• Notre Cinéma, rentrée, changements

     

        Au mois de Juillet, deux textes autant enthousiastes qu'ampoulés annonçaient sous l'enceigne d'une vaine sacralisation théorique la publication prochaine d'une longue série de textes portant sur l'analyse détaillée du dernier film de Quentin Tarantino, Boulevard de la mort. Annoncé comme une courte parenthèse, en attente de ce travail au long court, une série de textes à propos d'un « personnage » récurrent dans la filmographie de Quentin Tarantino, grossissant et s'amplifiant jusqu'à l'obésité théorique et démonstrative, s'est finalement substitué à l'analyse supportant la matière film comme objet défini et singulier, renvoyant aux oubliettes le précédent projet.

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        De ce soudain changement de cap, oublieux des programmes que l'on se fixe sur ce qui doit, sur le moyen terme, dans le dos de l'actualité, se faire place, tirons deux constats, valant auto- critique à posteriori et tentative de liaison avec un après qui nous vaut ce nouveau  article programmatique.

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        Nous avons éprouvé une certaine difficulté à solliciter le support Internet pour travailler sur le moyen- terme. Filant la tentative d'examen de ce à quoi on se frotte en tenant une écriture régulière sur Internet, à notre ambition, la toile nous a opposé, comme un miroir coupant et déformant, nous renvoyant  à notre propre indigence, l'image de notre peu de capacité à nous tenir, à nous ancrer à un socle par trop léthargique, qui n'a fait qu'accompagner notre fuite, notre décollement hors l'énergie rigoureuse, nécessaire à l'écriture intellectuelle suivie, au long cours. Afin, autant illusoirement qu'artificiellement, de coller, d'adhérer à un matériau- support qui ne cesse de nous déporter, de nous faire voltiger, dans une flottaison indécise et trouble, nous n'avons eu de cesse de tenter de nous asseoir, en préparant, en programmant, en jetant des ponts devant nous, en multipliant jusqu'à la déraison les points d'accroche, multiples, obsessionnels, peu surs du peu de confiance que l'on mettait, dans le même mouvement, en eux. La programmation non pas comme anticipation qui certifie, assure et rassure, mais comme défiance circonspecte et craintive. Il s'agissait de cacher le fait qu'on ne parvenait pas à ordonner les camarades d'écriture, les sujets, les idées et l'écriture, en mettant au devant de la scène la débauche teintée de débâcle anticipée et consommée d'un déploiement de préparatifs qui ne fait qu'annihiler les idées, avant même leur apparition.

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       En second lieu, le loisir et la possibilité libertaire intégrale et placé sous le règne de la dérégulation, qui caractérise Internet, n'a pas tant épousé que trouvé matière à confrontation avec notre désir grandiloquent et extravagant d'écrire sur le cinéma. En effet, faute de barrières, de limites, de contraintes qui contrôlent, régulent le flot d'écrits dans une saine et souhaitable répartition et disposition de la penssée, dans l'espace et dans le temps, nous nous sommes engouffrés, engloutis, dans le chaos d'une production hasardeuse, peu contrôlée, sans pondération.  Face à l'atrophie paresseuse et silencieuse du support dans ses exigences à l'égard de l'écrivain, celui-ci se fourvoie, s'abîme dans la planéité infinie et trompeuse jusqu'à s'enivrer lui-même de sa propre liberté. D'ailleurs, la liberté ne vaut que si, par ailleurs, il y a un cadre, des limites, des pondérables. Sinon, cette liberté n'est que vacuité et néant qui propulse et noie. S'enivrer jusqu'à accuser les disproportions formelles sur un support non régie par le monde de la proportionnalité. Autre motivateur froid et indolent de l'errance : la non réactivité sordide du support qui ne prévient ni ne sanctionne l'intervention, dans ses faiblesses et ses excès. Permettre l'obésité dilatoire et délirante du détail (série Earl Mc Graw) et ne pas enchâsser le centre du sujet après l'encombrement de prémisses affolés dans leur inertie sauvage et suicidaire (texte non écrit sur Boulevard de la mort).

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       Autre souci : face à une actualité dont la boîte de vitesse reste inexorablement et impunément bloqué sur la cinquième, nous recommandions fièrement (bien trop, sans doute), le ralentissement, salutaire. Sauf que confondre ralentissement et croupissement alangui et autiste n'est pas la voie du salut, pour le corps et l'esprit de celui qui, obnubilé par son unique et trop restreint sujet d'écriture, s'y absorbe jusqu'à l'avènement de son enterrement. Folie, tourment de l'écriture en roue libre, dans une libre dépense insensée et maladive, et oublier le reste, les camarades d'écriture, le cinéma comme art du présent et du changement permanent et les éventuels lecteurs, que de toute façon, on ne connaitra jamais, hormis une irréductible pincée.

      Ralentir jusqu'à la dilatation mentale, s'arrêter jusqu'au gonflement débilitant, voilà ce à quoi nous nous sommes adonné. Il ne s'agit pas pour nous de dénier quelconque intérêt à la série textuelle sur Earl Mc Graw, ni de renier le plaisir (véritable,mais un plaisir souffreteux) pris à l'écrire. Il s'agit de s'entendre sur notre état d'esprit, à la sortie de l'écriture de ce texte. Expérimentation, exposé scientifique et fantaisiste intéressant, mais, à l'évidence, nous ne souhaitons pas cela pour la conduite prochaine de ce site. Car nous ne pouvons supporter l'asservissement à une telle dimension d'écriture qui fonctionne sur l'ouverture perpétuelle du regard sur un unique point d'horizon, sur le sourcillement analytique, sur le détaillisme démonstratif. Type de partage du cinéma, au long court, tout à fait acceptable, mais qui ne correspond sans doute pas à la voie de l'écriture en communauté, cinéphile, et internaute qu'il s'agit d'envisager pour ce site.  

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       C'est pourquoi nous avons décidé, pour cette rentrée (qui s'aligne sur notre propre rentrée universitaire), de proposer une nouvelle rubrique, afin de prendre acte de ce changement de perspective, de ce besoin de respiration, d'aération, qui, je l'espère, libérera les énergies avec touche et parcimonie. Pari et volte-face risqué en fait, puisqu'il s'agit de suivre le penchant inversé de ce qui avait été défini précédemment. A savoir, au lieu de s'arrêter sur un point et de laisser filer l'actualité, il s'agira autant que faire se peut de prendre le pas de cette actualité en l'accompagnant de nos traces tenues, de façon modeste et discrète, sans tenter de nous imposer au devant et d'aboutir à l'obturation, tel un mastodonte égaré.

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        Concrètement, à chaque semaine des sorties (le mercredi), correspondra une petite publication qui condensera les opinions, les débuts de réflexion de chacun à l'endroit des films fraîchement vus. A l'évidence, notre motivation première est de partager la « conversation orale et écrite » de cinéma avec le plus de régularité et le plus d'individualités possibles, suivant la logique d'une simple passion cinéphile, sans autre ambition que celle de son énonciation à la trace, dont l'intérêt résiderait dans le fait qu'elle se poursuivrait, à court, moyen et long terme, quotidiennement. Il  s'agit, dans cet espace quasi-anonyme, intime qui est le notre, d'actualiser l'existence du cinéma comme mode de vie, comme relevant de l'esprit critique communautaire.

