• Lettres d'Iwo Jima - Clint Eastwood

    Lettres d'Iwo Jima de Clint Eastwood

    Le personnage dans Lettres d'Iwo Jima

           
              Avec Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima, Clint Eastwood nous montre en un Diptyque la même bataille, celle d'Iwo Jima durant le début de l'année 1945, vue sous deux angles différents. Le premier est celui des forces américaines venues prendre l'île aux mains des Japonais. Le second est le point de vu des hommes de l'armée Japonaise, campés sur l'île et devant se défendre contre leur ennemi américain.
    Lettres D'Iwo Jima raconte l'histoire de ces soldats japonais et de leurs officiers mis face à l'obligation et à l'impossibilité de défendre une île d'une trop grande importance, avec trop peu de moyen. Pour sortir de leur insularité presque carcérale, ces hommes écrivent des lettres à leurs proches, celle-ci par l'intermédiaire de flash-back, permettent au spectateur de voir et de comprendre les personnage et leur passé. Mais ces lettres n'arriveront jamais, on le comprend lorsque ce qui semble être une équipe archéologique du vingtième siècle les  découvrent sur Iwo Jima .
     

           Comme l'indique Stéphane Bouquet dans l'article des Cahiers du cinéma intitulé : "Saigo ou l'Amérique", Clint Eastwood nous montre la guerre avec deux mises en scène différentes; Une qui dans Mémoires de nos pères s'appuie sur une immense mêlée sans véritable corps individuels et une autre qui dans Lettres d'Iwo Jima nous montre la guerre suivie et vécue par quelques individus différenciés. Dans ce dernier film nous suivons le parcours de ces personnages qui appréhendent, qui vivent, et qui sortent de ce combat de différentes manières. Certains de ces protagonistes apparaissent au spectateur comme plus importants et plus impliqués dans la narration.    
     

       Premièrement, intéressons nous à celui qui semble revêtir l'aspect du protagoniste principal, le dénommé Saigo (interprété par Kazumari Ninomiya), figure du soldat/sous fifre, commandé par une hiérarchie violente et oppressante, celle-ci incarnée dans les traits d'un capitaine despotique, représentant l'autorité traditionnelle. Saigo ancien boulanger dont l'esprit est ancré loin des préoccupations guerrières se retrouve enrôlé de force dans l'armée et devient l'image du faux soldat, du non soldat. C'est un pion dans la guerre, un « outil » qui comme on le voit au début du film, ne sert qu'a creusé des tranchées qui ne serviront au final à rien. C'est aussi l'un des seuls êtres présent sur l'île dont l'existence, les actes et les mots semblent généré chez le spectateur, non pas « l'identification » mais une forme d'attachement et de compréhension se situant loin de la distance que produisent les archétypes de guerriers ou de héros. C'est en effet en l'accompagnant que le spectateur se rend compte de la manière la plus proche qui soit, de l'horreur de la guerre. Par ses yeux nous voyons aussi la folie de ses pairs, des officiers de son propre camps, muent par les traditions et les codes.  Ainsi l'honneur et le sacrifice qui sont des valeurs prépondérante pour l'ensemble des hommes présent sur l'île, deviennent pour Saigo des obstacle à la survie et à sa propre existence. C'est d'ailleurs en trahissant et en abandonnant certaines de ces valeurs que Saigo gagnera sa survie. Il nous est montré comme un survivant un « survivaliste » pour qui chaque souffle de sa vie à une importance considérable, il fuit alors  l'horreur  où quel soit et quand il n'à plus de retraite il apparaît en sa faveur un événement qui maintient le fil de son existence. Saigo survivra d'ailleurs à la bataille. Il aura  toutefois fait preuve d'un fragment de bravoure en voulant défendre l'arme de son général face à la convoitise de soldats américains. Clint Eastwood semble donc traiter ce personnage de manière particulière, il en fait son héros sans pour autant en faire un héros et le traite comme un élément à la fois dans la guerre et en dehors qui la voit et la vie sans pour autant y participer réellement.          
    Une autre figure dont l'importance est à noter est celle de Shimizu ( interprété par Ryo Kase) ancien membre du Kempetai, une police militaire japonaise chargée de défendre les valeurs patriotiques et traditionnelles. Il est au départ la représentation du soldat modèle, discipliné et rigoureux, Il véhicule l'image de la tradition guerrière, la loi et l'ordre, toutefois celle-ci se révèlent être des valeurs déchues en ce personnage. Grâce aux images du passé, le spectateur comprend en effet que Shimizu en désobéissant aux ordres d'un supérieur, fut évincé du corps des Kempetai. Le réalisateur dévoile ce personnage de manière progressive, le faisant passé par différents stades. Ainsi, la solitude et le silence dont il fait preuve se transforment peu à peu en une volonté de recouvrer les symboles de la tradition, et de les faire respecter. Mais face à l'imminence de la défaite il devient un homme qui comme Saigo tentera de survivre à la guerre, mais qui à l'inverse de celui ci mourra prisonnier,  abattu par un soldat américain. Shimizu montre au spectateur un aspect de la guerre presque fataliste, son existence en tant que personnage semble n'être vouée qu'à une mort déshonorante, sans pouvoir se défendre.  De la même manière Il détient et montre des valeurs qui sont présentes chez presque tous les défenseurs de l'île et qui les enferment dans le passé, dans l'archaïsme.
     

             Ces valeurs ancrées dans l'histoire et générées par Shimizu semblent s'incarnée dans le personnage du Baron Nishi (interprété par Tsuyoshi Ihara). Ce dernier est un officier haut gradé, célèbre pour être un séducteur et un champion d'équitation. Son titre et son attitude transmettent au spectateur l'apparence d'un capitaine du 19eme siècle. Il a par exemple un cheval qu'il emmène sur l'île, il sera son moyen de déplacement pendant la première partie du film. Mais lorsque sa monture se fait abattre par un avion américain, il nous apparaît clairement le fantôme de l'enfermement et du danger que provoque le traditionalisme et le confort du passé. Stéphane Bouquet écrit dans son texte "Saigo ou l'Amérique" que la guerre menée par les américains, une guerre spectaculaire, prend fatalement l'ascendant sur la guerre menée par les japonais, une guerre aristocratique. En mourrant, l'animal devient le symbole du passé prit dans l'étau technologique. Les traditions conduisent vers une défaite inéluctable et emprisonnent ces hommes dans la fatalité.
    Cette fatalité sous jacente à tous les éléments du film semble à la fois naître et être combattue par l'un des  protagonistes qui comme Saigo est d'une importance primordial; Le général Kuribayashi (interprété par Ken Watanabe) commandant des forces présentes sur l'île. Par l'intermédiaire des lettres on comprend qu'il est resté longtemps aux états unis, il à clairement conscience que les forces américaines sont supérieurs à celles disposée sur l'île et que, toujours sous le thème de la fatalité, la bataille est perdue d'avance. Pourtant il va défendre l'île suivant les ordres de l'état major et semble-t-il suivant sa propre envie. Kuribayashi créer alors une stratégie extrême, il choisi de défendre Iwo Jima au moyen de tunnels creusés dans la roche et décide de concentrer ceux-ci en un endroit. Ces galeries deviennent très vites des habitats puis des prisons abyssales, ou les notions de temps et d'espaces non plus de sens. De cette manière les Japonais doivent se défendre acculés à la roche, enfermé dans l'île, corps qui les enfermaient déjà. Ainsi, en voulant protéger ce morceau de territoire, Kuribayashi empêchent toute retraite à ses hommes, ceux-ci n'ont d'autres choix que de vaincre ou mourir, même si certains chanceux s'en tireront. Ce thème de la retraite impossible n'existe pas que dans la réalité physique des tunnels et des cavernes, il existe aussi dans le devoir, dans les codes et dans la tradition japonaise.
     

             Kuribayashi ferme le l'horizon de ses soldats mais ce n'est pas un traditionaliste, il ne désire pas les enfermer dans une violence séculaire, due aux traditions et au respect de valeurs anachroniques face à la machine de guerre américaine. Pourtant son état major, ses officiers font une loi, un dogme du respect de ces règles d'un autre age, et lui désobéissent parfois, empêchant par exemple les soldats de fuir et de survivre par la même occasion. Eastwood sans pour autant s'y attarder, montre de manière directe un fait réel, celui de l'extrémisme d'une tradition qui peut autant tuer que la guerre, en nous dévoilant par exemple une scène ou un officier japonais et ses soldats se suicident à la grenade au lieu de fuirent.
               

