• La France - Serge Bozon

    Réalisateur : Serge Bozon

    Durée : 1h42

    Année : 2007 <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>

    Acteurs : Sylvie Testud (Camille), Pascal Greggory (Le lieutenant), Guillaume Depardieu (François), Jean-Christophe Bouvet (Elias), Guillaume Verdier (le cadet), François Négret (Jacques), Laurent Talon (Antoine), Pierre Léon (Alfred), Benjamin Esdraffo (Pierre), Didier Brice (Jean)

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    Synopsis : Camille est une jeune femme qui attend son mari qui est parti se battre au front. Il lui écrit autant de fois que possible. Un jour, Camille reçoit une lettre de lui qui lui dit qu'il ne veut qu'elle lui écrive et qu'il ne veut plus entendre parlait d'elle. Suite à ce courrier, Camille décide d'aller le rejoindre peut importe ou il se trouve. Pour passer inaperçu, elle décide de se couper les cheveux. C'est ainsi que sur son chemin, elle va croiser une patrouille de soldats. Il s'avèrera que ces soldats ont déserté et qu'ils ont décidés de rejoindre la Hollande. Camille décide tout de même de rester à leurs côtés, bien décidé à retrouver son mari coûte que coûte.

    <o:p> </o:p>De la pluralité à l'unité, du masculin au féminin
     

    L'univers de la guerre est constitué, la plupart du temps, de personnages masculins. L'Histoire ne conte point les aventures de femmes ayant accomplis telle opération. Il y a eu bien entendu des femmes résistantes lors de la seconde guerre mondiale, mais il n'y a aucun élément de l'Histoire qui relate les aventures d'une femme au sein d'un peloton. Dans le film de Serge Bozon, ce n'est pas tout à fait une femme qui évolue au sein du peloton du moins aux yeux des soldats qui composent la patrouille. En effet, le spectateur est le seul, dès le début du film, à savoir que Camille est une femme. Donc, pour le spectateur, ce personnage est une femme évoluant dans un univers masculin. Or, pour les soldats, Camille est un garçon comme les autres. Jusqu'au moment ou les soldats découvrent que Camille est une femme, nous avons donc deux points de vues vis-à-vis du personnage : un point de vue masculin et un point de vue féminin.

    Pour intégrer la troupe, le travestissement est nécéssaire. En effet, une transformation du corps de Camille est inéluctable au fait de pouvoir intégrer un univers masculin. Sans cette option, Camille n'aurait jamais pu rejoindre son mari. Pour mener à bien la recherche de son mari, il était nécéssaire pour le personnage féminin d'incorporer un univers qui est proche de celui de son mari. Comme Camille le souligne aux soldats : « En étant avec vous, c'est comme si j'étais avec lui ». Pour retrouver son mari, il est nécéssaire que le personnage évolue dans un autre univers que le sien, un univers entièrement masculin.

    Au début du film, Camille est une jeune femme qui vit seule, elle est erre donc seule au sein de la diégèse. En intégrant la patrouille de soldat, Camille passe de l'unité à la pluralité. Elle fait partie d'une confrérie, d'un microcosme, elle n'existe donc plus seule au sein de cet univers. La rencontre avec son mari, s'inscrit dans le film comme un « Deus Ex Machina ». En effet, François apparaît au détour d'un sentier alors qu'en fait ce personnage n'a été aucunement mentionné pendant tout l'épisode ou Camille était avec la troupe. Cet élément scénaristique était nécéssaire, car Serge Bozon l'a souligné lors d'un débat : « Si elle recherche son mari, il se devait qu'il y est une trace de ce dernier à la fin du film. Il aurait pu très bien être mort, j'ai choisi qu'elle le retrouve. La boucle est bouclée ». La séquence ou Camille retrouve François est le passage de relais entre la pluralité et l'unité. Certes, à la fin du film il reste deux personnages au sein de la diégèse. Comment Camille peut-elle être considérée comme unité alors que plusieurs personnages composent le plan ? Lorsque Camille fait l'amour avec François, nous avons ici la première fusion qui s'opère entre les deux personnages. La fusion des deux corps pendant l'acte ne forme plus qu'un. Il y a un premier stade de fusion à travers l'acte sexuelle entre Camille et son mari. La seconde phase de la fusion a lieu lorsque le mari de Camille regarde les étoiles et cite trois noms de la troupe de soldats. Puisque, comme nous l'avons dit, François, après avoir fait l'amour avec sa femme, inclut au fond de son être une partie de Camille. C'est donc autant elle que François qui regarde les étoiles. Cette dernière séquence du film est la seconde phase de la fusion entre Camille et la troupe.