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       Journal intime communautaire, blog cinéphile ? Nous ne sommes pas loin d'une forme légère, mineure, vulgaire, égale à toutes les autres. Les écrits ne seront ni des critiques de films, ni véritablement des articles, encore moins des analyses. En fait, nous ne savons à l'heure qu'il est pas à quoi ils ressembleront véritablement. Nous ne faisons qu'envisager grossièrement les contours de notre mode de partage du cinéma. Pas d'analyse au sens ou cette notion revêt l'exigence d'une étude approfondi, à laquelle nécessite une maîtrise à propos d'un objet sur lequel on a suffisamment de recul afin d'en proposer un contenu savant, de type démonstratif. Privilégions ici l'écriture du cinéma comme prolongement naturel de la séance, dans les cendres encore chaud suite à l'allumage auquel donne lieu la projection. La projection allume les affects, éveille l'esprit, embrase le corps. Notre écrit ne sera pas distance souveraine critique et théorique, mais continuation tiède de l'expérience. Repousser les frontières d'une expérience définie, en jouant les prolongations. Faire vivre, encore, dans une translation des sens en mots. L'écriture sur le cinéma non pas comme résumé, résultat d'une vision, mais comme restes vifs d'une perception subjective, imparfaite, éphémère, et sincère. Ce qui sera à l'œuvre ne sera pas tant l'intellectualisation du film, comme objet absolu et autonome des forces qui le regardent, qui en disposent, que celle d'un moment particulier, non réitérable, celui de la première projection d'un individu particulier. Profiter de l'ouverture du média Internet à l'écriture de soi dans la dérive, dans le perfectible, dans le non conventionnel et le non établi du quotidien pour énoncer cette digestion en cours. Si cet écrit prochain sera l'étude de quelque entité que ce soit, ce sera davantage celle d'une subjectivisation d'un objet cinématographique, dans les strates de son devenir, déchiqueté et liquide, plutôt que celui du cinéma, dont l'étude répond à une ambition bien supérieur que celle pouvant être soutenu par un vulgaire site internet. N'y voir aucune péjoration, juste le constat d'une juste répartition des domaines, des supports, des actions et des occasions. Témoigner d'une rencontre singulière, tenter dans définir les arrêtes, les permissivités, les impasses d'une existence subjective du cinéma, c'est sans doute le mieux que l'on puisse faire. Conjuguer la fébrilité subjective et l'enthousiaste sans cesse relancée de notre passion du cinéma, qui se veut raisonnable, c'est ce que permettra peut- être les lignes qui suivront dans ces pages. Il s'agira plus certainement d'une correspondance suivie, avec le lecteur, avec la consistance volatile et enlevée qui caracérise la lettre. Retrouver l'énergie pincante de l'envoi, du jaillissement qui relance, dans le momentané, ou l'instant, ce serait une chose intéressante à mettre en oeuvre. D'ailleurs, nous pensons que la légèreté dépliée et feuilletée d'internet, du numérique ressemble assez, d'une certaine manière, à l'intensité friable et spontanée de la lettre, de la correspondance. Bomber le mail, l'épaissir dans une pagination continuelle et archivable, placarder en série unie le mot, ce sera peut-être l'action de la nouvelle rubrique, intitulé pour la circonstance CORRESPONDANCE CINEPHILE.

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        Pas de critique, parce que nous respectons trop ce travail pour prétendre empiéter sur lui. Que nous ne sommes pas découvreurs, étant donné que nous venons après d'autres, qui voient les films, et les aiment, en premier. Que ce travail critique est fait, dans sa pleine puissance, ailleurs, par d'autres entités, de plus belle manière que ce que permet aujourd'hui un site internet. Retrait de la critique car sa définition recouvre une complétude, un agencement ordonné et structuré dans le partage/ passage d'un film qui n'aura pas lieu ici. Nous privilégierons  ici le fragment, le morceau, le désordre, l'élan, l'impulsion, ainsi que la trace, le reste, le dépôt.  Paresse ? Moindre ambition ? Goût du désordre initiatif et incomplet, futilité gonflée ? Peut- être tout cela à la fois. Et aussi une expérimentation intime qui nous motive, ici et maintenant. Essayons.             

                                                      COMMENCEMENT LE 10 OCTOBRE

     

             Notre Cinéma


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  • Commentaires

    1
    lacotte
    Samedi 29 Septembre 2007 à 22:25
    Alors, la suite?
    Un de ces jours c'est promis je prendrai le temps de tout lire et suis prêt à commettre de PETITS textes. Alors quand c'est qu'on commence?
    2
    Clolus Thomas
    Mardi 2 Octobre 2007 à 18:14
    cinéma
    Merci de cet enthousiasme André-pierre. Finalement, la première publication aura lieu le samedi 14 octobre!
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