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Notre Cinéma


 



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Michael Clayton- Tony Gilroy | 24 novembre 2007

 

      Avec Michael Clayton, Georges Clooney trouve un personnage à la mesure de ses qualités d'acteur. Car, comme Clooney, Clayton est un personnage qui rassemble l'éclat et le terne, la classe et la pénombre. La contradiction que propose le film du personnage est passionnante. Avocat brillant, Clayton est aussi un personnage aveugle, pris dans le tourbillon du monde des affaires, qui galope sans assurer aux  actants qui le composent une cartographie stable aux repères balisés. Sensé accroître le potentiel d'entités et de personnes en situation de faillite, de par son rôle, Clooney est lui- même en situation d'endettement financier. C'est donc un personnage troué, en proie au manque et à la faiblesse. Tout le film matérialise sa parabole du monde des affaires, monde de perdition, autour des attributs négatifs conférés au personnage de Michael Clayton. Personnage périphérique, il ne peut jamais, en dépit de son caractère éponyme, se loger au centre du système dont il a la lourde charge d'analyser le fonctionnement, de percer le mystère, de réparer le point d'achoppement. Personnage du téléphone portable, sa communication l'aveugle et le perd plus qu'elle ne lui fait se rejoindre les fils ténus et fiables de l'enquête qu'il mène. Dans le film, le téléphone portable exprime autre chose que la souplesse de l'information et de son échange. Plutôt sa dispersion et sa dissolution, dans une sphère hermétique qui s'exonère de toute possibilité interactive ferme et durable. C'est lorsque Clayton téléphone, qu'il croit établir un lien avec un ailleurs, déterminant cet éloignement comme horizon, que sa perception intuitive eu égard à la proximité achoppe. En effet, par le jeu de la mise en scène et de l'annihilation de la perspective, la concentration de Michael sur son activité téléphonique le prive de l'information de la tentative de suppression qui est en train de s'organiser à son encontre, à deux pas de lui. L'image prive Clayton et le spectateur de la visibilité propre à la conduite du suspens. Ni le personnage, ni le spectateur ne savent  qu'il risque d'être tué. Ainsi, quand l'explosion de sa voiture survient, cet évènement agit comme un effet sans cause, comme un accroc absurde de l'ordre de l'anomalie dans la mise en scène. L'ordre du récit semble se mélanger, le cours des évènements se précipiter et s'anticiper. Clayton, au début, n'est pas encore un point d'incandescence au point qu'il semble mériter pareil châtiment, pareil intérêt. Le choix d'une telle antériorité narrative est le signe que le monde décrit par le film est un monde fou et déréglé. L' « affairisme » hystérique en roue libre de la parole débitante de Tom Wilkinson, de son personnage (Arthur Edens), dès le début du film, en est la meilleure illustration. C'est cette parole de métier, folle et abondante, qui nous introduit dans le film, avant même qu'une image apparaisse. Située à l'aube du film, elle en est une de ses plus belles idées. La voix off (sans corps et sans image) exprime que le tourbillon du monde des affaires a fini de transformer le labeur en folie furieuse, qui bloque l'imagination et l'identification. C'est une voix qui a tué son socle d'énonciation, son corps. La parole infernale des affaires est pareille à un discours mental, incapable, désormais, de refoulement, et qui éclate de toute part. Elle nous précipite dans le dedans, par ou la caméra s'introduit dans la salle de conférence, ou le passage de relais s'effectue sans mal entre la voix perturbée de Wilkinson et la rumeur active du son ambiant des affaires, entre bousculade sonore et affolement pluriel. Le film donne l'image d'un monde ou les actants sont tantôt trop visibles, tantôt perdus dans le nœud labyrinthique du réseau moderne. Dans une médiation télévisuelle, Arthur Edens craque et lance en forme d'adresse à une femme qu'il est amoureux d'elle. La publicisation cathodique, à l'intérieur du cadre cinématographique, va précipiter Edens dans la disparition. Afin que sa personnalité ne fasse pas obstacle au groupe d'affaires, par l'intermédiaire de l'obsédante saturation fixative qu'organise en direction du monde les médias, les tenants des coulisses du monde des affaires, entre autres Michael Clayton, tentent en vain de retrouver Arthur Edens. Ce dernier, afin de se soustraire à la désignation publique, et avec la peur au ventre d'une information scandaleuse qu'il tient secrète, se renferme encore plus dans une tanière ténébreuse. Dans ce contexte, l'aveugle Michael Clayton ne peut que retrouver son ami, presque accidentellement, en passant en voiture, dans l'entrebâillement d'une ruelle, une pluralité de pains à la main. L'excès de visibilité du monde sophistiqué des affaires a transformé l'agent du système en Hermite, tentant de contrecarrer le réseau sur- communicationnel du monde en réserve autarcique de soi.  A sa mort, le dérèglement du monde médiatique est encore à l'œuvre. A l'image, un long plan séquence surligne un assassinat qui n'en finit pas. Dans les coulisses de la représentation spectaculaire, au sein de la diégèse, l'information s'oblitère et s'émiette. Rien ne passe plus que par l'entrebâillement du plan au noir, du filtre déformant. On croit en effet que Arthur Edens  s'est supprimé lui-même, sans savoir pourquoi. Etait-il donc si mal ? Mort qui concilie d'un coté sa spectacularisation, dans l'énonciation formaliste et cinématographique par laquelle elle passe, et qui, aux yeux des personnages, est une inconnue X. Edens, on retrouve entassé pleins de dossiers et de paperasses, inutilisables. La dispersion non usuelle, l'indice inconséquent pour seul héritage d'une mort. Les traces du vivant sont bordéliques. Le plan séquence (qui aligne dans une continuité ordonnée) montre qu'il faut le processus de la mort pour retrouver l'ordre. Dans la suractivité désordonnée et bruyante du monde des affaires, le récit tente de retrouver le repos.

