• Le cinéma en mots... et sur Internet ?

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           Ce texte, prélude à l'introduction au contenu porté par le site NOTRE CINEMA, se propose comme un corps de réflexion sur le média Internet, ses lignes de forces, ses caractéristiques et ses limites.  En effet, dans un souci d'hnnêteté intellectuelle, nous avons pensé qu'il ne nous était pas permis d'écrire sur un média sans réfléchir les particularités du support de notre action.                                                                                                                                       

            NOTRE CINEMA. Intitulé de ce nouveau site consacré au cinéma. Titre choisi, formulé par l'un d'entre nous, dans la légère euphorie de la trouvaille verbale, satisfaisante car elle définirait mieux qu'une autre la relation qu'entretiendrait le contenu de ce site, de ses écritures, avec un projet idéel, un désir. Sincère mais vaine ambition. Satisfaisante aussi, car cette formule établirait ce site dans une existence propre, par contraste et différence avec les milliers d'autres pages Internet comportant le mot cinéma au sein de leur formule désignative d'identité. Illusion relevée quelque temps plus tard lorsque l'on s'apercevait que des mots identiques désignaient déjà sur la toile des sites aux réalités bien différentes à celles que nous envisagions de conférer à Notre Cinéma. Désillusion qu'un possessif et qu'un terme générique, un nom propre, déterminé semble-t-il dans la plus grande indépendance intime et la conviction d'un sens porté et assumé au regard d'un contenu programmé, prédit, semble au final  s'aligner sur la récurrence d'un titrage voué à la multiplication numérique, dans la faiblesse d'une désignation, qui reste désignation, en ce sens que le contenu qu'elle a vocation à déterminer n'existe pas dans son absolu, dans sa nécessité, dans sa singularité.
         Car sur Internet plus qu'ailleurs, il faut bien désigner les choses. Pourquoi ? Parce qu'à l'évidence, notre cinéma n'est pas davantage le notre que le leur, dans ce que son existence, dans sa réalité systémique et virtuelle, ne se distingue d'aucune autre page Internet, noyé dans la vaste toile insensée et absorbante que constitue ce nouveau média.
        Ce n'est à proprement parler pas le cas, ce n'est pas à nous d'en décider, mais si Notre Cinéma a vocation à proposer un contenu de la rupture, de la discontinuité, par rapport à ce qui existe communément,  partout ailleurs, quelque soit le temps (hier, aujourd'hui, demain), ce n'est pas le problème, permettez moi une première rupture, une première pause, un premier ralentissement face à la bienséance moderne et virtuelle qui voudrait que je m'empresse à courir droit au but.  Peut-être que ce sera un des objectifs de Notre Cinéma (dans un monde de vitesse, proposer un autre régime de temporalisation des faits, des actes et des existences). D'ailleurs, preuve que mon délire n'est pas que pur programme voulant se donner l'atour d'une facétie prophétisante, la rupture me précède déjà. Ce texte, s'annonçant en effet comme texte d'ouverture, d'introduction, ou encore d'inauguration, n'actualise son existence que dans le temps postérieur d'un accouchement qui a déjà eu lieu . Celui-ci, déjà, est divers, abondant, désordonné, gouailleur, volontariste, et de nature plurielle.
          
         Notre cinéma, petit ilot d'existence dans l'océan nébuleux et insondable que constitue sa terre d'existence, Internet, est déjà un petit monde à lui tout seul, et comme tel, il a déjà son organisation spatial, ses habitants, ses tics, des récurrences, ses forces et ses faiblesses. Plein de génération spontanée à la fois grandiloquente et discrète, à la fois fier d'elle-même et complètement anecdotique, à la fois visible et invisible, ce site existe sous la modalité d'existence de toutes entités existant dans le grand monde de la médiatisation aujourd'hui : celui du flux, du développement continu de fils qui, de façon obsédante et aveugle, grossissent, métastasent et se répandent dans un profusionnel autant généreux que confus.  Comme toute création humaine, Notre cinéma invoque son autodétermination et son droit à l'échaffaudage cohérent, alors qu'il ne peut échapper aux brisures chaotiques qui animent tout régime de production. Peut- être que chaque site sur Internet possède, de par sa simple « mise en ligne », pour ambition d'exister comme fragment potentiellement capable de focaliser l'attention et le regard sur lui, au milieu de la grande indétermination d'un grand tout. Passer de l'état de particule informe et invisible dans un tout expansif et global à l'état de foyer de lecture et d'organisation, sélectionné et déterminé, pris dans l'extraction du tout diabolique. Un site Internet, c'est par rapport à l'échelle Internet, la précision attentive et intéressée du minimal, du point, face à la confusion distraite du maximum, de la toile qui éparpille.
         
