• MEILLEURS FILMS 2007 - André Pierre Lacotte

     

       Choisir 10 films seulement parmi la (les ?) centaine(s) vu(es) dans l'année (restons modeste) qui s'est écoulée est un réel crève-cœur, il s'agit d'établir un classement qui est, forcément et en partie, injustifié mais pas nécessairement injustifiable, il faut bien s'amuser un peu en début d'année.

    Puisque tel est l'exercice tâchons de nous y atteler sans (trop) états d'âme ni de remords.

    En préambule je ne peux m'empêcher de faire une mention spéciale à la daube de l'année (voire plus car strictement aucune affinité, si ce n'est une bonne partie de rigolade) « Angel », de l'ami Ozon qui m'était pourtant plutôt sympathique. Mieux vaut stopper net ma digression parce qu'en terme de bouses innommables, l'année fut riche et fertile, la bouse étant par ailleurs un excellent fertilisant en même temps qu'un bon combustible. Alors laissons leur souvenir partir en fumée (gageons que cette fumée soit bio).

     

     

     

    1/ Paranoid Park (Gus Van Sant)

     

    2/ INLAND EMPIRE (David Lynch)

     

    3/ Ne touchez pas à la hache (Jacques Rivette)

     

    4/ The Departed (Martin Scorsese)

     

    5/ 7h58 ce samedi là (Sydney Lumet)

     

    6/ La nuit nous appartient (James Gray)

     

    7/ Boulevard de la mort (Quentin Tarantino)

     

    8/ Secret Sunshine (Lee Chang Dong)

     

    9/ Election 1 & 2 (Johnnie To)

     

    10/ Persépolis (Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud)

     

     

      

         Les esprits chauvins constateront que la production française est bien confidentielle dans mon classement, j'en veux pour raison principale le déséquilibre qualitatif, lié au nombre de toute manière, entre nos films nationaux et les films américains de l'année.

    Je dois bien avouer que France, Allemagne, Roumanie et Italie pour l'Europe, tapaient à la porte de mon classement, mais comme je l'ai souligné plus haut, classement = arbitraire.

    De même pour les pays asiatiques, la richesse des productions chinoises, coréennes et japonaises, pour ne citer que les plus importantes en nombre de films, aurait tout à fait justifié une figuration plus imposante dans mon classement, mais là il m'aurait fallut inscrire une cinquantaine de films...

    De grosses déceptions (« Boarding Gate » ou « Les promesses de l'ombre », les plus tristes pour moi) m'auraient également incité à descendre littéralement nombre de films mauvais, et cela m'aurait permis d'établir un lien avec un désormais fameux article (de J.-M. Frodon) questionnant le trop grand nombre de films produits.

    Force est pour moi de constater que trop c'est trop. Je suis pour (qui serait contre ?) le soutien aux premiers films... mais jusqu'où faut-il aller ?

    De plus et j'en finirai ainsi avec mes atermoiements post-réveillons je ne prétends pas avoir fait le tour des sorties de l'année, je confesse honteusement avoir raté les deux Eastwood, par exemple !

    Mais qui dormant un minimum et exerçant une profession à plein temps pourrait arriver à suivre le train des sorties (sachant que si l'on rationalise on doit arriver à plusieurs sorties PAR JOUR, en additionnant la masse indienne, asiatique, américaine et européenne) ? 

     

    Paranoid Park me semble être le film le plus abouti de Gus Van Sant à ce jour, je n'ai même aucun scrupule à le qualifier de chef-d'œuvre. J'avais déjà énormément aimé presque toute sa production (notamment ses trois derniers films), et je dois bien avouer que ce dernier opus est un bijou.

     

    Inland Empire est de la même manière un très grand opus de Lynch, je ne sais pas toutefois si je le considère comme son meilleur, mais, de la même manière que chez Van Sant, je le classe parmi ses meilleurs films. Je ne saurai départager Inland Empire de Mulholland Drive ou de Lost Highway.

     

    Ne touchez pas la hache, que j'ai vu, me semble-t-il cinq ou six fois, résiste parfaitement à un visionnage multiple et répété. Et je n'en ai que plus été déçu par « Les amours d'Astrée et de Céladon ». Tout dans ce film me semble être d'une très haute volée. Chef-d'œuvre également.