    Camille est un personnage qui arrive à englober tout l'univers autour d'elle. Les soldats, la guerre, les hommes sont comme en orbite autour de ce personnage.

    Le spectre Bressonien perçant la diégèse   

    Quand nous regardons pour la première le film de Bozon, nous ne pouvons nous empêcher de comparer son œuvre à certains du cinéma cher à Bresson. En effet, du point de vue du jeu des acteurs, nous remarquons la marque de fabrique Bressonienne avec ces modèles qui existe plus en tant que corps que personnage à part entière. Il faut tout de même souligner que les personnages passent la majeure partie de leurs temps à errer à travers différents paysages. Lors de ces moments d'errances, ils sont réduits à l'état de corps errant purement et simplement au sein de la diégèse. Le rapport entre les acteurs et la matière filmique fait naître le spectre Bressonien et le fait ainsi évoluer tout au long du film. Le fait que Bozon est également choisit des acteurs non professionnels rapproche son approche de l'acteur de celle de Bresson. Ce dernier cherchait chez ces acteurs, n'ayant aucune expérience du cinéma, une pureté de jeu, comme un territoire inviolé par l'outil cinématographique. Un corps dont une partie de ce dernier n'aurait pas été capturé, condamné par la caméra qui aurait capté ses mouvements pour ensuite les inscrire à jamais sur un autre support qu'est la pellicule. Bozon avait besoin d'employer des acteurs non professionnels, des modèles vierges de toute expérience pour avoir justement une vision du cinéma différente par rapport à des acteurs ayant déjà fait l'expérience du cinématographe.

    Un ailleurs inaccessible comme but existentiel 

    Vers le milieu du film, nous apprenons que la troupe a déserté et qu'elle n'est pas en mission. Le lieutenant confie à Camille qu'ils ont laissé derrière eux un jeune homme qui était étudiant en histoire et qu'il leur parlait sans arrêt de l'Atlantide. Au fur et à mesure que la guerre s'emparait de lui, le jeune étudiant ne parlait plus de cette cité légendaire. Pour lui, cette cité était la métaphore d'un ailleurs plus propice que l'univers de la guerre. Cet enjeu dramatique va devenir le cheval de bataille de la troupe qui a abandonné ce jeu étudiant. Ils vont sans cesse y faire référence tout au long du film et cette citée est en fait la métaphore des landes hollandaises qu'ils veulent rejoindre. Cependant nous apprenons à la fin du film, via un simple carton, que le lieutenant et ses hommes n'ont jamais réussi à atteindre la Hollande. Cet élément scénaristique est logique puisque les hommes veulent rejoindre une contrée qui est caractérisée par l'Atlantide, une citée marine légendaire. L'univers que veulent rejoindre les personnages est un univers inaccessible pour le commun des mortels. En tant que corps, il leur est impossible de pénétrer cet univers qui est au-delà de la conscience humaine. Il n'y a qu'en faisant passer le corps de l'état de vie à l'état de mort que les personnages ont l'opportunité t'atteindre cette cité légendaire. Par ailleurs, la séquence ou les soldats ont enterré le cadet est significatif de cela. Le lieutenant parle et dit : « Tu peux rejoindre l'Atlantide désormais ». Donc, le dernier carton du film n'est à prendre comme un tour de passe-passe scénaristique de la part de Bozon. Au contraire avec ce dernier, il donne une vision spirituelle à la fin de son film. Le fait que les soldats n'aient jamais pu atteindre la Hollande sous-entend qu'ils sont morts et donc qu'ils ont pu atteindre l'Atlantide.

    Les interstices musicaux qui composent le film inculque certes, une part d'imaginaire au film mais confère à cette troupe un moyen d'évasion que celui de la guerre comme une sorte d'avant-goût de ce qui va les attendre. Via la musique, ils arrivent à atteindre un univers autre que celui de la guerre comme un avant-goût d'une victoire spirituelle.

     

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         Anthony Boscher


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