• L' Heure Zéro - Pascal Thomas

     

       Le pitch ainsi que quelques réactions entendues çà et là donnaient envie de se risquer à aller voir ce film, moins éclairé par le flot des projecteurs du martèlement médiatique que le dernier Woody Allen, pour prendre un exemple dont j'ai signalé plus haut la bien relative réussite.
    Et contrairement à ce qui s'est passé pour les deux « monuments » attendus, celui de  pourtant bien-aimé Allen donc et dans une moindre mesure celui de Cronenberg, Pascal Thomas m'a très agréablement surpris.
    Je n'ai pas vu ses précédents films, peut-être « La dilettante », mais rien n'est moins sûr.
    Quel doux parfum que celui exhalé par ce petit « divertissement » policier (pardon à l'auteur qui ne recherchait pas forcément cet effet) !
    Je n'ai jamais réussi à me remettre de la nullité crasse de la bande annonce du « Grand appartement » que je n'ai donc pas pu aller voir... Laetitia Casta me semblait mauvaise à un point qui ne méritait pas que j'y perde temps et argent.
    La pâte d'Agatha Christie est évidemment bien présente ici, mais il me semble que P. Thomas sait en tirer un sympathique polar « français ».
    En dehors de quelques traits un peu forcés (la nouvelle épouse « too much », le jeune mari inconstant et frappadingue, même si lui s'en tire mieux au point de vue de la crédibilité) le film, sympathique, est de plus habilement réalisé.
    L'emmêlement des pistes est finement maintenu jusqu'aux dernières secondes (et même une fois sorti de la salle...) et Morel campe un enquêteur tout à fait sympathique, rusé sous des airs de « camping », comme le décrit l'épouse insuportable, mais peut-être pas aussi perspicace que cela...
    Je ne me lancerai certes pas ici dans l'analyse de ce qui ressortirait davantage des qualités intrinsèques d'A. Christie ou de l'adaptation, mais le fait est que, ne connaissant pas le roman originel, j'ai vraiment « accroché » à la version filmique.
    Je classerai ce film légèrement en deçà de l'excellent « Mystère de la chambre jaune » qui m'avait à plusieurs reprises émerveillé, mais je le place toutefois sans hésitation au-dessus du dernier Allen. Pour ceux qui ne l'auraient toujours pas compris malgré la finesse « gros sel » de mes allusions, j'ai beaucoup aimé ce film !
    Les personnages me semblent bien plus intéressants, consistants, que ceux de Woody Allen, en-dehors de Laura Smet qui m'a particulièrement insupporté et de quelques faiblesses dans le personnage interprété par M. Poupaud.
    Tous ou presque semblent rivaliser pour accéder au panthéon des névrosés potentiellement meurtrier, ce qui est bienvenu dans une affaire criminelle.
    Chiara Mastroiani est mystérieuse et angoissante à souhait, D. Darrieux campe une « vieille peau » de première classe, bref, peu de « déchets ».
    Les domestiques m'ont fait penser à ceux du « Gosford park », ils sont parfois caricaturaux mais drôles.
    Quelques éléments élèvent en plus ce film au-dessus du polar de base, quelques légers mais, me semble-t-il, intelligents « détails » y contribuent :
    • le témoin clé et bidon à la fois qui sauvera la meurtrière et qui permettra à Bataille de démasquer le « coupable » est sauvé de son suicide par un jeune couple amoureux, romantiquement alangui sur les falaises herbeuses de la Bretagne fort belle.
    • Après son séjour à l'hôpital qui nous vaut une scène « médiumique » qui pouvait laisser craindre le pire quant à la suite, même si pour moi le charme opérait déjà,  il disparaît pendant quasiment tout le film. Il ne réapparaît que quelques minutes avant la fin et encore de manière très fugace, lisant le journal sur internet dans l'hôtel du premier assassiné (Trevor le cardiaque).
    • L'indice de taille donné par Trevor lors de son ultime souper (un détail physique) dévoile plusieurs suspects potentiels : faut-il tenir compte des petits doigts, des mèches de cheveux blanches de naissance ?
    • Bataille a la révélation de l'innocence d'Aude Neuville lorsqu'un geste de cette dernière lui rappelle celui de sa fille qui s'était accusée d'une petite série de chapardages qu'elle n'avait pas commis (quoiqu'on se demande finalement si elle en était bien innocente) dans son établissement scolaire catholique parisien,
    • Le témoin clé-bidon « a » la solution alors qu'il n'a en fait quasiment rien vu et qu'il a peut-être bien confondu un nageur et une nageuse...
     
    Agréable surprise du dimanche soir donc, et même si la journée qui est déjà commencée s'annonce difficile je serais près à renouveler l'expérience...

    Nulles craintes donc (enfin tant que notre cinéma sera aidé...) les réalisateurs français peuvent encore nous apporter de biens belles surprises, mais qui en douterait ?

     

       000O

     

             André-Pierre Lacotte

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