   Un des aspects les plus intéressants du film est sa représentation d'un affairement en coulisses qui a partie lié avec une certaine forme de démence. Cela se manifeste notamment de manière formelle par la mise en scène dans la première partie du film des trajets nocturnes de Michael Clayton en voiture ou une légère arythmie du montage corrélée à un sourd bourdonnement électronique rend semblable l'activité d'affaires à un rayonnement atmosphérique qui tend au déséquilibre, à l'aphasie neuronale. D'un point de vue plus comportemental aussi, la préparation par femme d'affaires de son discours, avant son passage à la télévision, devant sa glace, défait la loi des coulisses comme un envers plus souple d'un décor chargé et lourd. Les coulisses deviennent au contraire un concentré de pathologie obsessionnelle qui tend d'autant plus au maladif qu'il reste, eu égard au monde, dans la discrétion. Et comme c'est le cas pour le peu d'information relatif à la dérobade de Arthur Edens, puis au peu de publicité consécutif à sa mort, la discrétion est destructrice. Mais c'est par elle que le personnage principal peut se libérer du poids qu'a inspiré la fiction en lui. En effet, la résolution de l'affaire n'intervient pas sous les feus des projecteurs. Pas de coup d'éclat, juste une indiscrétion enregistrée par un dictaphone secret qui se glisse en toute discrétion dans la poche de celle dont on veut conserver les paroles. La résolution éclatante se cache dans le secret d'une banale conversation entre la femme et Michael Clayton. Le plan qui succède à cette « victoire aussi discrète que surprenante » est lui aussi remarquable de finesse : Un travelling montre Clayton marcher vers la porte de sortie, tournant le dos au centre des évènements dramatiques, à savoir l'arrestation de la femme. Le démocrate movie a, en 2008, le souci, davantage que de se frotter à l'énergie intensive émanant du monde des affaires, celui de se départir du rayonnement du conflit dramatique. Laisser la folie des coulisses à l'ombre du désir du personnage et de l'attraction de la mise en scène. C'est ce que réussit de mieux le film de Tony Gilroy. Accomplissement de cette tendance dans le dernier plan- scène du film, la plus belle idée du film : Michael Clayton prend un taxi, donne une certaine somme d'argent au chauffeur et lui dit de l'emmener ou il le veut avec le temps consommable que lui donne le loisir cette somme. Michael Clayton n'est le maître d'œuvre de la résolution fictionnelle que pour se soustraire à ses contraintes. Sa réussite ne s'ensuit pas d'un enjeu, d'un sursaut final fort, mais d'une libre dépense, libérée, anonymé dans le grand mouvement du monde. Et si cela lui donne l'occasion d'un long plan- séquence qui conclue le film, ce dernier n'équivaut pas tant à une consécration éponyme qu'à une fuite, un laisser- aller assumé. Défilé d'acteur qui permet dans le même temps le dégonflement progressif et apaisant du personnage. Sortir du film par le spectacle d'un délassement.