     

    The departed/Les infiltrés est un très bon Scorsese. Dans une moindre mesure que Spielberg qui me semble pondre des navets plus vite que son ombre, la production de l'italo-américain quoiqu'inégale à mon goût recèle de véritables coups de maître, celui-ci en était un grand.

     

    Before the devil knows you're dead/7h58 ce samedi-là me conforte dans l'idée que j'aurai fort à gagner à me rafraîchir la mémoire avec les autres films de Lumet dont je ne conserve que quelques bribes de Serpico. Grand film, grande tragédie, superbe fin qui coupe le souffle et glace le sang.

     

    We own the night/La nuit nous appartient, vu quasiment dans la foulée du précédent travaille un autre registre du film policier, les relents républicains qui en émanent me semblent habilement et subtilement contrebalancés par un des ressorts profonds du film : la solitude en dépit des liens familiaux, ironiquement présentés ( ?) comme les seuls « vrais ». Une désespérance que je qualifierai quasiment de « mystique » baigne le film. Ainsi ne comprends-je toujours pas la question d'un de mes camarades : « Pourquoi faire un tel film maintenant ?».

    Loin d'être un échec je crois que ce film ne mérite pas le délaissement de certains. Je le trouve d'une profondeur et d'une actualité brûlante. C'est pour cela que je m'étale un peu trop...

     

    Grindhouse : Deathproof/Boulevard de la mort, un nouveau et plaisant Tarantino. J'hésite encore à me déterminer sur une question : étant un peu un inconditionnel du grand ado qu'est Tarantino serais-je capable de gober n'importe lequel de ses films ? Je ne le suis absolument pas dans ses dérives malsaines de gore-sadisme, lorsqu'il se complaît à flatter la pornographie-boucherie qui sommeille en tout ado mal fini soit en chacun de nous, à divers degrés. Je ne donne absolument pas le même sens ni la même valeur aux trépanations, lacérations, découpage de gros dans ses propres films et dans des ordures pestilentielles comme les Hostel et autres dégénérescences de l'esprit cinématographique, même de bas étage.

     

    Secret sunshine est une véritable révélation. Je ne connaissais pas Lee Chang-Dong et j'ai désormais hâte de voir d'autres films de sa pâte, et de ses pattes. Quelle justesse, quelle sensibilité dans le cadre et dans la couleur, je vois de nombreuses correspondances que je ne saurai toutefois expliciter ici avec « Ne touchez pas la hache ». La dimension politique du film n'est à mon sens qu'un élément mélioratif supplémentaire. Une remarquable dénonciation du mensonge religieux, de la part d'un Sud-Coréen, c'est du même niveau qu'un Garde Suisse qui étalerait les sous-vêtements du dogme catholique romain.

     

    Election I/Election II, je connaissais déjà et j'appréciais déjà beaucoup Johnnie To depuis « Breaking news », même si je ne connais vraiment qu'une ridicule toute petite partie de sa production. Les deux films m'ont laissé abasourdi. C'est donc confiant (et à raison) que je suis allé voir « Exilé », que j'aurai pu mettre en lieu et place de ces deux films. L'ultra violence de ces productions asiatiques me laisse perplexe toutefois, mais il ne me semble pas s'agir du même rapport à la mort et à la souffrance que chez Tarantino ou les dégénérés du caniveau comme Eli Roth (beurk, rien que le nom me donne envie de vomir). Inquiétant toutefois.

     

    Persepolis, voilà qui me permet de finir en douceur ce classement. Quelle fraîcheur, quel plaisir que ce petit chef-d'œuvre qui, modestement, s'impose comme une très belle réussite. Pas de fantastique, pas de démesure, l'histoire simple de quelqu'un de simple, l'Histoire rencontre celle d'une jeune fille. Les turpitudes de l'Iran, les ravages de la religion et du capitalisme marchand d'armes. Beaucoup de charme pour décrire une vie pas toujours paisible ou charmante. Et pour en revenir à ce que j'ai déjà exprimé plus haut, quelle délicatesse et quelle intelligence pour décrire les séances de torture... Qu'on est loin du dégueulasse avilissant de Saw ou d'Hostel !

    Un beau moment de cinéma, ça fait toujours du bien. Un graphisme particulier et un film pour tout âge sans pour autant s'adresser au jeune public comme à de « petits adultes » ou à des décérébrés.

    La grande intelligence de ce film, c'est d'être intelligent, qu'on me pardonne la facilité.

     

    Une très belle année de cinéma passée, vive la nouvelle qui débute !

     

     

     

     


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