• Italianamerican - Martin Scorsese (1974)

     

       Un plat cuisiné se prépare. C'est une action dévolu au globe familial pendant qu'une généalogie italoméricaine historique se construit à partir de l'échelle intime de la parole des deux parents de Martin Scorsese. Il y a cette mégalomanie chère à Scorsese pour lui de prétendre filmer un pan d'une culture et de l' histoire des Etats- Unis par le truchement de cette parentalité. Mégalomanie aussi dans le fait, pour le fils, de réengendrer à son tour ses parents. Affaire de débordement (encore) et de réequilibrage. Dans ses documentaires comme dans ses films de fiction, Scorsese filme des doubles de lui- même. Ici, cette proximité parentale et filiale augmente le trouble du dédoublement et du miroir. Comme Marty, Catherine et Charlie parlent beaucoup, et vite. Comme dans la bouche du fils, sens du détail, anecdote piquante enchassent tel une coulée limpide avec les fils de la grande Histoire. Le fils n'est en retrait du cadre que pour réapparaître, de façon transposée et éclatante, par intermittence magique, dans les occurences vocales et la configuration gestuelle de son père et de sa mère. Mimiques et générosité du faciès du père, ironie et légers agacements de la mère, engouement vocal des deux. Il faut voir Scorsese manquer de submerger la parole de ses parents en accompagnant leur parole filmée d'images d'archives. Il faut la concurrence ferme et la vitalité aigu de la parole des parents pour que le risque d'encombrement de la rhétorique Scorsesienne soit prévenu, à la limite. Car le cinéma de Scorsese a toujours été affaire de limite. Frontières débordés du dispositif documentaire. De manière parente, on assiste au même dépassement des extrémités dans Shine a Light que dans Italianamerican. Dans le dernier film de Scorsese, il y a le centre de la question: l'usure et la vitalité du concert des vieux Rockers, avant leur disparition à venir... Et il y a, aux extremités, deux bouts qui dépassent. Le début: mise en scène de la fascination du cinéaste fan pour les stars et mise en scène de l'impossibilité d'encadrer un protectorat magique mis en place par les Stones par la logique laborieuse de prévision et d'organisation du travail maniaque par Scorsese. A la fin, Scorsese se dédouble (littéralement), devenant l'être magique au service (service mégalo) de l'élévation dans le ciel des Stones. A la limite, on pourrait croire que Scorsese n'a filmé l'endurance des Stones en concert, et sa propre endurance, que pour aboutir à cette vulgaire et poétique projection céleste... C'est dans les débordements les plus extremes que se joue le plus émouvant du cinéma de Scorsese. Il n'y a qu'à voir le magnifique Aviator, entre vol aérien et folie de la chute. L'élastique est du même ordre dans Italianamerican. Retrouver à la limite la grande Histoire, à partir de la petite base d'un canapé ou d'une table de famille étriquée. Et, en même temps, même s'il n'en a pas conscience, on s'aperçoit que, pour le fils, filmer ses parents, c'est aussi précipiter leur sortie prochaine. On en aura comme un écho dans l'oeuvre quand, par deux fois, le générique d'un de  ses films portera une dédicace à l'un des deux parents, successivement décédé... Scorsese est un virtuose: il fait venir au centre des figures périphériques que pour les rejeter à l'extérieur. Non pas car la marge, pour Scorsese, serait affaire d'exclusion ou de dénigrement. Mais parceque la vie de Scorsese, c'est la marge. C'est la minorité ethnique à l'intérieur des Etats- Unis. La mafia n'est jamais loin. Etre au centre de l'image est toujours problématique pour les personnages des films de Scorsese. C'est encore le cas, dans Italianamerican, lorsque la mère se demande pourquoi Charles Scorsese ne se rapproche pas d'elle, sur le canapé. Aussi, Marty n'essaie pas de normaliser ce positionnement. Au contraire, il en profite et l'exploite lorsqu'il suit Catherine retourné à son fourneau pour lui extirper des mots qu'elle n'a pas pu dire, aux cotés de son époux.  La famille est donc pour Scorsese un centre, mais à la marge. 

           Thomas C

         


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