• Diary of the dead - L'oeuvre ouverte

    Réalisateur : George A. Romero

    Titre original : Chronique des morts-vivants

    Acteurs : Michelle Morgan (Debra) ; Shawn Roberts (Tony Ravelo) ; Nick Alachiotis (Fred)

    Synopsis : Des étudiants en cinéma réalisent, dans une forêt, un film à petit budget avec pour sujet une momie maléfique. Lors de ce tournage chaotique, la bande de cinéastes en herbe apprennent que le pays est infesté de zombies. Pour Jason, le réalisateur, cet évènement est une aubaine. Exit le tournage style série Z, place à la réalité la plus sauvage qu'il soit. Désormais, à l'aide de leurs caméras, ces jeunes vont devenir les témoins directs de ce nouveau fléau.

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    L'œuvre ouverte

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    Diary Of The Dead est le cinquième volet de la série des morts-vivants qui débuta en 1968 avec le film La nuit des morts-vivants, un film en noir et blanc. Certains aiment dire des films de Romero qu'ils sont une matière propice à la dénonciation des maux de la société américaine. Avec son nouveau film, le réalisateur a décidé d'adopter une mise en scène qui devient presque un effet de mode aujourd'hui : l'effet de la caméra subjective. Nous avons pu déjà voir des films de ce genre notamment avec Cloverfield ou tout récemment [REC] qui se voulait dans la lignée de Romero.

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    Ce cinquième épisode de la saga va bien au-delà du simple film de zombie ou du film porteur de messages politiques. Le réalisateur se plaît à mettre en avant une multiplication des points de vue. Le film ne se dévoilera pas à travers une seule et unique direction, mais bel et bien par plusieurs. Cet effet a deux importances. Dans un premier temps, l'utilisation de plusieurs caméras permet de voir et de lire le film de plusieurs façons. Telle situation filmée par telle caméra n'aura pas forcément le même impact que filmée par une autre. Par exemple, lors de la scène dans l'hôpital, nous avons le héros qui doit rester au chevet de sa caméra qui est en train de se recharger (chose d'ailleurs que nous ne voyons dans aucun film de ce genre). Sa caméra continue tout de même de tourner, mais elle enregistre une pièce vide d'intérêt. Au même moment, un groupe de jeunes parcours le lieu à la recherche de survivants. Ces derniers sont également équipés d'une caméra. Or, nous n'allons jamais voir ce qu'ils voient, mais nous allons rester avec Jason. Ce dernier continue de filmer et va capter les cris de ses camarades. Désormais, nous avons une image vide nourrie par des sons venant de l'extérieur. Cette scène n'aurait pas eu le même impact psychologique si le réalisateur avait décidé de pratiquer un montage de telle manière que nous aurions pu discerner ce que le groupe de jeunes avait vu. Au fur et à mesure que le film avance, nous allons avoir comme cela une multiplicité des caméras et donc une multiplicité de lectures. Alors que le film s'ouvrait par le reportage d'une journaliste où il n'y avait qu'une seule caméra, le film va se conclure par une prolifération de caméras de surveillance. Cette notion est développée, dans le film, par une voix-off qui nous fait un exposé sur ce phénomène en nous disant qu'aujourd'hui il y a des millions de caméras qui fonctionnent et qui n'arrêtent pas d'enregistrer.

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    Pour reprendre le titre d'un livre d'Umberto Eco, ce Diary Of The Dead pourrait être considéré comme une « œuvre ouverte ». La prolifération des points de vue amène le spectateur à considérer l'œuvre qu'il regarde d'une autre façon. Avec ce choix de mise en scène, Romero développe le fait qu'une œuvre d'art peut être vue de plusieurs façons. Le réalisateur va plus loin dans l'expérience de l'effet « caméra subjective » en développant cette pluralité de visions. Diary Of The Dead a ce point commun avec [REC] et Cloverfield, à savoir que les protagonistes ayant été témoin de cette expérience interdite meurent à la fin. Même si Jason se fera tuer à la fin du film, une petite troupe de survivants restera enfermés dans une salle remplie d'écrans de surveillance et ainsi se voir condamner à regarder une nouvelle société par le truchement d'une multiplicité de caméras. A la fin, les survivants se retrouvent avec un surplus d'images et s'ils ne tombent pas entre les mains des zombies, ils succomberont à cette impressionnante masse d'images qui viennent s'imprimer sur les écrans de contrôle. Ces trois films ont également comme similitude d'offrir un nombre assez conséquent d'images, mais qui, à la fin, ne trouvent pas de témoins, de spectateurs. Romero est celui qui tente d'aller plus loin en offrant aux survivants l'arrivée de leurs morts sur les écrans de contrôle.

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    Au final, le film va bien au-delà du simple fait de délivrer des messages politiques et tente de percer à jour les mystères et l'image et ce qu'il en résulte : c'est-à-dire une image qui ne trouve pas de spectateur. Celui qui regarde le film n'est plus spectateur mais témoin de cette surabondance de faits et d'images. Diary Of The Dead pourrait-être mis en concordance avec le phénomène du 11 septembre qui a vu naître une quantité industrielle de vidéos tout en nous montrant les faits à travers différents points de vue. Romero dirige son œuvre vers cette voie en nous dévoilant un film multi-directionnel.

     

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                  Anthony Boscher


     


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