• Démmarage...ou presque.

        Donc, tachons de proposer un corpus de textes directement inspirés par l'expérience à laquelle nous a convié Boulevard de la mort, le dernier film de Quentin Tarantino. Comment décrire cette écriture, de la manière la plus honnête possible, avant qu'elle n'existe, et alors qu'elle ne se pare d'aucun projet programmatique ? Comment ne pas s'affaisser devant l'ampleur de la tâche, comment, aussi, ne pas se pâmer en vulgaires facilités. Se dire que cet écrit ne s'origine d'aucune contrainte, n'est limité par aucun code, et ne souffre pas la pression d'aucun enjeu, d'aucune conclusion. Mais comment alors, l'écriture peut s'organiser, se libérer si il n'y, apparemment, aucune nécessité qui la pousse, la motive. En fait, c'est notre passion de Tarantino,du cinéma, plus largement, qui, seule nous oblige. C'est la hantise désirable de l'écriture à libre disposition, en connaissance du véhicule de générosité dont elle peut se faire le point d'appui, qui nous fait avancer, dans l'ombre de l'instant, dans l'incertitude de ce qui s'alignera sur le blanc du papier informatique.

     

         Disons le clairement, humble pour une fois, (à la vérité, croyez le, on est jamais trop humble, toujours possédé par son propre narcissisme qui nous démanche, quand il ne nous empêche pas, en nous mettant purement et simplement à l'arrêt), c'est l'ignorance, plus que le savoir (l'écriture est rarement une affaire de savoir, en tant que le savoir serait quelque chose de constitué à l'avance), qui nous assène, dans la pénombre, le coup sous lequel on finit par chuter, de cette chute s'échappant difficilement des lettres, des mots, des phrases ; c'est déjà beaucoup. C'est cette même ignorance qui nous intime un ordre quasi-militaire dans son caractère arbitraire et injuste de faire, d'effectuer, d'agir. Remercions alors la permissivité de l'ignorance qui troue une béance, nécessaire à son possible remplissage. Sentiment d'impuissance néanmoins qui commande un prélude, puis un autre dans la suffocation froide et crispante du retardement de l'échéance ou il faudra placer les premiers mots à propos de ce film. Pourtant, il faudra bien sortir du sentiment rassurant de n'écrire sur rien, c'est-à-dire de ce qui ne concerne que soit, sa peur, sa faiblesse, son inconséquence. Et il faudra bien commencer à écrire sur ce qui, à défaut d'importer plus, prétexte un sujet de cinéma. Pour quelle raison, également, peut on éprouver la crainte d'écrire sur un tel sujet ? De peur de souiller par des poussières de mots l'œuvre tant chérie. Continuons de défoncer les portes ouvertes en disant que tout écrit ne fait peut-être au fond que témoigner, dans la faiblesse du déni, dans la honte de l'aveu, du rapport d'un moi à l'écriture et des impossibilités d'expression de ce moi. Alors que ce que l'on souhaite, sincèrement, mais naïvement, sans s'en donner les moyens, c'est d'écrire en étant au service de.

     

        Aussi, on peut à la rigueur espérer que ce préliminaire vain et sordide vaille plus que l'égotisme d'une psychanalyse scripturale. Au mieux, comme tout le site Notre cinéma d'ailleurs, comme portant sur la possibilité étriquée d'écrire sur le cinéma. D'abord témoigner, avant d'oublier et d'entrer dans ce qu'on croit être le vif du sujet, pour tous ceux dont le rapport à l'écriture et, plus largement, à l'énonciation ne va pas de soi, pis encore, n'existe pas. Je signe ce truc de ceux pour qui écrire n'est ni une habitude, ni un métier. C'est plus que jamais le cas, quand on est, comme nous, étudiants. Après tout, écrire, quand on est étudiant, c'est encore majoritairement  la servilité passive de la prise de note. Aucun rapport à l'écriture que l'accusé- réception de paroles en mots, l'impression personnelle valant aide-mémoire, comme si les contenus prodigués n'avaient pas suffisamment de force pour s'imbriquer dans leur énonciation première chez le récepteur. L'écriture ne vaut en ces circonstances que comme imitation translatée et économie de la mémoire. Ecrire pour ne pas oublier. L'écrit est sous le centre de l'accessoire d'une médiation, d'une translation.  Il n'a pas d'autre finalité que celui de la tenue en laisse d'un contenu, dans son résidu délavé et asséché. La prise de note est une écriture pour soi. Elle ne sort pas, pour autant, de l'impersonnel. Ecrire à l'université, heureusement, ne se résume pas à cela. Ce sera, au fil des années passées, le passage  de la médiation respectueuse à l'égard d'une commande au statut d'études plus approfondis, plus sophistiquées à propos de sujets adéquats et motivants, autrement plus exaltants.
         La question ici, parler de Boulevard de la mort, et, par vacation périphérique, du cinéma de Tarantino en général.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>      Quelle sera cette écriture-ci : ni une écriture universitaire, ni une écriture de revue, mais la tentative d'un partage alangui se basant sur les caractéristiques du média, au risque de la défaillance. Le continuum Internet, son atonie temporelle qui n'introduit ni ne finit rien peut permettre de nous engouffrer vers une écriture de flux à moyen- terme, sans échéance véritable, une écriture de cours, sans limite posée. Une promenade en quelque sorte, la plus ciselée, la plus rigoureuse possible. Tenter d'éviter autant que faire se peut l'aléatoire et la perte. Pour cela, (la défiance est première), s'accrocher au rythme véhiculé par le film, et le suivre, tant bien que mal. L'occasion de se poser une question qui revient sans cesse, lorsqu'on est spectateur : Durant la projection, le film nous regarde ; mais nous, que faisons pendant ce temps ?

                Thomas Clolus


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