• Joe Strummer : The Future Is Unwritten - Julien Temple

     

         Soyons clair: la seule bonne idée du film qui justifie cette proposition de mise en cinéma de la musique de Joe Strummer ne tient qu'à une idée esthétique, aussi voyante que limitée d'un point de vue créatif : l'esthétique de l'image sale. Ce film est en effet composé par des images d'archives, plus ou moins connus, portant sur la vie de Joe Strummer, son évolution dans le monde de la culture musicale. Images apparentés ordinairement à la télévision, à son mode de diffusion de masse et à sa proximité. Le film est le foyer d'un passage forcé et contre- nature de la petite échelle à la grande échelle que ne justifie rien. Objet informatif conséquent et chargé. Images d'archives entassés et cumulés, témoignages familiers et élogieux. Joe Strummer n'en sort pas grandi pour autant. Le seul ajout de cette transplantation immature est ce produit d'une image qui conserve et transpose ses propriétés télévisuelles (gros grain et modestie de l'éclat) à même la grande image de l'écran de cinéma. En résulte l'exposition de l'imagerie fidèle à la tradition du punk- rock : le sale et le défait. Pas plus de poésie punk pour autant dans cet objet monté et construit de façon académique où se distribue dans une densité et une rythmique convenu et régulière informations héroïques et journalisme anecdotique sur le chanteur des Clashs. Contrairement à ce que l'on était en droit d'attendre, d'espérer, à l'occasion de la mise en scène d'une des plus grandes figures du Punk, le film ne s'offre aucun glissement, aucun accroc dans sa mise en scène.  Linéarité et dosage de l'information sont la règle. Seules (maigres) satisfactions du film : entendre certains morceaux mythiques, sauvages et frondeurs en « son cinéma ». En savoir plus sur l'ami Joe. On est d'accord que ni l'une, ni l'autre de ces raisons ne suffie à convier quelqu'un d'aller au cinéma.

       Le seul plan intéressant du film, peut- être, se situe dès le début : gros plan en noir et blanc du visage de Joe Strummer, le casque sur les oreilles, dans la cabine d'enregistrement. Seule la voix du chanteur s'élève d'abord, restant pendant un temps abstrait de toute musique. Moment d'émotion, pour les fans, et plus généralement, pour l'ensemble des spectateurs. Par le tutoiement obèse et direct de l'image cinématographique, par l'exclusivité du son vocal,  se révèle la magnifique tendance déglinguée et criarde du chant rebelle de Joe Strummer, avant que l'émotion ne soit comble lorsque la musique se marie à la voix. Mise en appétit. Retournez à vos CD !

    OOOO

    Thomas Clolus


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