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      Je déposerais, chaque jour, des images extraites de films vus quotidiennement. Ces images seront la marque d'un regard porté sur des films aimés et défendus, souhaités partageables avec ceux qui, ayant déjà vus ces films, se reconnaitront dans ce choix, et avec les autres, pour qui ces images constituent une invitation ardente à voir et découvrir ces films. La mention de ces films est un appel pour l' internaute et le spectateur à voir ces films de toute URGENCE (l'urgence n'étant pas tant ici un concept temporel qu'une catégorie affective et spirituelle). Pour que l'horizon du rapport entretenu avec le cinéma soit toujours celui de la conversation intime et du partage collectif...

               Thomas C.


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        Suite à des travaux universitaires réalisés dans le cadre d'un cours sur les auteurs du cinéma classique américain prodigué par Vincent Amiel à l' Université de Caen, Basse- Normandie, certains des rédacteurs de Notre Cinéma ont eu loisir de réfléchir sur le cinéma de deux des plus grands cinéastes de l'âge classique du cinéma hollywoodien. Il s'agit de Ernst Lubitsch et de Joseph L Mankiewicz. Les écrits qui ont résultés de cette réflexion se centraient autour d'une mise en regard de deux cinéastes qui ont leur force propre, mais dont la vision a pu s'enrichir dans le constat de ce qui, entre ces deux cinéastes, est de l'ordre du rapprochement, de la parentée, du miroitement, ou de l'écart subtil. En effet, nous nous sommes posé la question, eu égard à ces écrits, de ce qui s'articulait, dans ces deux cinéma, en termes de thématique, de motifs de mise en scène, et plus généralement de langage. Une tentaive de mise en relation pour faire ressortir ce qui relève de l'identité et de la spécificité propre à chacun; voilà ce qu'a pu nous apporter ce travail d'écriture.

      Au delà de ce travail de recherche, il me semble important de signaler combien, pour nous, le surcroît d'attention porté, en la circonstance, à ces deux cinéastes, a pu être l'occasion du plaisir de la découverte ou de la redécouverte de certaines des plus belles oeuvres de ces deux génies créateurs. C'est dans ce prolongement du plaisir que nous souhaitons partager ces écrits sur la toile, avec le lecteur, à l'adresse de qui le voudra.  Si un des objectifs d' Internet est sans conteste de rendre accessible ce qui ne l'est pas, nul doute que faire passer ces écrits d'exercices éphémères à l'état de bloc homogène autonome pourra, modestement, faire parti intégrante de ce partage de la visibilité et de la lecture. C'est pourquoi ce corpus conséquent fera l'objet, dans sa diffusion et son partage, d'une chronique, qui fera apparaître les textes de façon échelonnée dans le temps, tout au long de ce mois d' Avril, d'abord, afin de respecter les temps de lecture et de découverte que suscitent de tels écrits. Au rythme d'un texte par semaine, mis en ligne en une ou plusieurs parties, tout au long de la semaine, pour faciliter la lecture, nous esperons qu'au delà de leur divergence en termes d'objets d'études et d'approches analytiques, ces textes pourront constituer pour le lecteur un petit panorama cohérent du cinéma de Ernst Lubitsch et de Joseph L Mankiewicz, et surtout, une incitation euphorique à revoir les films de ces deux grands cinéastes.

      Ca commence cette semaine...

     

         Thomas Clolus 


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         Pléiades d'images.  Nouvelle rubrique ? Plutôt le témoignage d'un pot pourri de films qui ont scandés la vie d'un cinéphile. Considérer, pour la ponctuelle occasion, le cinéma, non comme milieu duquel on extrait des objets singuliers par la sélection de l'élection et de la hiérarchisation, mais comme zone d'existence de toutes les images effectivement vus, en quantité et en qualité. Puisque de façon impertinente et peu raisonnable, on se sert d' Internet comme un espace permettant des pratiques au mieux hybrides, au pire peu recommandables, tentons le risque du pire ici, en résumant une somme de films à quelques mots, dans un esprit d'encombrement et de saturation mémorielle. Prendre la conscience du cinéphile comme foyer d'ingurgitation extrême qui ne saurait qu'au mieux, épeler d'une manière concentrée et égale le continuum d'images qui l'ont agis pendant un temps s'évaluant sur l'échelle du moyen- terme. Injure au discours critique, puisque par là, on le piétine et l'évince, dans ce qu'il possède de glissant, de ponctuant et d'organisé. Mais si, amoureux du discours critique de qualité comme nous le sommes, nous nous permettons une telle folie, c'est qu'elle se situe à milles lieux des enjeux d'une telle activité. Il s'agit tout au mieux d'une amusette, d'une détente. Voir ce qui reste, dans l'unité du temps d'écriture ponctuel et la compression fugace du souvenir qui ramasse les films.

