• Jeanne Dielman - Chantal Akerman (1975)

     

       Un des principes du vertige inspiré par le chef d'oeuvre de Chantal Akerman me semble être dans le fait de condenser en un visage des entités apparement antagonistes l'une de l'autre: pour le prouver, laissons nous aller au plaisir de l'énumération: C'est le monumental avec le minuscule, le quotidien avec l'unicité et l'exclusivité héroîque, la tension avec le relachement, le dérisoire avec l'extrême rigueur. Ce film nous apprend surtout que la domesticité et la plénitude d'acion qu'elle recouvre est fortement lié avec la mise en scène et l'esthétique, mais encore, plus précisémnt, avec un type d' esthétique en particulier: celui de l'hyper- composition obssessionelle et maniaque, ou le dessin du plan à la recherche de la perfection n'existe pas. Il ne cesse de se rechercher, au coeur même de ce que l'on croit être la perfection déjà atteinte. Il s'agit de repasser et de repasser encore, jusqu'à ce que le lissage de la surface de l'image fasse pourrir le plan de l'intérieur, alors que le travail aveugle et aliéné de la recherche d'une perfection à parfaire est encore en cours. A la fin du film, nous vient cette idée: que le film d' Akerman accomplit tout simplement un des principes du cinéma dit d' action: ne pas avouer que l'image visible puisse avoir vocation à provoquer le relachement, le retrait ou le repos de l'attention du spectateur. Au centre du plan, il n'y a que l'action dans son inexorable et étouffante continuation, sans répit. La fin du film nous suggèrera avec l'évidence du fracas que cet effort déployé n'était que la modalité pauvre et sans imagination d'une diversion. Si la banalité et le quotidien ont le même visage que l'horreur infligé, c'est qu'au coeur même de la sur- composition filmique, c'est- à-dire au coeur même de l'image en miroir, gît le mort. Et qu'est- ce que la mort, dans un tel cinéma, sinon le passage immédiat, expéditif et définitif d'un état à un autre. Les tâches domestiques sont, au cours du film, exécutés, de la même manière qu'on exécute quelqu'un. Comme tout autre motif concourant à l'existence d'un plan de cinéma, et sans le bénéfice d'aucun privilège, le corps humain, trop lourd et trop pesé, doit être épuisé afin d'être rangé. Comme une lumière qu'on allume et qu'on éteint. Comme on passe d'un plan à un autre.

     

            Thomas C


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