• Le voyage du ballon rouge - Hou Hsiao-hsien

    Réalisateur : HOU Hsiao-hsien

    Année : 2008

    Acteurs : Juliette Binoche (Suzanne) ; Simon Iteanu (Simon) ; Song Fang (Song) ; Hippolyte Girardot (Marc)

    Synopsis : Suzanne est une mère de famille très active. En effet, son travail de marionnettiste l'occupe la majeure partie et elle n'a donc plus le temps de s'occuper de son fils Simon qui a sept ans. C'est ainsi qu'elle décide d'engager Song, une jeune étudiante en cinéma qui va s'occuper de Simon.


    Une architecture des lieux


    HOU Hsiao-hsien revient enfin sur nos écrans après 3 ans d'absence. En effet, Hou nous avez laissé avec un « Three Times » d'une grande richesse. Pour son nouveau film, le réalisateur Taïwanais a décidé de faire une adaptation libre du film d'Albert Lamorisse « Le ballon rouge ». L'action du film se situe dans la capitale et non plus en Asie. Exit les ambiances techno de « Millenium Mambo » ou les tryptique avec « Three Times ». Un peu comme Wong Kar-Waï qui a fait son film aux États-Unis, HOU Hsiao-hsien a également décidé de migrer ailleurs pour tourner son nouveau film.

    Malgré ce voyage, le réalisateur n'a pas oublié pour autant ce qui fait de lui un metteur en scène à part. Le film se concentre réellement sur deux lieux : l'appartement de Suzanne et son lieu de travail. Bien que ces deux espaces sont parfaitement ancrés chez ce personnage, leur traitement au niveau de la mise en scène est différent.

    L'appartement c'est le lieux de la vie, de la famille c'est pourquoi HOU Hsiao-hsien utilise plutôt des couleurs vives, chaudes qui symbolisent le cocon familial. Il joue également avec l'espace en proposant deux espaces bien distincts. En effet, quand nous sommes dans l'appartement, le spectateur peut ainsi remarquer que le réalisateur cadre de manière à avoir deux espaces bien distincts à l'écran. Nous avons la salle de séjour sur la gauche et sur la droite l'univers de la cuisine. De plus la caméra adoptera presque toujours ce lieux du même point de vue, ce n'est seulement lors d'une ou deux scènes ou Hou décide de retourner la caméra pour nous offrir le hors-champ de l'espace diégétique. Comme nous l'avons souligné, cet appartement est le lieu de la vie des personnages, c'est donc pour cela que le réalisateur a pris le choix de concentrer l'espace pour pouvoir capter les moindres faits et gestes de ses personnages. HOU Hsiao-hsien apparait comme une sorte de scientifique qui observerait à la loupe ses sujets. On retrouve parfaitement cette caractéristique dans ses deux derniers films « Millenium Mambo » et « Three Times ». L'espace diégétique de l'appartement n'est pas un lieu ou règne le montage. Bien au contraire, le montage apparaitrait comme une sorte de pause, de mise en attente dans l'action des personnages. Pratiquer le découpage dans ce lieu reviendrait à découper les actions des personnages ce qui viendrait à l'encontre des intentions du réalisateur. En effet, le montage au cinéma est signe d'artifice, or ce que recherche justement le réalisateur, c'est de capter des instants de vie, de capter la réalité à l'état pur. Inclure du découpage dans cet espace serait introduire de manière inéluctable l'artifice dans un espace de vie.