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          Se compose alors un nœud qui rassemble et étale des témoignages d'expériences tous aussi dissemblables les unes que les  autres, à proportion du conflit identitaires que connaissent les films, sujets de ces expériences, entre eux.  Comment, à rebours de l'exigence critique, une constellation informe de films cohabite au sein d'une même page de même que, d'une certaine manière, la pensée de ces films cohabite dans une mémoire de cinéphile. Honnêteté de l'exhaustivité consommée qui maltraite du coup la célébration due aux grandes œuvres au profit d'une remise à plat des films sur la loi boulimique et quantitative du « j'ai vu ». Oui, il s'agit de faire comme si certains objets ne méritaient pas d'être oubliés, et comme si tel autre ne méritait pas plus de visibilité sur le piédestal de la circulation scripturaire. Insolence inconsidérée envers notre croyance en le tri et à la désignation de ce qui, de façon rare et singulière, est de nature à constituer un objet cinématographique digne de ce nom, à l'inverse de tous les autres. Il s'agira simplement, sans  volume d'enjeu communicationnel vraiment digne, pour soi, en quelque sorte, de faire le témoignage primaire que le cinéma, est aussi constitué, dans notre expérience effective de spectateur, en une série et une liste de choses vus, dans un temps donné.  

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         En somme, cet écrit permet simplement d'évaluer comment la quantité nourricière du cinéma vécu aujourd'hui s'exporte sur la voie du discours et des mots par un langage fait de touches et de synthèse.  Sans oublier la plus importante chose dans tout cela : à savoir que nous invitons prioritairement à la vision  des films aimés au surplus, que nous continuons, même au grès de cette forme vagabonde, de désigner comme tels. Avant la volonté de partage de l'objet porteur, un contexte composé de matières d'images plurielles aura accompagné à ce souci de l'élection. Cette page est le relais de cette arène truculente et fade, minuscule et gigantesque, remplie et vide, à la fois, pleine d'incohésion, de contradiction et qui pourtant, sous la loi de la diffusion et du regard, se ramène aussi à la commune habitation. Avec comme risque stimulant d'encastrer l'exhaustif dans l'insuffisance de la page, de laminer l'espace de la communication et de l'entendement pour et par autrui en un marmonnement intime  peu partageable.  Pour pallier ce travers, essayons nous à une caractérisation franche et concise, à une nomination éclatante et sèche.

     

             Thomas Clolus

        

     


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        Au mois de Juillet, deux textes autant enthousiastes qu'ampoulés annonçaient sous l'enceigne d'une vaine sacralisation théorique la publication prochaine d'une longue série de textes portant sur l'analyse détaillée du dernier film de Quentin Tarantino, Boulevard de la mort. Annoncé comme une courte parenthèse, en attente de ce travail au long court, une série de textes à propos d'un « personnage » récurrent dans la filmographie de Quentin Tarantino, grossissant et s'amplifiant jusqu'à l'obésité théorique et démonstrative, s'est finalement substitué à l'analyse supportant la matière film comme objet défini et singulier, renvoyant aux oubliettes le précédent projet.

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        De ce soudain changement de cap, oublieux des programmes que l'on se fixe sur ce qui doit, sur le moyen terme, dans le dos de l'actualité, se faire place, tirons deux constats, valant auto- critique à posteriori et tentative de liaison avec un après qui nous vaut ce nouveau  article programmatique.

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        Nous avons éprouvé une certaine difficulté à solliciter le support Internet pour travailler sur le moyen- terme. Filant la tentative d'examen de ce à quoi on se frotte en tenant une écriture régulière sur Internet, à notre ambition, la toile nous a opposé, comme un miroir coupant et déformant, nous renvoyant  à notre propre indigence, l'image de notre peu de capacité à nous tenir, à nous ancrer à un socle par trop léthargique, qui n'a fait qu'accompagner notre fuite, notre décollement hors l'énergie rigoureuse, nécessaire à l'écriture intellectuelle suivie, au long cours. Afin, autant illusoirement qu'artificiellement, de coller, d'adhérer à un matériau- support qui ne cesse de nous déporter, de nous faire voltiger, dans une flottaison indécise et trouble, nous n'avons eu de cesse de tenter de nous asseoir, en préparant, en programmant, en jetant des ponts devant nous, en multipliant jusqu'à la déraison les points d'accroche, multiples, obsessionnels, peu surs du peu de confiance que l'on mettait, dans le même mouvement, en eux. La programmation non pas comme anticipation qui certifie, assure et rassure, mais comme défiance circonspecte et craintive. Il s'agissait de cacher le fait qu'on ne parvenait pas à ordonner les camarades d'écriture, les sujets, les idées et l'écriture, en mettant au devant de la scène la débauche teintée de débâcle anticipée et consommée d'un déploiement de préparatifs qui ne fait qu'annihiler les idées, avant même leur apparition.

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       En second lieu, le loisir et la possibilité libertaire intégrale et placé sous le règne de la dérégulation, qui caractérise Internet, n'a pas tant épousé que trouvé matière à confrontation avec notre désir grandiloquent et extravagant d'écrire sur le cinéma. En effet, faute de barrières, de limites, de contraintes qui contrôlent, régulent le flot d'écrits dans une saine et souhaitable répartition et disposition de la penssée, dans l'espace et dans le temps, nous nous sommes engouffrés, engloutis, dans le chaos d'une production hasardeuse, peu contrôlée, sans pondération.  Face à l'atrophie paresseuse et silencieuse du support dans ses exigences à l'égard de l'écrivain, celui-ci se fourvoie, s'abîme dans la planéité infinie et trompeuse jusqu'à s'enivrer lui-même de sa propre liberté. D'ailleurs, la liberté ne vaut que si, par ailleurs, il y a un cadre, des limites, des pondérables. Sinon, cette liberté n'est que vacuité et néant qui propulse et noie. S'enivrer jusqu'à accuser les disproportions formelles sur un support non régie par le monde de la proportionnalité. Autre motivateur froid et indolent de l'errance : la non réactivité sordide du support qui ne prévient ni ne sanctionne l'intervention, dans ses faiblesses et ses excès. Permettre l'obésité dilatoire et délirante du détail (série Earl Mc Graw) et ne pas enchâsser le centre du sujet après l'encombrement de prémisses affolés dans leur inertie sauvage et suicidaire (texte non écrit sur Boulevard de la mort).

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       Autre souci : face à une actualité dont la boîte de vitesse reste inexorablement et impunément bloqué sur la cinquième, nous recommandions fièrement (bien trop, sans doute), le ralentissement, salutaire. Sauf que confondre ralentissement et croupissement alangui et autiste n'est pas la voie du salut, pour le corps et l'esprit de celui qui, obnubilé par son unique et trop restreint sujet d'écriture, s'y absorbe jusqu'à l'avènement de son enterrement. Folie, tourment de l'écriture en roue libre, dans une libre dépense insensée et maladive, et oublier le reste, les camarades d'écriture, le cinéma comme art du présent et du changement permanent et les éventuels lecteurs, que de toute façon, on ne connaitra jamais, hormis une irréductible pincée.