          A l'évidence, Internet ne permet ces points d'attention qu'au prix de leur existence commune et profusionelle. Plus encore, tout doit exister avec tout, dans un immonde macrocosme ou toutes les énergies particulières et singulières s'annulent les unes les autres. Communauté, ce n'est pas harmonie, mais anarchie au sens paradoxal d'excès de règlement, d'organisationnel, et rabattement des pages et de ceux qu'elles contiennent les unes sur les autres. Ceux qu'elles contiennent : au mieux, des humanités, des points de contact spirituels, des idées, n'allons pas plus loin, une idée, c'est déjà tant à demander dans notre monde et ces conditions d'existence aujourd'hui. Au pire, et la norme, aujourd'hui, c'est toujours le pire, nous avons des quantités, des variables, des zones de vitesse, d'accélération, faits de changements directionnels et de bifurcations incessantes qui détruisent tout sur leurs passages. On parle de « mise en ligne », alors que la simplicité gracieuse de la ligne n'est en aucun cas le motif privilégié d'Internet. Il s'agit plutôt du pigment épileptique. Internet n'existe que dans la mesure de l'aplat, du clignotement, de la saturation, et de l'élimination des entités par elles-mêmes. Vaste zone d'égalisation ou tout équivaut à tout (cruauté démocratique de notre temps), la création d'une page passe par la destruction de toutes les autres, dans une indifférence totale. Il n'y a que des plis, peu de zones de replis et de stases contemplatives et actives de ce point de vue. Il y a suractivité, qui vaut euphémisme d'un état mortifère qui se dérobe à nos yeux. Internet est un meurtre massif, allez, disons le, un monde ou l'extermination, l'holocauste est devenu la règle de fonctionnement, d'usage, dans l'anesthésie et l'acceptation la plus totale. Le média du vingt et unième siècle est participatif : comme le jeu vidéo, Internet donne à la victime l'illusion de l'action gratifiante, l'illusion de la connaissance, alors qu'elle offre majoritairement que la possibilité d'une autodestruction spirituelle et affective indolente et sucrée.
      
         Aussi, on dit « surfer », nouvel exemple d'une rhétorique qui vise à magnifier ce qui n'est pourtant que très peu reluisant. Surfer, cela évoque les années 80, ou tout surfait (les planches, les beaux torses nus et pourtant doués en fortune et hautement désirables, Reagan, la musique....) Modalité luxueuse, gracieuse, élégante, propre et aérienne du mouvement, le surf a la prétention d'opposer à la macro-force chaotique des plis marins et aqueux la grâce infini de la figure humaine, toute de tenue et de vigueur. Le surf-internet, manifestement, repose sur la même aberration dans son ambition. Choisir le lisse et le glissement pour désigner l'escamotage et la dissolution mémorielle des pages et des idées, si ce n'est pas la toute dernière des escroqueries, cela.
        
          Internet = égalisation, mais pas au sens d'une égalité de pouvoir de la myriade d'entités fragments entre elles, ni au sens d'une égalité des chances d'accès à la visibilité, à l'existence pratique. Non, Internet n'offre pas, dans les conséquences de son fonctionnement régulier, l'ouverture d'une égalité des chances. Tout simplement car il n'y a pas égalité de pouvoir des fragments, en tant que puissances autonomes de diffusion, et dans les rapports entretenus par ces fragments avec l'entité mère, le tout globalisant, internet. Si il y a apparente similitude des innombrables pages Internet qui parcourent la toile, la ressemblance est artificielle, elle cache dangereusement une inégalité d'identité de ces pages, en ce que ces pages sont la propriété d'êtres de natures très variables dont la force sociétale diffère très sensiblement l'une par rapport à l'autre. Internet feint l'égalité visuelle, comme justificatif de l'omission des inégalités sociales, qui relèvent de la capacité des êtres sociétaux  à produire et à diffuser. Une page Internet d'un grand groupe n'a pas le même rayonnement, la même portée, et la même capacité à toucher un public que la page d'un petit blogg. Et si l'illusion égalitaire est si proche, c'est que ces deux sites partagent, de fait, la même matière.
          Plus encore, la matière moderne ne paraît pas aujourd'hui, de par sa seule existence différentielle, occasionner un quelconque risque d'inégalité. En effet, le trait fondamental de cette matière est qu'elle tend à l'immatériel. L'immatériel, c'est la dangereuse disparition de la possibilité de comparaison entre une pauvreté et une richesse, une force et une faiblesse. Plus de papier pouvant connoter le riche (le papier  glacé par exemple), et réciproquement, plus de papier pouvant avérer d'une nature pauvre, ou du moins, de moindre privilège dans la source émettrice du contenu. Or, la plus dangereuse des inégalités n'est elle pas celle qui ne se voit pas ?  Car la matière du papier n'est pas que connotation symbolique, mais aussi et surtout information directionnelle qui formate, oriente et permet tel regard, tel ou tel lecture. L'identité matérielle du papier est un vecteur de focalisation sur des publics, des groupes de lecteurs. Avoir égalité de la forme par l'informe de la matière, c'est le risque de la perte de cette information nécessaire. Plus de différence de matière émettrice, moins de différenciation du public conscient et riche de cette différence.  Virtualiser la matière, c'est virtualiser l'égalité (pour une fois le vocable associé à Internet ne ment pas). C'est toujours une source particulière qui émet un contenu, et une signature ne sert pas uniquement un renvoi de la source qui serait de l'ordre de la gratification, de la congratulation gratuite. C'est surtout l'authentification du texte en tant que chose produite par une entité particulière, désignable et reconnaissable comme telle. Un contenu n'est pas une vague quelconque, commune à toutes les autres, qu'on rencontrerait au grès d'un « surfing ». C'est une émanation d'une entité responsable de son contenu, et caractérisable selon des propriétés propres. Par la même, ce contenu, dans sa substance, dépend en partie de l'entité dont elle procède de sorte que l'un et l'autre s'alimentent réciproquement et sont indissociables. Le contenu, dans des proportions particulières, c'est l'auteur, et la matière, le support d'existence de ce contenu est un critère fort qui permet d'identifier cet auteur. Donc, un contenu sans matière perd en partie sa capacité à être considéré comme individualisé et à se différencier d'autres contenus.
        
