• CYCLE SHYAMALAN | #5 | L' échelle de plan, le point de vue et le signifié

          Signes (2002). Voyons la scène inaugurale ou, alerté par un bruit, le personnage interprété par Mel Gibson, accompagné de sa famille, (ses deux fils et sa fille), sort de chez lui, se déplace à l'intérieur des touffes herbeuses de son champ céréalier, et découvre  dans ce magma touffu et sensément homogène, uniforme dans sa saturation, sa plénitude, ce qui à hauteur d'homme s'apparente à un défrichage massif et sauvage, à une destruction d'un long segment de terrain. En effet, question de mise en scène, au sens du découpage, toute la subtilité de la narration de Shyamalan repose sur une variation de l'échelle des plans et du point de vue de caméra. Autrement dit, un détail, un signe. C'est sur ce détail, pour faire valoir la pertinence de la mise en scène de Shyamalan, que je voudrais insister.

       

           Qu'est-ce qu'un plan de cinéma, sinon le signe d'une réalité, sinon l'enregistrement d'un fragment de la réalité fait signe de par cet enregistrement. Ainsi, chaque plan de cinéma agit comme signe. L'enchainement de ces signes composant et recomposant à volonté une cartographie complexe, une idiosyncrasie en devenir. Deux plans signent la découverte de la présence extraterrestre. En fait, ce qu'il importe d'abord de dire, c'est que le fait extraterrestre, pour l'être humain, et au cinéma, en tant que la seule chose connu, identifiable, est terrestre, n'est jamais un fait, mais toujours un signe, une trace. Cela rejoint l'obsession de la trace que nous avons perçu dans les films précédents (le corps, le vivant comme trace dans Sixième sens et dans Incassable, et l'émotion comme signe de repère dans le monde contemporain). Le fait extraterrestre est ici appréhendé par deux signes, qui constituent ce signe comme une vérité duelle, alternative.

       

          Le premier : un champ contre-champ  des pieds de Mel Gibson, arrivant sur les lieux, suivi d'un contre champ à hauteur d'homme. Le signe de la présence extraterrestre, c'est ici un espace vide, dans une liberté de perspective, fuyante. L'extraterrestre connote ici la destruction du territoire américain, signe d'un cataclysme brutal. La vision à échelle humaine du fait extraterrestre  donne une perception éminemment hostile de l'extraterrestre, un système d'imagerie xénophobe et anxiogène.

     

          Le second : Un plan aérien nous montre un dessin harmonieux, l'énorme tranchée d'avant se transformant dans un instantané sidérant en de lignes tressées sur un espace, non  plus espace de culture, d'intervention humaine, mais espace de composition, de création artistique. C'est bien normal : l'usage du point de vue aérien ne peut être que le fait de l'invention du cinéaste, de l'artiste, autrement dit, du non-humain, de l'extraterrestre. Il n'y a qu'un regard à échelle extraterrestre qui peut percevoir l'aspect positif  du signe étranger. Malheureusement, les personnages de la fiction sont en dessous du cinéma, qui les englobe, et ils n'accèderont jamais au point de vue mélioratif, privilège du seul spectateur. De sorte qu'ils ne sortiront jamais de la perception que l'extraterrestre comme émettant une signalétique hostile.

           Conclusion : bouleversement de l'échelle du plan= changement complet du sens.

            Thomas Clolus


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