      Ralentir jusqu'à la dilatation mentale, s'arrêter jusqu'au gonflement débilitant, voilà ce à quoi nous nous sommes adonné. Il ne s'agit pas pour nous de dénier quelconque intérêt à la série textuelle sur Earl Mc Graw, ni de renier le plaisir (véritable,mais un plaisir souffreteux) pris à l'écrire. Il s'agit de s'entendre sur notre état d'esprit, à la sortie de l'écriture de ce texte. Expérimentation, exposé scientifique et fantaisiste intéressant, mais, à l'évidence, nous ne souhaitons pas cela pour la conduite prochaine de ce site. Car nous ne pouvons supporter l'asservissement à une telle dimension d'écriture qui fonctionne sur l'ouverture perpétuelle du regard sur un unique point d'horizon, sur le sourcillement analytique, sur le détaillisme démonstratif. Type de partage du cinéma, au long court, tout à fait acceptable, mais qui ne correspond sans doute pas à la voie de l'écriture en communauté, cinéphile, et internaute qu'il s'agit d'envisager pour ce site.  

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       C'est pourquoi nous avons décidé, pour cette rentrée (qui s'aligne sur notre propre rentrée universitaire), de proposer une nouvelle rubrique, afin de prendre acte de ce changement de perspective, de ce besoin de respiration, d'aération, qui, je l'espère, libérera les énergies avec touche et parcimonie. Pari et volte-face risqué en fait, puisqu'il s'agit de suivre le penchant inversé de ce qui avait été défini précédemment. A savoir, au lieu de s'arrêter sur un point et de laisser filer l'actualité, il s'agira autant que faire se peut de prendre le pas de cette actualité en l'accompagnant de nos traces tenues, de façon modeste et discrète, sans tenter de nous imposer au devant et d'aboutir à l'obturation, tel un mastodonte égaré.

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        Concrètement, à chaque semaine des sorties (le mercredi), correspondra une petite publication qui condensera les opinions, les débuts de réflexion de chacun à l'endroit des films fraîchement vus. A l'évidence, notre motivation première est de partager la « conversation orale et écrite » de cinéma avec le plus de régularité et le plus d'individualités possibles, suivant la logique d'une simple passion cinéphile, sans autre ambition que celle de son énonciation à la trace, dont l'intérêt résiderait dans le fait qu'elle se poursuivrait, à court, moyen et long terme, quotidiennement. Il  s'agit, dans cet espace quasi-anonyme, intime qui est le notre, d'actualiser l'existence du cinéma comme mode de vie, comme relevant de l'esprit critique communautaire.

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       Journal intime communautaire, blog cinéphile ? Nous ne sommes pas loin d'une forme légère, mineure, vulgaire, égale à toutes les autres. Les écrits ne seront ni des critiques de films, ni véritablement des articles, encore moins des analyses. En fait, nous ne savons à l'heure qu'il est pas à quoi ils ressembleront véritablement. Nous ne faisons qu'envisager grossièrement les contours de notre mode de partage du cinéma. Pas d'analyse au sens ou cette notion revêt l'exigence d'une étude approfondi, à laquelle nécessite une maîtrise à propos d'un objet sur lequel on a suffisamment de recul afin d'en proposer un contenu savant, de type démonstratif. Privilégions ici l'écriture du cinéma comme prolongement naturel de la séance, dans les cendres encore chaud suite à l'allumage auquel donne lieu la projection. La projection allume les affects, éveille l'esprit, embrase le corps. Notre écrit ne sera pas distance souveraine critique et théorique, mais continuation tiède de l'expérience. Repousser les frontières d'une expérience définie, en jouant les prolongations. Faire vivre, encore, dans une translation des sens en mots. L'écriture sur le cinéma non pas comme résumé, résultat d'une vision, mais comme restes vifs d'une perception subjective, imparfaite, éphémère, et sincère. Ce qui sera à l'œuvre ne sera pas tant l'intellectualisation du film, comme objet absolu et autonome des forces qui le regardent, qui en disposent, que celle d'un moment particulier, non réitérable, celui de la première projection d'un individu particulier. Profiter de l'ouverture du média Internet à l'écriture de soi dans la dérive, dans le perfectible, dans le non conventionnel et le non établi du quotidien pour énoncer cette digestion en cours. Si cet écrit prochain sera l'étude de quelque entité que ce soit, ce sera davantage celle d'une subjectivisation d'un objet cinématographique, dans les strates de son devenir, déchiqueté et liquide, plutôt que celui du cinéma, dont l'étude répond à une ambition bien supérieur que celle pouvant être soutenu par un vulgaire site internet. N'y voir aucune péjoration, juste le constat d'une juste répartition des domaines, des supports, des actions et des occasions. Témoigner d'une rencontre singulière, tenter dans définir les arrêtes, les permissivités, les impasses d'une existence subjective du cinéma, c'est sans doute le mieux que l'on puisse faire. Conjuguer la fébrilité subjective et l'enthousiaste sans cesse relancée de notre passion du cinéma, qui se veut raisonnable, c'est ce que permettra peut- être les lignes qui suivront dans ces pages. Il s'agira plus certainement d'une correspondance suivie, avec le lecteur, avec la consistance volatile et enlevée qui caracérise la lettre. Retrouver l'énergie pincante de l'envoi, du jaillissement qui relance, dans le momentané, ou l'instant, ce serait une chose intéressante à mettre en oeuvre. D'ailleurs, nous pensons que la légèreté dépliée et feuilletée d'internet, du numérique ressemble assez, d'une certaine manière, à l'intensité friable et spontanée de la lettre, de la correspondance. Bomber le mail, l'épaissir dans une pagination continuelle et archivable, placarder en série unie le mot, ce sera peut-être l'action de la nouvelle rubrique, intitulé pour la circonstance CORRESPONDANCE CINEPHILE.