          Second aspect de cette sous - problématique de l'inégalité de pouvoir. De cette inégalité est concomitante une autre, plus structurelle et plus invisible pour le récepteur encore. A savoir celle consistant dans la forte différenciation d'optimisation de l'interdépendance entre un système de fonctionnement (Internet) et ses unités (les sites Internet). En outre, Internet semble une plage, un espace, au sens quasiment géologique et physique du terme dont les possibilités de conquête et d'élargissement sont infini et très souples. Avec Internet, la conquête spatiale ne souffre plus le ralentissement et les pondérables des obstacles à la circulation. Mais prendre le média Internet sous la seule considération de l'espace à remplir et à refaçonner à volonté dans un infini qui ne souffre pas la mesure, ni la modération, serait sans compter sur le fait qu'Internet est surtout un code, une loi, un ensemble de règles, au sens juridique du terme. Si la dimension spatiale d'Internet offre égalité à tout le monde, il en est de toute autre manière de sa dimension juridique. Non pas juridique dans le sens ou serait associé à Internet un système de loi extérieur à lui, qui l'encadrerait de ce point de vue (ce qui existe du reste, pour Internet et pour toutes les institutions et êtres sociaux) ; mais au sens ou sa matière même lui confère une identité juridictionnelle. Tacite, officieuse, communautaire, elle est peu partageable par des voies pédagogiques générales. L'enseignement est ce qui, dans une situation d'inégalité, permet de réduire celles-ci au sens de la construction d'un régime égalitaire commun.  Il n'existe pas encore, à l'heure ou j'écris ces lignes, d'enseignement de la sorte généralisé sur le fonctionnement de l'outil internet. Fonctionnement de l'outil Internet à ne pas prendre dans le sens de l'usage asservi que pourrait en faire un usager, un récepteur, mais de la maîtrise se basant sur des connaissances en plus permis par le système Internet, et permettant une plus-value, dans le bénéfice de son utilisation. Cette plus-value, est de fait, elle ne se dit ni se distingue, dans la multiplicité des pratiques et des usages liés à Internet. Ce qu'on voit, chaque jour, sur les pages Internet, ce sont les conséquences de ces différentiels de pratiques, qui ne notifient pas, n'émettent pas de panneau directionnel et information quant au glissement de ces pratiques. C'est un nouvel exemple d'une discrète simulation d'égalité qui noie quelconque distinction dans un régime de l'aperception.                          
             
