• Bug - William Friedkin : De la machine à l'insecte, du réel à la paranoïa.

    La paranoïa dans Bug est une maladie qui semble sexuellement transmissible. William Friedkin la fait surgir en deux temps que je vais analyser à travers deux séquences précises. Cette analyse pourrait se faire sur l'ensemble du film mais deux scènes me semblent suffisamment représentatives.

     La première commence une fois qu'ils sont rentrés à l'intérieur après avoir parlé dehors le soir de leur rencontre. Plan sur un tableau dont le cadre correspond exactement au cadre du tableau, contre-champ sur Peter qui le regarde attentivement, Agnes s'en rend compte et une conversation s'amorce autour du tableau. Peter explique à Agnes que des choses sont cachées dans le tableau. Elle dit : « You mean like... », « What you mean ?». Si j'ai bien détaché ces deux phrases c'est parce qu'un bruit est venu s'intercaler entre les deux. C'est le bruit d'un grillon du moins ce que par la suite ils appelleront comme ça pour finalement découvrir que c'est l'alarme anti-incendie qui doit être cassée. Ce bruit vient comme remplacer le mot « bug » qu'Agnes ne dit pas. Si elle ne le dit pas c'est parce qu'il n'a pas encore été utilisé. L'évocation de choses cachées voire invisibles par Peter fait apparaître ce qui va grouiller tout le long du film par la suite c'est-à-dire les « bugs ».



    Avant de partir sur ce terrain revenons sur le tableau. Le choix du tableau est ici fort et plein de sens, un tableau est une image tangible qui ne se transforme pas sous nos yeux mais que notre perception peut transformer. Nous pouvons ainsi avoir plusieurs visions d'un tableau et où à chaque fois nous verrons quelque chose de nouveau ou qui nous paraîtra différent, cet effet vient de nous et aussi bien entendu du talent de celui qui a peint ce tableau et de son éclairage mais le tableau en tant qu'objet tangible et matériel ne change pas. La paranoïa nous est donc présentée comme une vue de l'esprit, venant d'une perception particulière du réel. On pourrait même dire d'une attention particulière au réel, ici il s'agit de repérer un son certes perceptible mais négligeable et de lui donner plus d'importance que les autres.

    Le son du « bug » que nous entendons en est un dans tous les sens du terme c'est-à-dire à la fois un son parasite, un son d'insecte comme ils le croient au début puis le son due a une machine dysfonctionnant. Il est donc ainsi posé un lien très fort entre les trois acceptions du terme voire une équivalence. Peter le dit lui-même le monde d'aujourd'hui est parasité, infecté par les machines et lui-même bientôt suivi par Agnes sont parasités, infectés par les insectes. Ils sont aussi grâce à la scène du tableau ces choses cachése qu'il faut voir. Ce ne sont plus les gremlins comme l'expliquait le voisin du héros de Gremlins qui sont partout mais les « bugs ».

     Deuxième temps de la paranoïa, deuxième scène. Suite à la relation sexuelle et à la recherche de punaises de lits Peter avoue à Agnes qu'il est traqué et qu'il ne veut pas la mettre en danger et pour cela la quitte. Folle de rage  et de désespoir Agnes va pleurer dans la salle de bain. Peter revient et lui parle à travers la porte. Il lui explique qui le pourchasse et pourquoi. Plan rapproché sur son visage et au moment où il énumère les différentes maladies que le gouvernement américain est censé selon lui avoir créé par erreur, constante du discours paranoïaque, un bruit parasite apparaît. Il n'est pas fort, Peter lève les yeux et semble regarder le plafond. Le bruit pourrait donc tout simplement venir des pales du ventilateur accroché au plafond que nous avons vu plusieurs fois depuis le début du film en gros plans. Ensuite Peter dit à Agnes qu'il lui fait confiance et qu'il ne veut pas partir. Plan d'ensemble sur la chambre Peter est de dos, face à la porte de la salle de bain. Il tourne le dos à la porte et commence doucement à partir. Agnes ouvre la porte et lui dit qu'elle veut qu'il reste. Pendant toute cette scène le bruit est touj ours présent voire a un peu augmenté de volume. Le fait qu'Agnes ouvre la porte est hautement symbolique, elle choisit d'ouvrir la porte qui les séparait, qui ne leur permettait pas de voir la même chose, la porte de la folie qui donne accès à la paranoïa. Une fois franchie elle trouve d'elle-même un insecte dans les cheveux de Peter et le bruit des pales du ventilateur correspond aux bruits des pales d'un hélicoptère qui fait trembler toute la chambre. La porte ayant été franchie par Agnes, désormais dès que Friedkin tournera à l'intérieur, il adoptera le point de vue halluciné, dû à la paranoïa, de ses personnages principaux.

    Barthélémy Guillemet


    Tags Tags : , , , , , , , , , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :