• Halloween - Rob Zombie

     

     

         La sortie, le succès et la nouveauté du film de  John Carpenter, sorti en 1978, a inspiré, de la part des cinéastes et du public, un désir de continuation de l'angoisse et du vide cosmique que contenait ce film. Une des grandes forces du film de Carpenter était de faire porter l'essentiel de sa tension, de son angoisse dramatique sur un point de vue obsessionnel et unique, que ne balisait qu'une corporéité inerte, presque vide. De la banale vacuité de la petite bourgade américaine, germait un néant anxiogène. Dans ce régime de la quotidienneté et du peu expressif, l'expression du mal ne pouvait venir que d'une figure elle- même éteinte, neutre et se caractérisant plus par son absentéisme que sur la sur-dynamisation d'une présence folle.

      Aussi, pour faire court, la violence de Halloween, premier du nom, provenait d'un manque, et, au sens littéral, d'un point mort.

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    . Halloween, c'est l'idée géniale du documentaire sur un village dans lequel il ne se passe rien, et ses ados baby-sitters que n'intéressent que leurs petites histoires coquettes. De ce monde anti- spectaculaire et anti- dramatique, la violence ne pouvait venir que d'un clown triste et terne à la mobilité amorphe et à la respiration asthmatique. De cette langueur vive, c'est toute la mise en scène et l'expérience de la projection à laquelle elle donnait lieu qui était envahi par l'étouffement le plus complet.  Prenant le parti pris inverse de Carpenter, la narration de Rob Zombie participe d'un autre étouffement, qui tient d'un autre régime de la violence. Celui d'une saturation de violence physique et d'agressions, contrant la rareté froide et expéditive des offensives du Michael Myers initial. Celui de la saturation des points de vue. Musicalement, la circulation des plans, chez Carpenter, se calquait sur la loi minimaliste du son  au synthétiseur. Chez Rob Zombie, c'est l'esprit Rock qui prédomine avec effets visuels tapageurs et brouillage intempestif de l'image. Chez Carpenter, le masque était promulgateur de l'invisibilité, du moins, de la discrétion. Il était l'apanage d'un mal anonyme et abstrait, peu enclin à la figurabilité et à la désignation.  Au contraire, le masque Zombien reprend ses droits carnavalesques, de fantaisie macabre pleine de gouaille et d'entrain. Le masque est joueur. Il est surtout totalisant. Une grande partie des acteurs choisis par Rob Zombie semblent revêtir des masques. Le beau père, acteur fétiche de Rob Zombie, physique de catcheur, en est l'illustration parfaite. Egalement, ce n'est pas pour rien qu'en remplacement de Donald Pleasence en lieu et place du Docteur Sam Loomis, Zombie ait choisi le shakespearien Malcolm MacMacdowel. La peau de l'acteur anglais est telle qu'il semble paré d'un masque plastique dont seul le regard perçant émerge. Ainsi, à l'anonymat carpenterien, Zombie substitue le motif de la gallerie, de la foire. Plus encore, l'auteur inscrit tout entier son univers sous l'angle d'une violence globale que rien ne vient nuancer. A la monstruosité enfantine, innocente et effacé du personnage de Carpenter, le réalisateur préfère une violence générale, amplification peckinpaienne, ou tous les personnages sont méchants et mesquins, sans relief ni perspective. De ce monde ordurier, dont témoigne une parole sans cesse vulgaire et injurieuse, le jeune Michael Myers n'est que la crête mythique qui couronne le tout.  Chaos généralisé, on peut se demander en quoi consiste le geste créatif de Rob Zombie. Car si le film ne nous ravit pas, il serait malhonnête de dénier le fait qu'il y ait une logique qui préside à tout ce vacarme. En fait, au regard du film de Carpenter, ce film ci n'est pas tant une parodie que le résultat d'une vision fantasmé du film original. Clairement, Zombie a peuplé le vide et la béance du film de son maître. L'inertie barbare dont cet Halloween se fait le témoin est au moins la preuve de l'incandescence indubitable de la page blanche du film de John Carpenter. Le fait que Zombie, déborde, puis compresse (dans le même temps) le film de son idole, par une narration qui commence avant celle du film du réalisateur de New York 1997, constitue la preuve de la force suggestive et imaginative du minimalisme carpenterien. Plus qu'une œuvre digne de ce nom, le film de Rob Zombie est l'actualisation d'un trauma ou tous les fantômes suscités par la hantise à Haddonfied a donné lieu à une incarnation plurielle et sauvage. Ainsi, Rob Zombie reste le spectateur et Carpenter est le cinéaste.

     

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            Thomas Clolus

     


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