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        Pas de critique, parce que nous respectons trop ce travail pour prétendre empiéter sur lui. Que nous ne sommes pas découvreurs, étant donné que nous venons après d'autres, qui voient les films, et les aiment, en premier. Que ce travail critique est fait, dans sa pleine puissance, ailleurs, par d'autres entités, de plus belle manière que ce que permet aujourd'hui un site internet. Retrait de la critique car sa définition recouvre une complétude, un agencement ordonné et structuré dans le partage/ passage d'un film qui n'aura pas lieu ici. Nous privilégierons  ici le fragment, le morceau, le désordre, l'élan, l'impulsion, ainsi que la trace, le reste, le dépôt.  Paresse ? Moindre ambition ? Goût du désordre initiatif et incomplet, futilité gonflée ? Peut- être tout cela à la fois. Et aussi une expérimentation intime qui nous motive, ici et maintenant. Essayons.             

                                                      COMMENCEMENT LE 10 OCTOBRE

     

             Notre Cinéma


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  •     Donc, tachons de proposer un corpus de textes directement inspirés par l'expérience à laquelle nous a convié Boulevard de la mort, le dernier film de Quentin Tarantino. Comment décrire cette écriture, de la manière la plus honnête possible, avant qu'elle n'existe, et alors qu'elle ne se pare d'aucun projet programmatique ? Comment ne pas s'affaisser devant l'ampleur de la tâche, comment, aussi, ne pas se pâmer en vulgaires facilités. Se dire que cet écrit ne s'origine d'aucune contrainte, n'est limité par aucun code, et ne souffre pas la pression d'aucun enjeu, d'aucune conclusion. Mais comment alors, l'écriture peut s'organiser, se libérer si il n'y, apparemment, aucune nécessité qui la pousse, la motive. En fait, c'est notre passion de Tarantino,du cinéma, plus largement, qui, seule nous oblige. C'est la hantise désirable de l'écriture à libre disposition, en connaissance du véhicule de générosité dont elle peut se faire le point d'appui, qui nous fait avancer, dans l'ombre de l'instant, dans l'incertitude de ce qui s'alignera sur le blanc du papier informatique.