            Revenons maintenant et prolongeons sur les dangers d'Internet comme zone de profusion. Il y a le risque encouru pour le contenu gisant sur Internet d'une neutralisation et d'une domination par le jeu de l'interchangeabilité des pages et des blocs de texte, réduits à des productions massives illisibles, ou tout fait lettre, tout fait science, tout fait opinion. Avant, au temps de la lecture, un livre prenait le temps de témoigner de son existence, de se faire découvrir comme foyer de réputation, puis de se faire rechercher comme objet concret, matériel. Ensuite, venait le temps de la rencontre de deux unités indivisibles : Un livre qui entrait en adéquation avec un lecteur. Il pouvait y avoir résistance, rejet, séparation, mais il y avait toujours rencontre avec l'irréductibilité d'un temps accordé à la lecture de ce livre, qui consacrait ladite rencontre, dans une fusion temporaire circulatoire de signes et de sens. Il y avait surtout un rapport d'exclusivité qui faisait la valeur de cette rencontre. On pouvait se séparer de ce livre, le lire peu de temps, le reprendre, le rapport construit était néanmoins de l'ordre de la consécration exclusive et indivisible. De la sorte, si on éprouve la volonté de lire un livre, on lui accorde un temps déterminé de lecture, à l'exclusion de tout autre activité. Internet instaure un rapport  qui ne fonctionne plus sur l'accaparement, élément fondamental à la naissance de la rencontre, mais sur le détachement, la liquéfaction du lien entre le média et le récepteur. Il y a dilution à tous les niveaux.  D'abord, le média a perdu son caractère d'être nécessairement particulier. En effet, le livre, c'était « ce livre là, et pas un autre », et pas LE LIVRE en général, expression qui n'a aucune consistance d'ordre pratique, ou concrète.  LE LIVRE, être sans existence, même conceptuelle, est une chose qui n'a aucune réalité pour quelconque lecteur. Le média ne pouvait qu'avoir une réalité concrète et particulière. Avec la télévision, est venu l'aire du général, de l'ensemble dé- singularisant. Internet n'a fait qu'accroître et prolonger ce phénomène. Internet est un concept prêt à l'application qui n'existe que dans son aptitude au fonctionnement, au remplissage, mais également dans un rapport de dénégation avec le régime du particulier. Un site, un texte, une vidéo peut accéder à l'existence dans et par Internet, mais il n'y a pas de contrepartie réciproque, celle qui scellait le pacte de la possibilité de la rencontre, nécessaire à l'habitation du média par le récepteur, avec le livre.  Pour entrer en connexion, s'imprégner d'un contenu, il faut habiter. Le livre permettait l'habitation, ce que ne permet absolument pas Internet. Internet ne diminue dans son existence ontologique si ses fragments disparaissent. Quelque soit le fragment, Internet ne baissera pas en quoique ce soit (en qualité ou en qualité). Internet est une bête monstrueuse et extravagante qui ne souffre pas de l'amputation, du démembrement. Il  ne connaît ni saillie, ni fêlure. Il n'intègre pas dans ses déterminations d'existence la blessure ni la guérison. Ce média mène une vie permanente et indolore, sans trace de heurt.
         L'existence de Notre cinéma, comme l'existence de n'importe quel site, est contingente,anonyme,  et inutile à la survie du média, l'être suprême. Ainsi, tout fragment Internet est dénié dans sa vocation à vivre en tant que chose exclusive et particulière, reconnaissable. Ce qui voue toute production effectuée dans le cadre d'Internet à une insignifiance fondamentale.  Un livre est un être d'existence brûlant, d'une force colossale dans sa  matérialité mutique et présente en dépit des autres choses. Internet n'est que zone d'évaporation et d'extinction qui exclut le lien récepteur/émetteur dans sa ferme fidélité et dans ses potentialités structurantes. Le lien construit par Internet est celui de la fuite, du va et vient  de l'attention discrète et de la fragmentation qui ne cesse de redonder ses épluchures, jusqu'au devenir-  pelure de la matière (physique et spirituelle, matérielle et intellectuelle). On passe du temps sur Internet, on l'occupe rarement. On s'abîme l'esprit dans une mine sans possibilité d'extraction de matière précieuse. Internet nous habite, nous non.  Le rapport tactile de l'œil- doigt avec le texte dans le cadre du livre était métaphorique  de l'éminence profonde du contact qui présidait à la relation homme- livre. En ce qui concerne Internet, l'écran est la métaphore de la mise à distance absorbante qui s'opère dans le phénomène de réception. Internet semble tellement offrir de choses, de chemins qu'elle finit par tout mettre en retrait. C'est l'ère de la disponibilité qui met hors d'atteinte, l'ère du don qui exclu du contenu cognitif, en tant que celui-ci est un, inaliénable pour l'esprit et non voué à l'effacement, à la substitution automatique.  Le contenu n'est plus véhicule, il est tombeau de vitesse et de fureur. Je dirais que d'une certaine manière, Internet ne favorise ni la rencontre, ni l'habitation, ni le contenu, trois éléments pourtant co-substantiels au lien qui peut se créer entre un individu et un média. Pas de rencontre, en tant qu'elle est la consécration de l'expression et du développement d'un lien nécessaire entre le média et le récepteur.  Pas d'habitation, en tant qu'il s'agit de l'intensité de contact nécessaire entre un média et un récepteur permettant l'adhésion à un contenu. Et, découlant des deux premières privations, nul contenu non plus considérant qu'il s'agit d'une zone d'appropriation exclusive et prolongée qui, au gré d'une temporalité, produit un ensemble de signes et de sens intégré à un récepteur dans l'aboutissement d'une capitalisation faite cohérence.  (c'est la reconnaissance et la possibilité de négociation du récepteur avec des idées et des pensées.)
                
