• Control - Anton Corbijn

     

       Noir et blanc rétro et joliment proportionné, équilibre de l'anecdote intime et de la fiction sentimentale et musicale, Control est un film sous contrôle. Il est marquant que deux mises en scènes récentes de la musique rock reconfigurent le déséquilibre et le décrochage inhérents à l'existence de cette musique en une politesse nostalgique et séante, soigneusement emballée. Par la voie documentaire, Joe Strummer: the future is unwritten étale comme sur une table des images, nombreuses et rangés les unes à coté des autres, dans un collage et une coexistence très serré. Maillage plein et néanmoins lisse. Travail d'archiviste. La rébellion libertaire est noyé sous le défilé du témoignage institutionnel de personnalités culturelles renommées (Anthony Kiedes, Johnny Deep, Martin Scorsese). Control choisit l'évocation de la musique rock par le biais de la fiction. Manière de s'emporter, de déborder le cadre, la limite du document ? Non, cela aboutit à un nouvel ordonnancement, à une mise à plat conventionnelle et formelle. La progression et la consécution dramatique ne servent qu'à soumettre l'ensemble aux codes narratifs et émotionnels traditionnels du récit, type roman-photo. Les scènes d'intimité préparent efficacement le passage à la scène, lorsque la musique, calmement, gradue et prend progressivement sa place. La succession des deux est une règle obligatoire qui ne se dément pas. L'un est le prétexte de l'autre. L'autre est la parenthèse de l'un. C'est la vision de la musique au cinéma comme une pause, qui s'expose d'autant mieux qu'elle s'inscrit dans une arène dramatique. La vie de Ian Curtis, le leader de Joy Division, est mise en scène par un mouvement d'accession, puis de chute. Au début, du film, Ian Curtis, dans la solitude marginale de son potentiel secret d'écriture musicale, écoute la musique de David Bowie. A la fin du film, sa femme le retrouve suicidé, chez lui. L'image ne montre que sa corde. L'incarnation cinématographique n'a pas été jusqu'au bout, de peur peut- être de déflorer le mythe, son souvenir et sa relance. Pourtant, le « marrionetisme » corporel de Ian Curtis, de son acteur, est la belle surprise offerte par le film. La fébrilité chaude de son visage. Les déhanchements hystériques et maladroits de sa mécanique corporelle ajoutent une poétisation visuelle à la mise en scène musicale à un film par ailleurs timide.

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          Thomas Clolus 

     


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