• J'ai toujours rêvé d'être un gangster - Samuel Benchetrit

    Réalisateur : Samuel Benchetrit

    Année : 2008

    Acteurs : Anna Mouglalis (La serveuse) ; Edouard Baer (Le braqueur) ; Jean Rochefort (Jean) ; Laurent Ternzieff (Emile) ; Jean-Pierre Kalfon (Max) ; Venantino Venantini (Joe) ; Roger Dumas (Pierrot) ; Alain Bashung (Lui-même) ; Arno (Lui-même)

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    Synopsis : Quatre épisodes, quatre portraits différents de braqueurs amateurs. Un homme qui veut braquer une cafétéria sans revolver. Deux kidnappeurs qui enlèvent une jeune fille suicidaire. Deux chanteurs qui discutent de leurs carrières et cinq vieillards qui se retrouvent pour tenter un dernier casse.

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    Nostalgie du corps classique

    Cinq ans après son film Janis et John, Samuel Benchetrit revient dans nos salles obscures avec son nouveau film J'ai toujours rêve d'être un gangster. Primé au festival de Sundance, (Présidé par Quentin Tarantino), le film obtient le prix du meilleur scénario. Nous allons voir en quoi le film va au-delà du simple hommage au cinéma, notamment via un intéressement aux des corps personnages.

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    Le film est divisé en quatre épisodes et comporte un épilogue. A travers ces derniers, le réalisateur va traiter les différents genres qui ont nourri le cinéma, comme le burlesque mais aussi les feuilletons à l'image des Fantômas de Feuillade, de par la volonté de diviser son film en chapitres. Cependant, le film est intéressant bien au-delà de ces simples hommages. En effet, nous allons avoir une réflexion sur la notion de cette nostalgie des figures classiques au cinéma. Le titre du film est déjà empreint de cette nostalgie puisque ce dernier est emprunté à une réplique de Ray Liotta dans Les Affranchis de Martin Scorsese réalisé en 1990. De par son origine, le titre du film exprime clairement que nous allons voir des personnages qui rêvent d'être des gangsters à la hauteur de ceux de Scorsese. C'est ainsi que nous allons voir à l'écran des figures de gangsters fatiguées, épuisées, qui n'arrivent plus à se faire respecter qui n'arrivent plus à se faire entendre. En effet, le personnage d'Edouard Baer arrivera finalement à braquer la petite cafétéria, mais se fera rattraper par la serveuse qui voudra partir avec lui et qui lui reprendra son pistolet. C'est le braqueur qui devient le braqué, qui perd son argent et ce qui fait de lui un gangster, son pistolet. Le dernier épisode qui met en scène le groupe emmené par Jean Rochefort est très représentatif de cette période nostalgique. En effet, ces personnages sont des corps qui ont déjà connu l'ère classique et par conséquent, ils sont des figures de gangsters classiques évoluant désormais dans une société moderne. Ils décideront de braquer une banque ou ils allaient souvent et il s'avère qu'aujourd'hui la banque fut remplacée par un Mc Donald. L'un d'eux hurlera : « Tout change dans ce monde, plus de planque, plus de banque ». Ils tenteront d'aller dans le restaurant mais ils ne pourront pas rentrer car l'un d'eux fait un malaise avant d'arriver. Nous avons donc clairement à l'écran des personnages qui n'arrivent pas à évoluer au sein de cet univers moderne et ou les grandes figures du corps classique ont disparu. En effet, dans le premier épisode avec Edouard Baer nous avons une série de coupes qui expriment cela. En effet, nous avons le braqueur qui regarde le mur ou sont affichées des cadres. Le contre-champ sera des coupes sur les photos de grands acteurs comme Humphrey Bogart, Jean-Paul Belmondo ou bien Jean-Louis Trintignant. Nous avons donc ici un champ contre-champ qui traverse le temps puisque c'est le corps moderne qui vient à l'encontre du corps classique. Même l'affiche du film exprime bien ce que nous venons d'exposer. En effet, cette dernière représente une jeune femme torse nue qui allaite un enfant. De plus, elle porte sur le devant de son pantalon, un revolver. Nous pourrions voir dans cette affiche une représentation du corps moderne (l'enfant) qui se nourrit au sein du cinéma classique (la mère).

    A travers cette représentation du corps moderne, se cache une mise en scène qui vient accentuer notre propos. En effet, il y a un travail au niveau du montage sonore avec cet écart entre l'intra et l'extra diégètique. Lors du premier épisode, le braqueur rentre dans la cafétéria avec une musique en off, cette dernière permettant ainsi de mettre en valeur le personnage et de lui donner un certain charisme. Le plan qui vient juste après, vient totalement en contradiction avec ce que nous venons de décrire puisque la musique ne sera plus off mais in, ce qui vient donc briser l'intégrité du personnage au sein de l'espace filmique. Même le montage, ne peut-être utilisé pour tenter de sauver ces figures de gangsters moderne.

    La séquence de fin est également intéressante du point de vue de la question du corps au cinéma. En effet, nous retrouvons le personnage du braqueur et de la serveuse qui quittent la cafétéria et qui se dirige vers l'horizon. La caméra les suit en travelling avant, puis à un moment précis, elle s'arrête, mais les corps, eux, continuent d'avancer. L'iris apparaît au milieu de l'écran avec les deux personnages au milieu et le film se clôture. Nous avons donc ici, deux figures moderne qui quitte le champ de la modernité (délimité par l'arrêt de la caméra) et se dirigent vers le champ du classicisme avec cette fermeture à l'iris qui les enferme à jamais vers cette période nostalgique du cinéma classique.

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    Le film de Samuel Benchetrit n'est pas uniquement un film qui rend hommage au cinéma en général, mais qui développe également une réflexion sur cette notion de corps au cinéma à travers la figure du gangster. Il prend comme matière, le film référentiel, se l'approprie et ainsi il est à même de composer son propre espace filmique.

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                     Anthony Boscher
     


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