          Pourtant, l'homme qui fait la démonstration des raisons d'un constat désespéré, celui qui écrit ces lignes, est enthousiaste quand un ami lui a proposé la continuation de leur cinéphilie par l'exposition de discours à propos de cinéma sur la toile internet. Et je le suis toujours, plus que jamais.   Tenant compte des contraintes issues de la nature et du fonctionnement qui lui est consécutif et subséquent d'Internet, deux solutions : refuser  de participer au monde, sous prétexte que celui-ci ne proposerait qu'une existence à faible intensité, à faible rayonnement. Accepter de faire partie du flot quitte à s'y absorber, dans le but d'aboutir à une satisfaction corruptrice, et consolatrice d'un manque de possibilité d'expression dans les sphères non virtuelles de la vie sociale. L'une implique le retrait, le respect de l'indépendance inaliénable d'une position politique et la recherche d'une expression alternative dont la radicalité contradictrice du contenu chercherait à se faire correspondre une forme d'expression elle-même en dehors des systèmes préétablis et connus. C'est la voie de la recherche et de l'expérimentation de ce qui n'existe pas encore, la voie de l'idéalisme minoritaire. Voie que nous saluons et à laquelle chacun d'entre nous doit participer, d'une manière ou d'une autre, par notre imagination quotidienne. L'autre implique l'acceptation de la moindre expression dans son insuffisance fondamentale, mais parce qu'elle constitue encore une expression. C'est la voie de la survie d'une existence dans le monde de l'échange, de la création et de la communication. C'est la voie que nous empruntons aujourd'hui. Elle n'est pas faite de désespoir. Elle mêle au contraire espoir et croyance. 
         Espoir plutôt que désespoir, car la critique du monde n'est justement pesée et prodiguée que si elle s'assoit sur un amour du monde ; celui-ci n'est pas accessoire, intermittent. Il ne souffre pas du relativisme brutal des contingentements du monde, de la société. Il est illusoire à croire à l'idéal selon lequel la modification avantageuse du monde passerait par une non-participation à l'intérieur du monde. L'existence pleine, c'est-à-dire, en position critique, dans le monde, ne peut se faire que dans l'ici et le maintenant. Or, même si Le média- monde  Internet reproduit des modalités d'existence de ces deux termes à sa manière, en leur tordant le cou et en en livrant une interprétation dilatoire, il constitue encore, dans son existence sociale majoritaire, l'ici et le maintenant. En quoi l'ici d'Internet est galvaudé ? En ce qu'ici est désormais, avec Internet, égal à son contraire, c'est-à-dire là-bas, partout. Et ce partout est lui-même une omniprésence mensongère, présomptueuse et encornée dans son ambition. Je m'explique. Le partout, c'est le risque de s'imposer à tous, de la même manière. Un même code, une même langue pour une diversité plurielle et chevauchante.  Internet promulgue le diktat de la communication homogène et simultanée à l'échelle du monde. Comment un contenu spécifique peut dans ses conditions prétendre encore créer le décalage de l'hétérogénéité et créer le loisir de l'étendue, de la médiation temporelle. Impossible de tempérer dans un monde guidé par la pulsion, l'instantanéité aveugle. En effet, nous passons énormément de temps chaque jour sur Internet, ou plutôt, c'est Internet qui occupe notre temps. Mais le temps consacré à un contenu Internet est lui, très faible, tant en qualité qu'en quantité.
           Curieux paradoxe n'est-ce pas ? Telle est pourtant la situation dramatique dans laquelle nous nous trouvons. Internet, c'est le règne de l'échappatoire, de la fuite. C'est le lux de la submersion d'une richesse quantitative, dans laquelle tout à chacun rentre dedans, tête baissée. Internet, c'est, dans le même ordre d'idée, l'illusion du tout à portée de doigt, en même temps. De quoi satisfaire la sauvagerie cannibale de l'honnête capitaliste capricieux et gâté. Avoir la honteuse audace de lui donner la satisfaction, le plaisir, sans le contenu duquel il pourrait le mériter, ou lui donner cette satisfaction, sans que s'ensuive aucun acquis (cognitif, spirituel, citoyen) particulier. L'Internet est pour le verbe ce qu'a été la télévision pour l'image : une zone d'oubli. A considérer que des gens, véritablement, lisent des choses sur Internet, car, soyons clair, on ne lit rien sur Internet (hormis une minorité, que j'excepte naturellement de mon propos, ceux qui, ponctuellement, vont sur Internet dans le but précis de trouver un contenu dont la forme a peu de choses avoir avec le média), l'appel de l'a-coté, de la satiété du moins que moins ailleurs est d'une telle force, que la lecture se décentre, se déconcentre, et disparaît. Internet, c'est le feuilletage permanent, à part que quand on feuillette un magazine, on est conscient de la légèreté de sa pratique, ce qui n'est pas le cas avec Internet, qui promulgue ce mode d'usage comme l'adéquat. Profusion et désacralisation de l'écrit = oubli du possible sens porté par cet écrit. Sur Internet, on ne lit pas un texte, concept qui évoque une certaine structure, une certaine longueur, une certaine ambition aussi, peut-être, on attrape des fragments saisis dans la sensibilité électrique d'un flash et dessaisis aussi secs. L'empoignement est le fait d'une main molle, qui navigue à vue, et qui, conforté dans sa paresse oisive, ne tient absolument pas à se raffermir, sur de sa légitimité à pratiquer ainsi. En découle une autre caractéristique de la réceptivité d'Internet, que tient lieu l'attitude de l'internaute quotidien, que je qualifiais plus haut de gâté et de capricieux. Alors que, devant un livre, on se sent dépositaire, citoyen responsable de la lecture qu'on est en train de faire, devant un contenu Internet, on se sent maître en position de jugement, plus encore, de réprimande, de contestation puérile et sauvage, expresse. Internet est une matière qu'on perçoit comme indigne et malléable à souhait et dont on ne respecte pas l'instance émettrice. L'internaute est face à son écran comme face à un puzzle ou à un jeu de domino : il croit pouvoir exiger de tout chambouler à tout moment.  
               Comment, en conséquence, une matière scripturale pourrait parvenir à composer l'esprit et la réceptivité d'un récepteur de ce récepteur si le désir et l'action de celui-ci devant le média est la décomposition et la recomposition permanente. L'internaute perçoit plus qu'un autre récepteur la forme Internet comme une patte à modeler qui lui doit quelque chose, maintenant, et sans contrepartie. Internet rend visible sa forme auprès du récepteur de sorte que, en conscience, s'agissant du lecteur, c'est la chose qui importe le plus. Elle l'emporte sur tout le reste. Le contenu n'est qu'un trait qui remplit un réceptacle doré, et le contenu porté par cet ensemble de trait est considéré comme accessoire. Le récepteur a d'énormes exigences par rapport à cette forme qu'il ne perçoit pas comme support instrumentaliste mais comme valant pour elle-même. Ces exigences ne vont pas dans le sens de l'originalité, du désir d'exotisme et du changement. Le plus souvent, et c'est là la férocité de cette idéologie sourde et suintante, l'exigence a comme source un soit- disant souci de lisibilité. Un internaute parle sans cesse de lisibilité, jamais de lecture ou de chose lu. Il est viscéralement, scrupuleusement, jusqu'à l'obsession, attaché à la lisibilité, mais comme point d'aboutissement du média, qui de toute façon, ne sert ni à lire, et encore moins à réfléchir, ces deux dernières actions supposant la durée, le prendre son temps, valeurs qui  n'existent pas pour l'internaute, qui réclame de l'efficacité, de l'immédiateté, l'ici et le maintenant artificiel. Quelle lisibilité : celle, conformiste, que réunit le code, l'intelligence secrète et muette de la terrible communauté des internautes. Etre internaute, ou Webmaster, c'est connaître des règles communautaires qui valent pouvoir, tyrannie et possibilité d'exclusion expresse de ceux qui ne les détiennent pas. Internet étant une vaste zone de comparabilité et d'égalisation massive, le critère de lisibilité retenu pour le nouveau venu sera celui de l'autre comme model supérieur, dont on est fier de se faire le continuateur, l'imitateur, l'héritier. C'est celui qui vient avant qui fait loi et qui constitue le modèle à suivre impérativement, et ce dans un aveuglément total. Cette fameuse exigence de l'idéologie ne repose en fait que sur un comportement moutonnier d'asservissement à la norme de masse. Pour l'internaute, il sera absolument impensable de lire un texte si celui-ci n'apparaît pas visuellement enrubanné des quelques détails qui signent le droit, la possibilité à être lu. (tel justification, tel alignement, tel mot coloré en bleu, tel autre souligné). Ainsi, l'œil internaute est un œil vampirique et obsédé de détails qui, en fonction de leur présence, irriteront cet œil abominable et servile, ou, à l'inverse, calmeront (un temps seulement) cette pathologie avilissante. La sagesse cérébrale de l'internaute en prend un sérieux coup et crame comme du chewing- gum foutu au feu si les signes médicamenteux, si les calmants visuels n'apparaissent pas au malade dont le regard est incurablement entaché de ses réflexes névrotiques.  La lisibilité n'est plus le conduit facilitant la plongée et l'adhésion à un contenu dont l'importance est prééminente. C'est la scabreuse barrière qui empêche la sensibilité épileptique et éruptive  de l'œil éduqué  d'accéder à l'intelligence discrète et insouciante.
             Aussi, comment proposer un espace ou l'intervention est strictement d'ordre intellectuelle sur un média dont le fonctionnement mise sur un interventionnisme à toute épreuve. Le risque de la réflexion, de l'écriture déployée dans sa mesure pensive, c'est la constitution de la page, de la surface Internet comme rouleau, comme page continuum qui pacifie le rapport d'usage de l'internaute à internet. Ce qui, dans un livre, apparaissait comme le destin, les conséquences d'une propriété naturelle du média, apparaît ici comme bizarrerie, anomalie devant, comme telle, être condamné, et aboli. Ce qui donnait l'occasion d'un doux dépliage respiratoire (celui provoqué par le fait de tourner les pages d'un livre, une à une), devient l'encombrement d'un torrent numérique souffrant d'obésité et de catatonie apoplectique.  
              Ce rapport à Internet, normalement, fonctionne sur tout autre chose que la pacification : la nervosité du cliquage, l'emboîtement et l'enchaînement rapide. Il faut sans cesse, fermer pour ouvrir à nouveau, désengorger l'espace pour le noyer encore, dans une alternance d'évidement et d'aplanissement suffocante.   L'œil, à la suite du doigt, est tactile, mais pas au sens d'une caresse langoureuse et léchée qui permet la volupté et la durée pleine de la connaissance érotique par le toucher. Plutôt au sens du sensitif itératif et de l'excitant empressé et fragmentaire, qu'appelle le besoin d'une compulsion gourmande qui recrache tout ce qu'elle avale. Si ça passe la trachée, c'est le risque d'une transformation du corps, de l'organisme en tant qu'entité fondamentale et régulatrice.  C'est la mise en cause de soi comme somme impersonnelle qui se protège de la déviation personnelle et individuelle. En résumé, c'est le risque de la modification de soi. Alors, il faut que cela reste, dans une rétention qui facile la régurgitation. Le contenu Internet ne meurt pas absorbé ni ne produit d'ingestion salvatrice, pour la raison que l'internaute prend un soin tout particulier à ne rien avaler , faisant de lui un anorexique notoire, qui ne connaît que la boulimie buccale et le crachat intempestif. La rigueur, la froide tenue esthétique est pour ce que l'écran propose, dans son graphisme. Le dérangement plein de suspicion et d'implication rentrée est pour le récepteur. L'internaute, dans sa relation au média, ramasse en lui-même générosité dispendieuse et futile et constipation du liant nourrissant.
      
