donc, son représentant, voire sa personnification. Celui-ci va pour pouvoir faire de la cuisine, entendez par-là de l'Art, il est d'ailleurs plusieurs fois présenté comme un artiste, avec l'aide d'un humain pas très dégourdi : Linguini. En vérité il est faux de dire « avec l'aide de » ; pour être juste il faut dire « à l'aide de » car Linguini est explicitement utilisé par Rémy vu qu'il est un véritable pantin entre les mains de ce dernier, bougeant en fonction de ses cheveux sur lesquels tire Rémy. Voilà ce qu'est l'humain aux yeux de Brad Bird : un pantin entre les mains du numérique, vision assez juste toutefois, il suffit pour s'en convaincre de se souvenir des propos de Vigo Mortensen durant le tournage du Seigneur des anneaux où il disait avoir passé une journée à se battre contre une balle de tennis.

Mais Brad Bird va au-delà du simple constat et veut nous convaincre de la force et du côté positif de l'animation numérique car elle permet le rapprochement des êtres humains, scène où Rémy provoque le baiser entre Linguini et Cosette, et surtout permet l'art et ce aux dépends des êtres humains : la cuisine de Rémy. Et nous serions obligés d'aimer sa cuisine sous prétexte qu'elle nous rappellerait ou nous ramènerait à notre enfance, comme le critique Ego lorsqu'il goûte la ratatouille de Rémy. Bird va ici à mon goût un peu trop loin. Selon lui le numérique est génial et devrait remplacer tout au cinéma, nous n'aurions plus besoin que d'humains derrière leurs ordinateurs qui programment des 0 et des 1 et de quelques « acteurs » afin d'assurer les voix. Car enfin c'est la dernière chose que Rémy - le numérique - ne sait pas faire, et Bird nous le montre très bien dans une scène où Linguini est endormi et où Rémy arrive à le faire bouger mais pas à le faire parler.

Pauvre humain et pauvre réel car si le numérique peut être très intéressant, il peut aussi être dangereux quant à notre perception du monde. Nous sommes nourris d'images et si celles-ci deviennent toutes numériques comme le souhaite Bird alors notre rapport au monde en sera totalement changé et pas forcément pour le meilleur. Car si les corps humains sont absents c'est l'organique dans son entier qui disparaît de l'écran, plus d'excréments, il suffit pour s'en assurer de voir les égouts du film, l'eau usagée est juste grise noir rien de plus, même les déchets que mangent les autres rats nous semblent jolis et au final pas si sale. C'est donc un monde où les corps sont tellement idéalisés, abstraits (rappelons-nous bien que ce ne sont que des 0 et des 1) que nos corps réels deviennent quasiment des déchets. De même l'accident qui peut surgir à chaque instant, le réel contre lequel lutte ou par lequel se laisse entraîner le réalisateur disparaît lui aussi totalement, si les herbes bougent à l'arrière plan c'est parce que quelqu'un l'aura décidé. Tout est sous contrôle. Là encore bel exemple de mise en scène que l'on pourrait presque traiter de fasciste. Il me semble qu'au lieu de rester ébahit devant la beauté ou les améliorations techniques de l'animation numérique nous ferions mieux de réfléchir à ce qu'elle peut apporter au cinéma de bon comme de mauvais.

En tous les cas je n'ai certainement pas retrouvé le goût de mon enfance avec votre fable Monsieur Bird car il ne suffit pas de mettre une souris numérique qui parle et qui gesticule sous mon nez pour que je m'émerveille, surtout lorsque celle-ci sert à faire passer votre message puant.



Barthélémy Guillemet


 

Publié par Notreciné à 18:48:20 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (2) |

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