• Cockfighter - Monte Hellman (1974)

     

        Le pari de la dignité par la victoire et la reconquête de l'amour en suspens, c'est aussi le pari du silence, nous dit Hellman. Quand l'expression résiduelle d'un homme passe par l' horreur muette des caquètements et des combats des coqs, l'homme est en retrait, au mieux gardien vigilant de la fragile et hystérique bête à laquelle il a légué sa destiné et son humanité. Au pire, il ressemble à une poule angoissée, pétrie à la périphérie du terrain d'évolution du coq, impuissant dans la directive et le devenir de la bête banale et monstrueuse.  Les combats de coqs sont la resurgence d'images d'une humanité abandonné qui s'abandonne elle- même dans le spectacle d'une virtuosité encanaillée et emplumée: au ralenti: les stratégies des combattants sont cruelles, les coups sont précis et saignant. Par l'accélération d'un montage fragmenté, quand la belle à reconquérir est invité à regarder le véritable visage de cet homme  qui a remis son dernier espoir à un être minable jeté en patûre à ses adversaires: l'éclat du soleil qui aveugle impose aux combattants l'image de leur avilissement. L'intrusion solaire au milieu de la scène d'affrontement impose surtout l'ultime blessure à un amour déjà mort. Lorsque l'homme reprend la parole, c'est afin de prononcer ces mots: "elle ne m'aime plus". La renaissance de la parole de l'homme est l'acceptation d'une séparation dont la lutte animale a permis de donner l'illusion et le spectre d'une réconciliation possible.  Illusion qui correspond au temps comprimé et accéléré que prend la mort à étreindre les cockfighters. La survivance d'un amour que l'on sait d'avance perdu et déchu est pour Hellman d'une bestialité acharnée.

          Thomas C


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