   00OO

          Thomas Clolus

Publié par Notreciné à 00:04:08 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

Howard Shore - Eastern Promises | 23 novembre 2007


01. Eastern Promises (05:04)
02. Tatiana (05:11)
03. London Streets (01:56)
04. Sometimes Birth And Death Go Together (01:53)
05. Trafalgar Hospital (01:33)
06. Vory v Zakone (00:48)
07. Slavery And Suffering (02:00)
08. Nikolai (01:19)
09. Kirill (02:09)
10. Anna Khitrova (03:25)
11. Eagle And Star (01:25)
12. Nine Elms (06:15)
13. Like A Place In The Bible (01:22)
14. Trans-Siberian Diary (02:24)




BO
Eastern Promises ( Les Promesses de L'Ombre )
Septembre 2007
Label: Sony Classics

Publié par Notreciné à 20:15:51 dans Notre musique | Commentaires (0) |

Le rêve de Cassandre - Woody Allen | 23 novembre 2007

Réalisateur : Woody Allen

 Année : 2007
 Durée
 : 1h48
 Acteurs
 : Colin Farrell (Terry) ; Ewan Mc Gregor (Ian) ; Tom Wilkinson (Howard) ; Hayley Atwell (Angela) ; Sally Hawkins (Kate) ; Mark Umbers (Eisley) ; John Benfiled (le père) ; Phil Davis (Martin Burns) ; Clare Higgins (la mere)
 

Synopsis : Terry et Ian sont deux frères qui sont issus d'une famille modeste. Leur père tient un restaurant depuis des années qui est au bord de la faillite et leur mère travaille de manière acharnée avec à peine de quoi ramener à manger. Terry travaille dans un garage et est en couple avec Kate. Ian, lui, aide comme il peut son père au restaurant mais imagine un avenir plus gratifiant pour lui et Angela, une jeune actrice qu'il vient de rencontrer. Terry est un joueur invétéré. Un jour il perd une grosse somme d'argent en jouant au poker. Devant le fait, il demande toutes les économies de son frère, qu'il s'était gardé pour des investissements futurs, pour rembourser sa dette. Le jour où leur riche oncle Howard débarque à Londres pour voir sa famille, les deux frères voient déjà leurs soucis d'argent comme régler d'avance. Cependant et contre toute attente leur oncle est prêt à les aider tous les deux en échange d'un petit service....

  Deux personnages, deux sphères opposées
 

Dans son film, Woody Allen décrit au spectateur deux personnages opposés mais qui possèdent leurs propres univers. Pour Terry, la société ne se concentre qu'autour de ses jeux de paris que se soit les courses de lévriers ou le poker. Par moments il a le dessus sur la réalité ce qui se traduit dans le film par ses différentes victoires aux cartes par exemple. Cependant, la réalité le rattrape sans cesse car il ne cesse de perdre ce qu'il vient de gagner. L'instant le plus marquant est lorsque ce dernier annonce à son frère qu'il doit une grosse somme d'argent. Il lui avoue également lors de cette conversation qu'il était comme en transe, hors de lui-même. Le fait même de perdre est nécessaire pour ramener le personnage face à la réalité. Alors que son frère fait de brusques retours à la réalité grâce à ses défaites aux cartes, Ian lui, vit perpétuellement dans un univers autre que le sien. Son frère Terry travaille dans un garage, même si l'on exclue quelques instants la théorie que nous avons émise un peu plus haut il a tout de même un maigre contact avec la société. Alors que Ian, lui, emprunte les voitures de luxe du garage ou travaille son frère pour épater les filles et pour se faire passer pour ce qu'il n'est pas. On retrouve chez ce personnage une négation de lui-même, il préfère s'inventer un autre univers plutôt que de faire face à la réalité qui l'attend : le restaurant miteux de son père.

 Le meurtre comme alternative du destin

Lorsque Terry et Ian se rendent compte que la seule alternative à leurs problèmes est leur mystérieux Oncle Howard ils pensent que leurs problèmes vont se régler en un claquement de doigts. Or quand ce dernier leur demande de tuer un homme qui peut nuire à son business, les deux frères refusent. Après mûre réflexion ses derniers finissent pas accepter car la famille c'est important. Terry et Ian élaborent donc un plan et une mise en scène du meurtre. Ils sont un peu comme Woody Allen qui pense la mise en scène de son film. Ian dit à Terry de se placer ici et ainsi de suite. On retrouve chez eux une véritable mise en scène de leur espace, de leur réalité. Car il faut souligner le fait que, en tuant Martin Burns les deux frères se sont crées deux nouvelles réalités car, grâce à l'argent de leur oncle ils vont pouvoir réaliser leurs rêves et par la même occasion abandonner les réalités dans lesquelles ils avaient vécues auparavant.