           Le filtre de cette auto- mise à distance du récepteur vis-à-vis du contenu est la technique, sacro-sainte médiation entre l'intéressement intègre et non floué à un contenu et  les lignes barbelées qui endossent la focalisation de l'esprit, dans une substitution distrayante et affairante. Du travail pour l'esprit et les sens, sans l'aspect nourricier en retour. L'épuisement au travail, sans le bénéfice en contrepartie. La technique est ce qui scintille, devant l'œil hagard avant de glisser entre les doigts. La technique attire et happe vers l'inessentiel, le superflu, le creuset vide. Elle accapare notre temps, dans une respiration bloquée, étouffée, mise à mal par la saturation de moyens et de ressources qui se livrent en masse. Si la technique possède de plus en plus une emprise et une amplitude d'existence qui fait qu'elle gouverne les choses qui existent par elle, et gouvernent le lien que nous entretenons avec ces choses, c'est encore davantage le cas sur Internet. En effet, le potentiel de détournement et d'accaparement de la technique de l'attention du récepteur à son endroit augmente en fonction de la dépendance de cette chose ainsi que de notre relation avec elle à la technique. Or, force est de constater que de par ses conditions d'utilisation, Internet est un média à forte technicité instrumentale. Nous allumons, réglons le son et la qualité d'image de notre téléviseur. Mais les deux instances (le récepteur et le média), en l'occurrence, effectuent leur rôle dans une relative autonomie et dans une passivité générale de non-intervention réciproque qui faisait la force de contrôle de ce média : l'occupation par une instance émettrice très active sans l'appel à l'effort, sans le recours à l'habileté du récepteur humain. La grande satisfaction ressentie par le récepteur provenant en grande partie de ce lux de la passivité, de sa connexion avec un laisser-aller qui vaut fonctionnement plein et régulier, dans une suffisance autonome qui se régule d'elle-même.   L'aliénation du récepteur par la technique valait sur la perfection mécanique de cette technique, qui n'avait pas besoin du récepteur, ou, en tous cas, ne lui faisait pas ressentir un rôle actif. La télévision, à sa création, c'était l'ère du lux de la non participation. Aujourd'hui, on revient à un besoin d'engagement, d'intervention. Le média, pour entrer dans une ligne de résonance avec le temps dans lequel et par lequel il existe, doit donner l'illusion d'une égalité agissante du récepteur avec lui. Le sentiment de domination sur lequel repose en partie le rapport au média passe par la technique. Celle-ci s'étant fortement complexifié au sophistiqué durant tout le vingtième siècle, jusqu'à créer une mysticité du rationnel, comble du scientisme, pour que la technique se rapproche du récepteur, il a fallu non plus qu'elle s'impose, s'offre simplement à lui, mais également qu'en retour, le récepteur ait le sentiment d'en avoir une certaine maîtrise, lui conférant un pouvoir décisionnaire.
            Car les étapes de sophistication technique successives se sont accompagnés d'une peur d'une technique accumulant une intelligence telle qu'elle finirait par devenir consciente et submerger l'humain dans un rapport de force renversé. Ce sont notamment les systèmes de représentation fictionnels, les romans, les films, qui se sont fait le relais de cette crainte. Internet est la solution d'une  dé- mystification de l'appréhension de la complexité technique du média, nécessaire à l'apaisement d'une crainte pour que s'accélère encore un peu plus l'élan fédérateur du média avec le social, avec l'être humain. Ainsi, tandis qu'il est le plus complexe des systèmes d'exploitations, Internet, par l'usage à proximité, de type interventionniste, qu'il promeut à son endroit par celui qui s'en sert, parait plus simple, moins obscur, à porter de main. Ce n'est plus une technique qui s'impose, mais dont l'état de perfection est tel qu'elle se fait véhiculer par l'usager, de telle sorte qu'elle semble répartir le pouvoir entre le machinique, le système abstrait, et le récepteur, son action à taille humaine, dans sa concrétion. Ainsi, le récepteur n'est plus angoissé à propos de sa non- compréhension fondamentale du fonctionnement intrinsèque d'Internet, dans ses entrailles élémentaires (qui est pourtant toujours de mise), puisqu'il a loisir de saisir concrètement, par son action, dans une compréhension, non intellectuelle, mais pratique et intuitive, dans un apprentissage sauvage et réglé à la fois, la part de la technique qui lui est dévolu, qui est le centre de son action. La technique se déleste du mystère né de la mathématique complexe de son fonctionnement global en attribuant une maitrise technique localisée et réduite à l'échelle du  récepteur. En tant qu'objet domestique, le média n'est plus simplement un objet proche qu'on sait mettre en marche et éteindre, et qui, dans le temps intermédiaire, celui de l'utilisation, agit seul, sans notre concours. L'ensemble, la réciprocité active qui fait la proximité s'échelonne à tous les étages. Internet donne l'illusion de l'impossibilité de la domination de la machine sur l'homme du fait que pour une part sensible, c'est l'humain qui se sert de la machine. Exerçant sa liberté, il ne peut donc rien lui arriver qu'il n'ait pas décidé. En fait, l'on sait que le pouvoir de contrôle d'Internet repose sur sa permissivité. Comme pour tous les dispositifs nés du système capitaliste, c'est la liberté qui affecte le contrôle. Le « don » d'intervention donné à seul but, en retour, de satisfaire le besoin de la machine, et du système sociétal qui en profite derrière lui, qu'on se serve de lui. La télévision fonctionne sur le flux, d'images, sur un continuum incessant de mouvement qui impose sa vitesse au récepteur. Pour faire accepter au récepteur sa non –participation, il nécessitait le concours d'une violence dans l'émission de l'information, directe, dès le phénomène d'émission lui-même , qui prenait la forme d'un flux de son continu, d'un flux d'images continu, ces images étant en mouvement, et d'un montage continuum et organisé pour et à la place du spectateur. Internet, c'est au contraire l'attestation médiatique d'une accalmie, d'un calme post-moderne. Un programme, une chaîne de montage est disposé, et c'est au récepteur de provoquer le mouvement, la vitesse, et l'accélération de l'information. Le désir, le plaisir du récepteur provenant du sentiment de liberté dans la grandeur infini du monde qu'il lui est offert. Le récepteur est un explorateur. Internet, c'est le mythe du voyage à très grande échelle, sans les contraintes nécessitées par le déplacement physique.  Internet, aussi, c'est l'idée d'une recherche nécessairement fructueuse ou les contraintes intermédiaires propre à toute recherche sont abolies. Ce qu'on cherche est forcément là, se trouve nécessairement, dans le flot d'information de la toile. Et cette recherche est de manière incontestable une recherche- découverte car tous les appareillages de guidage et d'orientation sont compris dans le dispositif, de sorte qu'avec Internet, né la passion d'une perte organisée. C'est un labyrinthe  dont on a retiré les impasses et les culs de sac, dont on a réajustés les lacets et rectifiés les cheminements hasardeux. D'où le fait que le récepteur ressente cette passion de la difficulté dont on vient à bout aussitôt, dans une aisance ludique et rigoureuse. Le jeu et la soif en sont les attributs.
     
