• My Blueberry Nights - Wong Kar-Waï


    Année : 2007

    Réalisateur : Wong Kar-Waï

    Acteurs : Norah Jones (Elizabeth) ; Jude Law (Jeremy) ; David Strathairn (Arnie) ; Natalie Portman (Leslie) ; Rachel Weisz (Sue Lynne)

    Durée : 1h35<o:p> </o:p> <o:p> </o:p>

    Synopsis : Une jeune femme décide d'arpenter l'Amérique afin de trouver des réponses aux questions qu'elle se pose sur l'amour. A travers les larmes et le grand amour l'apprentissage n'est qu'un début.

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    « My Blueberry Nights » est le premier film tourné en anglais aux Etats-Unis de Wong Kar-Waï. Il est vrai que beaucoup de réalisateurs asiatiques ont, à un moment de leur carrière, décidé de « migrer » aux Etats-Unis peut-être dans un espoir de découvrir une nouvelle esthétique. Dans la plupart des cas, ces expériences furent sans succès (nous pouvons prendre l'exemple de John Woo).

    En est-il de même pour le film de Wong Kar-Waï ?<o:p> </o:p><o:p> </o:p>

     

    <o:p>Un corps découpé</o:p>

    Une chose est frappante à la première vue de ce film c'est notamment le traitement du corps de la part du réalisateur. Les personnages n'existent pas en tant qu'unité entière mais seulement par morceaux que se soit via les pieds d'Elizabeth ou via un cadrage au niveau de la taille. Les corps n'existent jamais dans leur entier. Ce n'est que lors de la scène ou Jeremy réparé sa caméra de surveillance que nous pouvons apercevoir son corps et celui de deux autres clients en leur entier. Cependant ce n'est pas la subjectivité de la caméra du réalisateur qui nous offre ces unités évoluant dans la diégèse mais bien la subjectivité d'une autre instance : celle du spectateur peut-être. Dans ce film, le corps est donc toujours représenté par bribes, par morceaux. Ce n'est donc que par le truchement d'une autre subjectivité que le personnage peut trouver sa place au sein de l'espace filmique.

    Une identité fracturée
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    Beth, Betty, Lizzy autant de prénoms que d'identité pour ce personnage qui parcourt l'Amérique pour tenter de trouver les truchements dissimulés de l'amour. Comme nous avons pu le voir, non seulement les corps sont totalement déconstruits mais l'identité même du personnage est comme dispersé à travers son voyage. Nous pourrions donc dire que le personnage d'Elizabeth est composé de plusieurs instances : à New-York elle est Elizabeth, à Vegas elle est une autre et ainsi de suite. C'est comme si à son départ de New-York, Elizabeth avait éclaté en plusieurs particules et que ces dernières deviendraient des particules autonomes donnant naissance et un autre « moi ». Autant de division corporelle pour de questions posées. A la fin du film chaque particule rejoindrait la source même de ce qui les a fait naître : le corps d'Elizabeth. Les réponses que cherchaient Elizabeth sont en fait présentes bien avant son départ via le personnage de Jeremy. Jeremy incarne l'amour que cherche Elizabeth. En effet, au fil du film des ressemblances apparaissent notamment lors de la séquence ou Jeremy tente de s'interposer lors d'une bagarre dans son café et lorsqu'Elizabeth rentre dans le café après s'être fait agresser dans le métro. Si nous prêtons attention aux détails nous nous apercevons qu'ils ont du coton dans le nez dans une narine différente comme si le réalisateur avait voulu prédire que ces deux personnages termineraient l'aventure ensemble. A travers ce simple détail nous pouvons en déduire que les deux personnages se complètent.

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    Il n'y pas que le personnage d'Elizabeth que l'on peut considérer comme ayant de multiples identités. Nous pouvons également appliquer cette théorie au personnage de Jeremy. En effet à travers la possession de toutes ses clés nous pouvons voir en lui une sorte de personnage capable de s'approprier les identités des propriétaires des clés. En effet, lors de la séquence ou Elizabeth lui demande à qui appartenait toutes ces clés, ce dernier est capable de lui parler de toutes ces personnes qui un jour son arrivé dans son café et sont partis à tout jamais. Même s'il ne veut pas jeter ces clés car il ne veut pas être celui qui fermerait ces portes à jamais, il décide tout de même de toutes les jeter comme si le personnage avait évolué et qu'une partie de lui voulait découvrir ce qui se cachait justement derrière ces portes.

    L'usage du ralenti comme alternative d'évolution
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    Dans le film de Wong Kar-Waï nous nous retrouvons face à certains partis pris esthétiques qui peut dérouter certains notamment ceux qui ne connaissent pas l'œuvre du cinéaste. En effet ces nombreux plans de métros peuvent faire références au dernier plan d'« Happy Together » ou la caméra est sur le toit du métro avec ce dernier avançant à toute allure notamment grâce à l'usage de l'accéléré. L'usage du ralenti à de nombreux moments dans le film n'est pas à prendre comme un déroulement du savoir esthétique du réalisateur mais plus à prendre comme quelque chose de bien plus important. Le ralenti n'intervient pas forcément lors de moments clés du film mais est plus à envisager comme une sorte de seconde couche temporelle ou le personnage aurait toute aise d'évoluer. C'est-à-dire que s'opérerait alors un changement temporel mais également corporel lorsque le personnage passerait de l'espace diégétique à un espace autre qui est celui du ralenti. Le personnage ainsi pris dans le flot du ralenti évoluerait pour donner naissance à une autre partie du personnage qui n'avait pas encore été révélé. A travers l'usage du ralenti nous pouvons extrapoler sur le fait que dans ce film Wong démontre à quel point il exerce une sorte de magnétisme sur le film car il se sert de la matière filmique et s'en sert bien. Le réalisateur arrive à remanier l'espace diégétique et à nous offrir des séquences dont l'émotion est aussi grande que dans ses films asiatiques. Il nous offre ainsi une séquence lors de la fin du film ou nous croyons que l'ex petite amie revient via un plan ou nous voyons une main prête à ouvrir la porte du café et inscrire donc dans la tête du spectateur l'impossibilité de la formation du couple entre Elizabeth et Jeremy. Or il s'avère que cette scène a eut lieu bien avant et que cette dernière s'avère être un flashback.

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    Malgré son voyage aux Etats-Unis Wong Kar-Waï n'a pas oublié tout se qui faisait sa force c'est-à-dire une maîtrise du temps et de l'espace filmique. On en redemande.

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          Anthony Boscher


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