 Le voyage comme formatage de notre existence

 

Au début du film, Terry et Ian achètent un bateau. Ce dernier va leur servir à s'éloigner peu à peu de la réalité qui les entoure. En naviguant il s'éloigne peu à peu de cet univers qui les étouffe même après le meurtre. C'est en effet lors d'une balade en mer que Ian a décidé de tuer son frère. Car pour Terry, la vie n'est pas facile après le meurtre. Il envisage de se dénoncer ou même de se suicider car il a changé son destin et forcer le destin n'est pas tout le temps judicieux. Il veut recommencer à zéro. Ian, qui a peur de tomber avec lui, décide de le supprimer. Et ce n'est que sur le bateau que Ian ne peut faire un tel acte car sur leur bateau ils sont les maîtres de leur univers. Ces différentes séquences sur le bateau peuvent faire référence au film d'Ingmar Bergman « Monika » avec cet épisode ou Monika quitte la société avec son ami sur le bateau de son père pour vivre dans un univers dans lequel ils régneraient en maître. Tout comme Monika, les deux frères se sont brûler les ailes qui leurs auraient permis d'atteindre un monde meilleur. Ils ont refusé la réalité dans lesquels ils vivaient et la seule alternative à cette négation est la disparition des deux corps.  

 

  

   000O

 

             Anthony Boscher

Publié par Notreciné à 18:51:03 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

Deux vies plus une - Idit Cebula | 23 novembre 2007

Réalisatrice : Idit Cebula

Acteurs : Emmanuelle Devos (Eliane Weiss), Gérard Darmon (Sylvain Weiss), Jocelyn Quivrin (David Klein), Michel Jonasz (Guidalé), Valérie Benguigui (Valentine), Jackie Berroyer (le directeur de l'école)

 

Synopsis : Eliane, une jeune institutrice, mène sa vie sur deux fronts : celui du foyer et celui de son travail. Un jour, une rencontre avec une jeune auteure va bouleverser sa vie. En effet, Eliane va décider de changer de vie et va commencer à écrire, puisant son inspiration auprès de ses proches et de son Histoire.

 Une diégèse étouffante
 

Dès le début du film, nous sentons bien que le personnage d'Eliane a quelques difficultés à évoluer dans cet univers qui l'étouffe. En effet, elle jongle entre la vie de famille et une vie professionnelle qui l'empêche de s'épanouir. Eliane est comme enfermée dans un cocon dont elle aimerait s'extraire pour devenir ce qu'elle est vraiment. Nous avons donc l'impression que le portrait du personnage que nous décrit la jeune réalisatrice ne conviendrait pas au personnage lui-même ce qui provoquerait donc de ce fait une sorte de mutation pour changer de vie. Le début du film nous décrit une diégèse ou Eliane a du mal à évoluer et où personne ne la comprend. En effet la séquence ou elle et son mari regarde une vidéo enregistrée par la collègue d'Eliane est significatif de ce que nous venons de décrire. Quand il lui dit « Ecoute chérie on ne voit rien là, il n'y a pas d'image ». Cette réplique est le parfait résumé de ce début de film. Les personnages qui entoure Eliane ne la voit pas, ne la comprenne pas. Elle évolue toute seule sans que quelqu'un puisse la remarquer sous son vrai aspect. C'est en effet la rencontre avec cette jeune auteure qui va conduire Eliane vers une autre destinée et qui va la métamorphoser au point que celle-ci puisse prendre en mains la diégèse.