               Du point de vue de l'usager, l'accès à Internet permet le dosage, l'accélération, le ralentissement, le reprise, et la relance. Appareil à vitesse variable, adéquat à la variation d'intensité des forces, humeurs et désirs humains. Internet est une cuisine dont toutes les recettes, non seulement existent, mais qui plus est, sont connus de la part du récepteur et réalisables par lui, sans talent particulier. Un dynamisme se crée, une proximité nouvelle du récepteur avec l'information. Celui-ci vient non seulement pour prélever de l'information, non la recevoir, dans le flux qui s'impose, mais dans un choix et une sélection personnelle, qui (le croit- il), n'appartient qu'à lui), mais aussi pour en apporter. Le média appelle la familiarité et l'amitié du récepteur en valorisant l'échange. L'outil fait miroiter qu'il est aussi intéressé par l'information que lui apportera le récepteur que ce dernier l'est de l'information qu'il vient pécher sur la toile. Cela aboutit à une dé- mystification de l'information émise, qui n'est plus sur un piédestal inaccessible, ne m'est plus supérieur, puisque ce que je peux lui apporter en retour, cohabitera avec et aura, semble t-il, la même valeur légitime de lecture. Dès lors, une des sources de la profusion d'information est leur caractère d'échangeabilité, leur pénétration réciproque et plurielle, dans la désorientation d'une source légitime (en considération de la recherche de la qualité d'un contenu). Ce média- marché aboutit à une distribution d'informations qui périclite dans leur mise à disposition, jusqu'à aboutir à leur dévalorisation relative. Comment accorder de l'importance à telle information plus qu'à telle autre, étant donnée que son existence s'est risquée à la légèreté fluctuante de la source émettrice.
       