    Le second espace important est le lieu de travail de Suzanne. En effet cette dernière donne vie à des marionnettes en leur prêtant sa voix. Ce lieu est teinté d'une ambiance sombre ce qui ne symbolise en aucun cas les sentiments du personnage féminin. Contrairement à l'appartement qui symbolise la vie et non l'artifice, le studio ou travail Suzanne symbolise tout le contraire. En effet, le réalisateur nous offre à chaque fois des cadres qui nous montre l'envers du décors des marionnettiste. Ces prises de vues sont importantes puisqu'elle symbolisent la marque de l'artificialité dans l'espace diégétique. L'architecture de ce studio est telle qu'elle compacte les personnages dans espace infime laissant au fond très peu de place à l'évolution des personnages. Ce studio apparaitrait donc comme l'envers de l'appartement c'est à dire le lieu ou règne l'artifice et l'impossibilité de s'épanouir. Cependant, il faut tout de même s'intéresser au travail de Suzanne qui lui permet toute de même de s'évader et de mettre de côté la réalité qui l'étouffe. En effet, quand Suzanne se sert de sa voix pour faire vivre les marionnettes, c'est comme si cette dernière posséder totalement cette poupée de chiffon. En la possédant ainsi elle atteint donc une autre instance diégétique et corporel qui lui permet ainsi d'écarter tout autre réalité. C'est également Suzanne qui donne vie à la voix de son grand-père que lui a numériser Song. On retrouve donc également la forte présence de l'artifice dans le personnage de Suzanne. Il faudra, lors d'une scène au studio, la venue de son fils à côté d'elle pour lui rappeler que la réalité c'est son fils (signe de vie) et non son travail (l'artifice).


    Il est également nécessaire de rajouter que le travail de Suzanne et la séquence avec le maître de marionnettes fait clairement référence à un autre film de HOU Hsiao-hsien « Le maître de marionnettes » sorti en 1993.


    On ne joue plus on vit


    Après s'être intéressé à la mise en scène, il serait désormais intéressant de se concentrer sur les personnages de Song et de Simon. Dans le film, Song apparait clairement comme un alter-égo du réalisateur. En effet, cette dernière est étudiante dans une école de cinéma et à comme projet de faire un film sur un ballon rouge. Le rapport personnage-réalisateur ne peut-être plus clair. Le réalisateur trouve donc une place au sein de l'univers diégétique via le personnage de Song. De plus, Song, tout comme HOU Hsiao-hsien capte des instants de vie du jeune garçon Simon. Tout comme Hou filme ses personnages, Song filme Simon errant dans les rues pour rentrer chez lui. Cependant HOU Hsiao-hsien n'adapte jamais le point de la caméra de Song pour pénétrer de manière encore plus profonde la diégèse, il préfère garder ses personnages à distance plutôt que de les coller ce qui les empêcherait de vivre et de se développer. Song filme avec sa caméra les moindres faits et gestes du petit Simon ce qui peut-être considéré comme une volonté de vouloir conserver le passé au sein même du présent. On peut rapprocher cela avec la scène ou Suzanne demande à Song si elle peut numériser de vieux films 8mm de son grand-père. On retrouve donc, comme dans les derniers films de HOU Hsiao-hsien ce rapport au temps et cette volonté de capter le moindre instant de vie et de le conserver. Même si Song apparait comme une alter-égo du réalisateur il n'en est pas forcément de même avec Suzanne. En effet, Song n'est pas à voir comme une mère de substitution mais plus comme une grande-soeur qui manque à ce cocon familial. On apprend tout au long du récit que Suzanne à un mari qui vit au Canada pour les besoins de son travail mais qu'elle a également une fille qui vit à Bruxelles. Même si HOU nous offre une séquence parfaitement travaillée ou il mélange les temporalités (la voix-off est au présent et la séquence et au passé) et nous offre un instant de vie entre Simon et sa soeur, ces instants perdus sont nécessaires à l'épanouissement du petit garçon. Song symbolise donc plus une soeur de substitution qu'une mère puisque Suzanne s'impose en tant que telle malgré ses obligations professionnelles.


    Dans son film, HOU Hsiao-hsien laisse une grande part à l'improvisation. En effet, Juliette Binoche a avoué lors d'un entretien qu'il n'y avait aucune ligne de dialogues et que tout était improvisé. Ce point est intéressant puisqu'il permet de saisir les personnages à la racine et le spectateur fait ainsi face à une pureté du personnage. Avec l'improvisation, les personnages enlèvent la couche d'artifice qui les recouvre et laisse place à une nouvelle surface qui est celle de la vérité. Capter la vie nécessite une captation d'une pureté et non de l'artifice.


    Avec son nouveau film, Hou Hsiao-hsien nous offre un film personnel malgré le fait que son objet son une adaptation libre du film de Lamorisse. On retrouve donc par la même occasion des thèmes qui lui sont proches comme le traitement du temps et cette volonté de captation et d'observation.

     

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              Anthony Boscher
     


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