 L'écriture d'une diégèse comme l'écriture d'un livre
 

Le film débute sur le générique qui nous décrit l'écriture des futurs carnets que va écrire Eliane. Ce début de film nous démontre donc bien que c'est, certes l'écriture du film auquel nous allons assister mais également l'écriture de la nouvelle vie d'Eliane. Le titre du film, « Deux vies plus une », est également explicite à ce sujet. Les deux vies sont celle de mère de famille et la seconde et sa vie professionnelle. La troisième vie est celle qu'Eliane va écrire elle-même sans que quelqu'un soit derrière elle comme une ombre. Le personnage d'Eliane se réinvente une histoire dans laquelle elle va tout contrôler. Le point noir, au fait de posséder ses pleins pouvoirs, est le fait que toutes les personnes qui l'entoure ne vont pas la comprendre puisqu'elle a déjà quitté l'univers « normal » des personnages de la diégèse. La seule personne qui la comprend c'est l'éditeur puisqu'il évolue dans le même monde qu'elle. En effet, lors de la séquence ou l'éditeur est invité à dîner chez elle, nous faisons face à une discussion entre le mari et l'éditeur. Celui-ci ne comprend absolument pas la question du mari comme si ce dernier, ne faisant pas parti de leur univers, ne pouvait ne serais-ce communiquer avec eux.

Nous avons donc le portrait d'une jeune femme qui se réinvente un scénario, elle écrit dans ses carnets comme elle réécrit sa propre histoire. La réalisatrice aurait pu changer son film de scénario et faire tomber amoureuse son héroïne de l'éditeur or, elle choisit de laisser cette dernière continuer à évoluer dans un autre univers que le sien mais ou finalement toute sa famille fini par la comprendre. 

 Un scénario classique qui sort de l'ordinaire
 

Le genre traité par le film, à savoir la crise de la quarantaine, est un thème souvent abordé par le cinéma français. C'est en effet un genre ultrabalisé ou il en ressort les mêmes thèmes à chaque film. L'histoire d'un homme ou d'une femme qui souhaite changer de vie et qui quitte femme ou homme et enfants pour une personne qui la comprend mieux. Or la réalisatrice décide de laisser son personnage continuer de vivre sa vie sans l'empêcher de vivre ses rêves.  Souvent nous faisons face à des personnages frustrés de ne pouvoir vivre le rêve. Le film est également ponctué de parenthèses, comme de sortes de séquences surréalistes, qui viendraient comme redonner un coup de fouet au scénario. En effet, Eliane va souvent rendre visite à son père au cimetière. Elle s'assoit et elle parle de ce qui lui est en train de lui arriver. Il y a également la séquence ou elle hurle à la société entière qu'elle vient d'acquérir un ordinateur. Ces flashs sont également présents pour rappeler au spectateur que ce qu'il regarde est une fiction et non pas la description d'une sorte de rêve américain. Le parti pris de ces « flashs » surréalistes sont la marque de la réalisatrice qui nous décrit sa façon à elle de changer les codes du genre. Le film n'est pas traité sur fond de drame mais de comédie. En effet, même le choix du couple Darmon-Devos surprend mais à l'arrivée fonctionne parfaitement ce qui vient encore une fois réinventer les codes. La réalisatrice, en même temps que son personnage, remet au goût du jour le genre.

 Une caméra qui n'exclue pas le spectateur
 

La mise en scène de Cebula est orchestrée de façon à ne pas exclure le spectateur. En effet, quand elle filme ses personnages elle les filme généralement en plan rapproché ce qui procure un effet de promiscuité avec les personnages. Cet effet permet donc au spectateur de se sentir plus proche des personnages tout en sachant que ce n'est qu'une fiction. De plus cette promiscuité n'est pas telle que nous pouvons nous confondre avec les personnages et ainsi créer une sorte d'aliénation entre nous et les personnages qui viennent se refléter sur la toile blanche.

 Le mot de la fin....
 

Le portrait que nous peint la réalisatrice n'est pas un portrait de femme ordinaire. C'est en effet le portrait d'une femme qui décide de prendre certes sa vie en main mais qui réécrit le scénario à sa façon de telle façon à prendre la diégèse et le spectateur par la main et de nous embarquer dans son univers haut en couleurs.

 

   00OO

 

         Anthony Boscher

Publié par Notreciné à 18:16:57 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

L' Heure Zéro - Pascal Thomas | 16 novembre 2007

 