     

         Disons le clairement, humble pour une fois, (à la vérité, croyez le, on est jamais trop humble, toujours possédé par son propre narcissisme qui nous démanche, quand il ne nous empêche pas, en nous mettant purement et simplement à l'arrêt), c'est l'ignorance, plus que le savoir (l'écriture est rarement une affaire de savoir, en tant que le savoir serait quelque chose de constitué à l'avance), qui nous assène, dans la pénombre, le coup sous lequel on finit par chuter, de cette chute s'échappant difficilement des lettres, des mots, des phrases ; c'est déjà beaucoup. C'est cette même ignorance qui nous intime un ordre quasi-militaire dans son caractère arbitraire et injuste de faire, d'effectuer, d'agir. Remercions alors la permissivité de l'ignorance qui troue une béance, nécessaire à son possible remplissage. Sentiment d'impuissance néanmoins qui commande un prélude, puis un autre dans la suffocation froide et crispante du retardement de l'échéance ou il faudra placer les premiers mots à propos de ce film. Pourtant, il faudra bien sortir du sentiment rassurant de n'écrire sur rien, c'est-à-dire de ce qui ne concerne que soit, sa peur, sa faiblesse, son inconséquence. Et il faudra bien commencer à écrire sur ce qui, à défaut d'importer plus, prétexte un sujet de cinéma. Pour quelle raison, également, peut on éprouver la crainte d'écrire sur un tel sujet ? De peur de souiller par des poussières de mots l'œuvre tant chérie. Continuons de défoncer les portes ouvertes en disant que tout écrit ne fait peut-être au fond que témoigner, dans la faiblesse du déni, dans la honte de l'aveu, du rapport d'un moi à l'écriture et des impossibilités d'expression de ce moi. Alors que ce que l'on souhaite, sincèrement, mais naïvement, sans s'en donner les moyens, c'est d'écrire en étant au service de.

     

        Aussi, on peut à la rigueur espérer que ce préliminaire vain et sordide vaille plus que l'égotisme d'une psychanalyse scripturale. Au mieux, comme tout le site Notre cinéma d'ailleurs, comme portant sur la possibilité étriquée d'écrire sur le cinéma. D'abord témoigner, avant d'oublier et d'entrer dans ce qu'on croit être le vif du sujet, pour tous ceux dont le rapport à l'écriture et, plus largement, à l'énonciation ne va pas de soi, pis encore, n'existe pas. Je signe ce truc de ceux pour qui écrire n'est ni une habitude, ni un métier. C'est plus que jamais le cas, quand on est, comme nous, étudiants. Après tout, écrire, quand on est étudiant, c'est encore majoritairement  la servilité passive de la prise de note. Aucun rapport à l'écriture que l'accusé- réception de paroles en mots, l'impression personnelle valant aide-mémoire, comme si les contenus prodigués n'avaient pas suffisamment de force pour s'imbriquer dans leur énonciation première chez le récepteur. L'écriture ne vaut en ces circonstances que comme imitation translatée et économie de la mémoire. Ecrire pour ne pas oublier. L'écrit est sous le centre de l'accessoire d'une médiation, d'une translation.  Il n'a pas d'autre finalité que celui de la tenue en laisse d'un contenu, dans son résidu délavé et asséché. La prise de note est une écriture pour soi. Elle ne sort pas, pour autant, de l'impersonnel. Ecrire à l'université, heureusement, ne se résume pas à cela. Ce sera, au fil des années passées, le passage  de la médiation respectueuse à l'égard d'une commande au statut d'études plus approfondis, plus sophistiquées à propos de sujets adéquats et motivants, autrement plus exaltants.
         La question ici, parler de Boulevard de la mort, et, par vacation périphérique, du cinéma de Tarantino en général.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>      Quelle sera cette écriture-ci : ni une écriture universitaire, ni une écriture de revue, mais la tentative d'un partage alangui se basant sur les caractéristiques du média, au risque de la défaillance. Le continuum Internet, son atonie temporelle qui n'introduit ni ne finit rien peut permettre de nous engouffrer vers une écriture de flux à moyen- terme, sans échéance véritable, une écriture de cours, sans limite posée. Une promenade en quelque sorte, la plus ciselée, la plus rigoureuse possible. Tenter d'éviter autant que faire se peut l'aléatoire et la perte. Pour cela, (la défiance est première), s'accrocher au rythme véhiculé par le film, et le suivre, tant bien que mal. L'occasion de se poser une question qui revient sans cesse, lorsqu'on est spectateur : Durant la projection, le film nous regarde ; mais nous, que faisons pendant ce temps ?

                Thomas Clolus


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