• My Blueberry Nights : Wong Kar-wai en Amérique, un essai à transformer

     




        J'affectionne particulièrement un hirsutisme de facade à la seule idée de termes sportifs sortis de leur contexte, beurk! Mais bon, on peut se laisser parfois aller à quelques facilités...
    M'attendant à une fieffée platitude, je suis au final ressorti presque emballé par le film (presque).
    Wong a dit que son envie de tourner avec Norah Jones avait été motivée par sa voix, qu'il avait entendue (dans un taxi me semble-t-il). Pour "gauloiser" quelque peu je dirai qu'au visionnage de son dernier film la voix de Norah Jones ne doit pas être la seule chose qui l'a séduit... La présence de Natalie Portman, qui ne dispute en rien en matière de beauté à N. Jones ne fait que conforter cette impression.
    Je n'étais jusqu'à présent pas spécialement sensible au charme de la fille amércaine de R. Shankar, mais alors là, sur grand écran et filmée par le maître!!!
    Mais je m'égare quelque peu, nous sommes sur un blog sérieux diantre! Fi de considérations esthétiques de ce type... Oui mais tout de même.
    Ce n'est pas la première fois que Wong fait état de cet attachement à la voix, donc au Verbe et au mot.
    A propos des Cendres du temps, son film le plus bavard jusqu'à présent, Stephen Teo a cité une interview dans laquelle Wong expliquait qu'il avait découvert les romans et histoires d'arts martiaux par le medium de la radio et que cela était à l'origine de l'importance des mono- et dialogues dans son film.
    Beaucoup de texte ici encore. De beaux silences toutefois.
    Je ne compte pas me lancer dans le grand débat qui accompagne la sortie de ce film.
    Trop maniériste? A la limite de l'auto-dérision? Caricatural? Mauvais?
    Faiblesse du scénario?
    Jeu pitoyable de N. Jones?
    Je vais plutôt me concentrer sur le thème qui me semble sous-tendre tout le film, en réminiscence, évidemment chez Wong, des films précédents, même si après 2046 il disait, je crois, penser abandonner les histoires de couple mélancoliques.
    J'ai lu quelque part que dans le transfert de Hong Kong aux Etats-Unis quelque chose s'était perdu, mais je ne souscris pas totalement à cela.
    Ce film est un film certes pas remarquable mais intéressant tout de même, en dépit d'un caractère par trop appuyé qui "appelle" quasiment, j'en conviens, les critiques de "too much" qui pleuvent sur le pauvre Wong.
    Mais pour qui est passablement acquis à son esthétique, je ne pense pas qu'on doive jeter "My blueberry nights" avec les restes des réveillons (notamment ceux du foie gras d'une certaine marque renommée infesté au botulisme, on ne peut vraiment plus avoir confiance en personne, alors quant à se baffrer comme les personnages de Wong...).
    Assez de suspens, je m'attèle à la question des traces.
    La longue scène du bocal à trousseau de clé dans le bar laisse clairement entrevoir l'importance de la réflexion sur la trace, liée éminemment avec le temps et avec la mémoire, les marottes de Wong.
    Que reste-t-il de notre passage s'interroge Elizabeth dans un de ses nombreux monologues intérieurs?
    Un trousseau de clé, une ardoise (en référence à celle du flic alcoolique, ça existe???), la trace de votre reflet dans une vitre, dans le regard des autres?
    Elizabeth confie s'être trouvée dans et grâce aux regard des autres, malgré ses changements de noms (et de vêtements, comme toujours, à l'instar de M. Cheung, les actrices du film, notamment N. Jones change régulièrement de vêtements).
    Il traîne tout au long du film une interrogation sur l'identité et sur ce qu'il peut rester de l'identité humaine une fois que l'on a disparu, au sens propre comme au sens figuré.
    Rien ou pas grand chose?
    Que reste-t-il d'Arnie, suicidé à l'endroit même où il avait rencontré des années auparavant la femme (la sienne) à cause de qui il se tue?
    Un mini autel-souvenir derrière lequel Wong filme le couple Elizabeth Sue Linn dans un beau traveling latéral, laissant à peine apparaître le visage du disparu sur une photo très vite floutée.
    Que reste-t-il du père de N. Portman?
    Une voiture et des souvenirs dans la mémoire de sa fille.
    Plus justement il reste deux voitures, celle de sa fille et celle que N. Jones "gagne" grâce à l'excursion entre filles.
    J. Law finit par jeter les clés alors qu'il s'y refusait auparavant, pour ne pas prendre la décision de clore à tout jamais les portes qu'elles ouvrent.
    Mais en réalité ces portes sont ouvertes ou fermées uniquement par la volonté et par la vie et le temps.
    Qu'est-il arrivé à l'un des couples dont le barman garde précieusement les clés lui demande Elizabeth?
    La vie est passée, le temps est passé.
    C'est bien un des thèmes fétiches de Wong qui surgit ici.
    Le temps et la vie passent, le métro ou les mouvements humains (à pieds, en voiture...) passent selon un mode qui nous échappe. Dans le cinéma de Wong ils passent parfois selon une temporalité "irréelle", à la fois accélérée et ralentie.
    Dans une interview au Figaro (Happy New year to you, Mister President... comme l'a peut-être chanté Carla) WOng disait s'intéresser à l'Amérique des coeurs brisés.
    Et de fait ses personnages ne respirent la joie d'amours simples et enrichissantes.
    Le couple sur le baiser duquel se termine le film est en fait le seul à se retrouver et à finalement s'aimer "tout simplement", mais combien de temps, combien de kilomètres pour que cela soit possible?
    De Norah Jones partie sillonner l'Amérique en large ou de J. Law sis dans son bar, attendant le retour de la belle, lequel a le plus voyagé? Lequel s'est le plus découvert à lui-même.
    Deux visions du "connais-toi toi même" ici, l'une dans l'immobilisme, la seconde dans le mouvement.
    Mais par-delà le temps et l'espace (mental ou kilométrique) l'évolution et le progrès dans la connaissance de soi semblent être indispensables à l'accomplissement de l'amour.
    Ainsi qu'en est-il du nouveau Wong Kar-wai??
    La traversée du Pacifique (on doit plutôt souscrire à une traversée par l'Europe, parce que son cinéma n'est pas exempt d'"europitude") l'a-t-elle conduit en de nouvelles terres filmiques?
    Si le film n'atteint pas à l'intensité des précédents, à mon goût, ce n'est peut-être pas tant parce qu'il est, d'une certaine manière "américain", mais plutôt, sans doute, parce que Wong est en "translation", je souhaite qu'il ne s'y perde pas, mais je ne le crains guère.

                

     

    OOOO 

     

               André- Pierre Lacotte


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