   Le pitch ainsi que quelques réactions entendues çà et là donnaient envie de se risquer à aller voir ce film, moins éclairé par le flot des projecteurs du martèlement médiatique que le dernier Woody Allen, pour prendre un exemple dont j'ai signalé plus haut la bien relative réussite.
Et contrairement à ce qui s'est passé pour les deux « monuments » attendus, celui de  pourtant bien-aimé Allen donc et dans une moindre mesure celui de Cronenberg, Pascal Thomas m'a très agréablement surpris.
Je n'ai pas vu ses précédents films, peut-être « La dilettante », mais rien n'est moins sûr.
Quel doux parfum que celui exhalé par ce petit « divertissement » policier (pardon à l'auteur qui ne recherchait pas forcément cet effet) !
Je n'ai jamais réussi à me remettre de la nullité crasse de la bande annonce du « Grand appartement » que je n'ai donc pas pu aller voir... Laetitia Casta me semblait mauvaise à un point qui ne méritait pas que j'y perde temps et argent.
La pâte d'Agatha Christie est évidemment bien présente ici, mais il me semble que P. Thomas sait en tirer un sympathique polar « français ».
En dehors de quelques traits un peu forcés (la nouvelle épouse « too much », le jeune mari inconstant et frappadingue, même si lui s'en tire mieux au point de vue de la crédibilité) le film, sympathique, est de plus habilement réalisé.
L'emmêlement des pistes est finement maintenu jusqu'aux dernières secondes (et même une fois sorti de la salle...) et Morel campe un enquêteur tout à fait sympathique, rusé sous des airs de « camping », comme le décrit l'épouse insuportable, mais peut-être pas aussi perspicace que cela...
Je ne me lancerai certes pas ici dans l'analyse de ce qui ressortirait davantage des qualités intrinsèques d'A. Christie ou de l'adaptation, mais le fait est que, ne connaissant pas le roman originel, j'ai vraiment « accroché » à la version filmique.
Je classerai ce film légèrement en deçà de l'excellent « Mystère de la chambre jaune » qui m'avait à plusieurs reprises émerveillé, mais je le place toutefois sans hésitation au-dessus du dernier Allen. Pour ceux qui ne l'auraient toujours pas compris malgré la finesse « gros sel » de mes allusions, j'ai beaucoup aimé ce film !
Les personnages me semblent bien plus intéressants, consistants, que ceux de Woody Allen, en-dehors de Laura Smet qui m'a particulièrement insupporté et de quelques faiblesses dans le personnage interprété par M. Poupaud.
Tous ou presque semblent rivaliser pour accéder au panthéon des névrosés potentiellement meurtrier, ce qui est bienvenu dans une affaire criminelle.
Chiara Mastroiani est mystérieuse et angoissante à souhait, D. Darrieux campe une « vieille peau » de première classe, bref, peu de « déchets ».
Les domestiques m'ont fait penser à ceux du « Gosford park », ils sont parfois caricaturaux mais drôles.
Quelques éléments élèvent en plus ce film au-dessus du polar de base, quelques légers mais, me semble-t-il, intelligents « détails » y contribuent :
  • le témoin clé et bidon à la fois qui sauvera la meurtrière et qui permettra à Bataille de démasquer le « coupable » est sauvé de son suicide par un jeune couple amoureux, romantiquement alangui sur les falaises herbeuses de la Bretagne fort belle.
  • Après son séjour à l'hôpital qui nous vaut une scène « médiumique » qui pouvait laisser craindre le pire quant à la suite, même si pour moi le charme opérait déjà,  il disparaît pendant quasiment tout le film. Il ne réapparaît que quelques minutes avant la fin et encore de manière très fugace, lisant le journal sur internet dans l'hôtel du premier assassiné (Trevor le cardiaque).
  • L'indice de taille donné par Trevor lors de son ultime souper (un détail physique) dévoile plusieurs suspects potentiels : faut-il tenir compte des petits doigts, des mèches de cheveux blanches de naissance ?
  • Bataille a la révélation de l'innocence d'Aude Neuville lorsqu'un geste de cette dernière lui rappelle celui de sa fille qui s'était accusée d'une petite série de chapardages qu'elle n'avait pas commis (quoiqu'on se demande finalement si elle en était bien innocente) dans son établissement scolaire catholique parisien,
  • Le témoin clé-bidon « a » la solution alors qu'il n'a en fait quasiment rien vu et qu'il a peut-être bien confondu un nageur et une nageuse...
 
Agréable surprise du dimanche soir donc, et même si la journée qui est déjà commencée s'annonce difficile je serais près à renouveler l'expérience...

Nulles craintes donc (enfin tant que notre cinéma sera aidé...) les réalisateurs français peuvent encore nous apporter de biens belles surprises, mais qui en douterait ?

 

   000O

 

         André-Pierre Lacotte

Publié par Notreciné à 20:11:32 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

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