              Ces quatre protagonistes que le spectateur accompagne sont autant de facettes d'un seul peuple qui combat. Survie, rédemption, tradition, devoir et déchéance sont les caractéristiques qui composent et qui meuvent les forces japonaises. Eastwood en fait des thèmes redondants qui encadrent l'existence de ces personnages, soldats et hommes.
    Lettres d'Iwo Jima
    nous montre donc un monde insulaire, un monde enfermé, dans la guerre, dans les traditions, dans un lieu. Grâce à une réalistation en quasi noir et blanc qui dissimule les couleurs, hormis un rouge qui se teinte parfois, le passé hante le film. L'île est un endroit prit dans le passé, en de ça de son époque où les hommes vivent dans une prison un lieu de solitude et d‘isolement, où la majorité des protagonistes est la sans le vouloir. Seul les généraux semblent croire en la défense de l'île. Le général par exemple fait office de vecteur d'espoir parmi l'ensemble de ses soldats, mais très vite celui-ci se retrouve enfermé, terré dans un tunnel. Le milieu est clos à la fois par une pensée qui étreints et un endroit sans échappatoire. Les soldats deviennent des prisonniers tenus en respect par des officiers/gardiens de prison et obligé de défendre un lieu qui leur enlève toute liberté. Des lors le réalisateur nous montre des hommes qui se battent avec la force du désespoir, et qui grâce ou à cause de leur histoire et des dogmes de celle-ci, accomplissent des actes héroïques ou au contraire déments.
     

              Loin de tout jugement, ce film nous montre que c'est le traditionalisme qui plus que le lieu ou la guerre enferme les hommes. Saigo, peut être le seul personnage libre de l'histoire sera confronté du début à la fin à la traditions plus qu'à la guerre, suivant différents aspects tels que la hiérarchie, l'honneur ou le devoir. Ceux ci assassinant successivement ses compagnons, la mort hormis pour Saigo semblant être le seul moyen de retrouver la liberté.
    Clint Eastwood met donc en scène une histoire dans laquelle les personnages n'ont aucun espoir. La défense de leur territoire, de leur bastion, comme dans beaucoup de film basé sur le principe du siège tel que Zoulou de Cy Enfeld, est désespérée et n'est menée que par des obligations, des valeurs ou des héros. Rien de manière physique ne semble obliger les officiers de hauts rangs à inculquer aux soldats une discipline de fer et des punitions violentes et ce que l'on nous montre avec Lettres d'iwo Jima c'est le décalage, l'opposition presque antithétique entre l'envie de survivre de certains et l'envie des officiers de faire respecter et de tenir à bras le corps le devoir.

              Le Diptyque Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima est une œuvre pouvant êtres observer sous des angles multiples, tout semble avoir un pendant, une parallèle, un inversée. La guerre technologique des américains s'oppose à la guerre traditionnelle des forces japonaises. Les soldats des deux camps sont des êtres aux codes moraux totalement différents, dont certaines valeurs se rejoignent toutefois lors de la scène ou le lieutenant japonais lit à haute voix la lettre d'un jeune soldat américain mort. La lecture de cette lettre fait alors comprendre ou réaliser aux hommes qui sont proches que les soldats de l'armée américaines sont certes des ennemis, mais aussi des humains qui comme eux ont des familles. Cette notion de multitude des points de vues qui peut s'observer entre  les deux film se retrouve clairement en chacun d'eux. Lettres D'iwo Jima est une œuvre complexe et non manichéenne, ou chaque chose montré est contredite en étant montré avec son pendant. Ainsi Eastwood nous montre le soldats Saigo dont les préoccupations semblent ne se limiter qu'à lui. Puis dans un second temps il introduit Kuribayashi stratège et général de l'île qui s'évertueras à défendre l'honneur de son pays. Rien ici ne semble faire apparaître d'opinion, rien en ce qui concerne les personnages ne peut être vecteur d'un quelconque jugement, chacun d'eux est montré sous différents angles sans parti pris.

     

           Clint Eastwood avec Lettres d'Iwo Jima nous montre la bataille du coté japonais en nous rendant compte des actes de ces soldats. Reconstituant au plus fidèlement ce qu'ont vécus ces hommes, il dévoile au spectateur la guerre telle qu'elle est, sans le ménager, sans le surprendre. Néanmoins, des thèmes humanistes apparaissent en filigrane. L'innocence et l'acceptation sont autant de feux qui s'éteignent sur l'île d'Iwo Jima, mais qui restent présent en chaque protgoniste. Au final, Clint Eastwood aura réalisé une oeuvre différente de tous les films de guerre jamais crées. Il aura, par la maîtrise de sa mise en scène et par la composition de ses personnages, pris le spectateur comme témoin de la guerre sans inculquer quoi que ce soit et sans juger.

    Simon Gabillaud

    Lettres d'Iwo Jima, 2006
    Réalisation: Clint Eastwood
    Scénario: Iris Yamashita ; Paul Haggis
    Interprètes: Ken Watanabe ; Kazunari Ninomiya ; Shido Nakamura


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