• Nous les vivants - Roy Andersson

    Réalisateur : Roy Andersson

    Année : 2007<o:p> </o:p>

    Durée : 1h40

    Acteurs : Jessica Lundberg (Anna) ; Elisabet Helander (Mia) ; Björn Englund (le joueur de tuba) ; Eric Bäckman (Micke Larsson)<o:p> </o:p>

    Synopsis : A travers différentes saynètes se dresse une peinture de la société pour le moins original.

     

    Une mise en scène à l'image du corps

    Le film de Roy Andersson se divise en plusieurs saynètes où l'on retrouve, sauf à une reprise, le même style de mise en scène. Le réalisateur opte toujours pour une caméra fixe. Le fait d'opter ce type de mise en scène durant chaque saynètes rejoint le sujet du film. En effet, le film d'Andersson, « Nous les vivants », décrit la société dans laquelle nous vivons actuellement. Il nous décrit un psychiatre qui n'en peut plus d'attendre ses patients se plaindre (ce qui fait de lui, par la même occasion, un patient comme les autres puisqu'il nous parle de ses problèmes, ce qui place le spectateur dans la place du psychiatre et donc du personnage). Dans un autre cas il décrit un personnage qui aimerait avoir une moto pour quitter le monde dans lequel il vit. Les corps que filme Andersson sont des corps qui sont à l'image de la mise en scène : ils sont statiques. Non pas qu'il reste inerte durant toute la durée mais plus dans l'idée que les personnages n'arrivent pas à évoluer au sein de cet univers qui les entoure. Ils vivent sur leurs rêves sans pour autant réussir à les réaliser. Roy Andersson s'adresse directement à la société contemporaine en décrivant des êtres humains qui vivent dans leur bulle sans réellement vouloir en sortir hormis via la voie de l'imagination. L'identification du spectateur avec les personnages fonctionne car le réalisateur s'est intéressait à toutes les catégories sociales (que se soit une jeune groupie, un homme d'affaires ou des ouvriers).

    Les personnages dans le film adoptent tous le même profil, on retrouve chez eux cette peau blanchâtre ce qui empêche le spectateur de faire la différence entre tel ou tel personnage. Ce procédé insiste sur le fait que, de nos jours chaque individu se ressemble tous, nous n'avons plus cette individualité, ce trait qui fait de nous des êtres humains différents des autres.<o:p> </o:p>

    Nous retrouvons poindre une once de pessimisme tout au long du film mais surtout à la fin. Alors que nous aurions pu croire que le réalisateur nous aurais offert une séquence de fin prônant un optimisme futur, le réalisateur va jusqu'au bout des choses en filmant une séquence de fin particulièrement pessimiste. En effet, alors que tous les personnages filmés regardent vers le ciel sans prêter aucunement attention à l'univers qui les entoure, nous aurions pu penser que cet acte aurait pu symboliser la métaphore d'une vision vers l'avenir, vers une instance divine qui pourrait nous venir en aide. Ces plans auraient pu également symboliser la vision vers un avenir plus prospère. Or, Roy Andersson préfère usé de la face pessimiste jusqu'au bout et offrir aux spectateurs un plan de ciel bleu qui s'avère être en fait un plan pris d'un avion. Et au fur et à mesure que la caméra filme nous voyons d'autres avions (des bombardiers) remplir le ciel. La boucle est bouclée puisqu'au début du film un personnage nous avoue qu'il a fait un cauchemar car il se fait attaquer par des bombardiers.

    Cette dernière séquence est comme la concentration de tout le mal qui est incrusté dans chaque être humain et qui se matérialise par une pseudo fin du monde qui pourrait arriver un jour. Roy Andersson veut faire comprendre au spectateur par cela, que, le mal qui est enfouit au plus profond de l'être humain finira par matérialiser sa fin. <o:p> </o:p>

     

    Le spectateur et son double spéculaire

    Durant toute la durée du film, la position qu'adopte le spectateur est celui de témoin qui regarde de manière attentive la société que nous lui offrons à observer. Nous pourrions rapprocher notre analyse avec les pensées de Lacan qui comparer l'écran de cinéma à un miroir. Cela s'applique parfaitement au film puisque le spectateur qui observe ce microcosme s'observe par la même occasion puisque, comme nous l'avons dit, Roy Andersson, peint un portrait général de la société. Le corps du spectateur ne pénètre cependant pas la toile mais ce dernier arrive à retrouver des similitudes de sa propre vie à travers les différents évènements, les différents actes créent par les personnages.

    A certains moments du film, le spectateur est directement apostrophé par les personnages qui via l'usage du regard caméra s'adresse directement aux spectateurs. A travers ces séquences nous pourrions voir le fait que ce regard caméra de l'acteur serait en fait une partie du corps du spectateur qui se refuse à mettre au goût du jour. Donc, à travers ces séquences le spectateur ferait donc face à une partie de lui-même qui trouverais corps, enveloppe corporelle à travers les personnages du film. <o:p> </o:p>

     

    Que restera-t-il de nous ?

    Car, si comme nous avons pu le remarquer, le pessimisme englobe toute la diégèse, nous serions donc à même de nous poser la question suivante : Que restera-t-il de nous ? Ou dans cet univers, à travers quelles actions, pourrions nous trouver le salut et ainsi exister en tant qu'être. Car la seule note positive du film se résume avec la séquence ou la groupie se marie avec Micke le chanteur d'un groupe de rock. Nous observons les deux personnages dans leurs maisons pour ensuite remarquer qu'ils sont en réalité sur les rails d'un train et qu'ils voyagent sans doute à travers le pays. Ces plans ne symbolisent point le fait que nous pourrions trouver le salut à travers l'exil mais plutôt que l'existence humaine est à l'image du plan ou le train quitte la gare. L'individualité humaine n'est pas quelque chose que l'on possède à un moment « x » de notre existence. Nous existons en temps qu'être dès notre naissance et non à partir de tel moment de notre vie. Ce plan ou le train quitte la gare est à l'image de cela. Les usagers ne peuvent rentrer dans le train car ils existent déjà en temps qu'être. Cependant, une partie d'eux-mêmes nie cette dernière ce qui ne leur permet pas de s'émanciper de manière concrète.

    Roy Andersson peint ici le tableau d'individus qui nie une partie d'eux-mêmes ce qui a pour conséquence de ne point les faire exister en tant qu'être. De plus le pessimisme régnant sur le film ne laisse aucune place à l'optimisme comme si pour lui, la solution ne se trouverait que dans nos rêves, dans un monde ou l'humain ne peut exister qu'en temps qu'esprit et non en temps qu'être.

    000O

    Anthony Boscher


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