                Continuons au pas de course, toujours dans l'invraisemblable illusion de percer le média. Nous suscitions plus haut une mise en cause du rapport d'Internet à l'immédiateté. Qu'en est il ? Le maintenant d'Internet est une immédiateté flottante et volatile, qui se dit immédiate sur l'échelle temporelle, du seul fait qu'elle n'avoue pas son appartenance à la ligne temporelle classique, et à son étendue définissable et reconnaissable. Les pages d'Internet ont une temporalité irrémédiablement coincé entre une durée froide, qui ne laisse pas trace du passage du temps, par un dépérissement, une dégradation qui daterait la matière, et un sur- présent, ou présentification permanente, qui n'avoue pas son appartenance à un passé déterminé. Cette expressivité minimale, rentrée, d'Internet, de son existence temporelle, fruit des effets de la numérisation, provoque une identification, un positionnement étrange et vacillant des contenus qui y résident, car ceux- cis semblent exister dans un entre-deux indécidable, en apesanteur et sans ancrage déterminé. Un texte non daté (je ne parle pas de la date codée par le social « ex : 10 Juillet 2007 », mais d'une temporalisation issue de la matière, de la forme qui supporte le contenu. Toujours est il que cette obscurité crée une suspicion supplémentaire à l'égard du contenu issue d'Internet. Une circonspection distanciere qui tient le contenu en respect, invalidant l'évidence de l'adhésion, de l'embrassement, de la rencontre et de l'habitation du contenu par un possible lectorat.
        
                Précipitons nous de conclure dans la foulée, en invitant à un prochain texte. Nous disions plus tôt que notre passage sur Internet serait l'occasion d'un espoir plus que d'une angoisse, d'un enthousiasme plus que d'une hantise suscitant le retrait. Ce sera l'objet de la prochaine intervention de NOTRE CINEMA dans le Journal du site, ou nous prendrons soin d'évoquer quelques questions relatives au site à proprement parler, de sa création, de sa ligne et de ses ambitions.

                      Thomas Clolus

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